Alors que le Tokyo Game Show s’impose chaque année un peu plus comme l’un des rendez-vous incontournables de l’industrie, Xbox entend bien y occuper une place à la hauteur de ses ambitions pour le marché asiatique. Pour son édition 2026, Microsoft a ainsi consacré une présentation d’une trentaine de minutes à ses projets en cours et à ceux de ses nombreux partenaires.
Une nouvelle démonstration de la stratégie adoptée par le constructeur depuis des années : multiplier les collaborations avec les studios japonais, tout en faisant du Game Pass et de son écosystème les véritables points de rencontre entre ces différentes productions. Reste à voir si cette nouvelle édition du Xbox Tokyo Game Show aura suffisamment de matière pour convaincre au-delà de la simple accumulation d’annonces.
Xbox tisse sa toile au pays du jeu vidéo
La première partie de la conférence aura au moins eu le mérite de confirmer une chose : Xbox continue de chercher sa place dans un marché où la marque reste historiquement beaucoup moins implantée que ses concurrentes. Et plutôt que de tenter de fabriquer artificiellement une identité japonaise, Microsoft semble avoir choisi de s’appuyer sur les créateurs déjà installés dans la région.
Gachiakuta: Breakout a ainsi ouvert le bal avec une longue séquence de gameplay. Adapté du manga de Kei Urana, le titre de Com2uS (Summoners War) mise sur des affrontements au corps-à-corps et sur les fameux Jinki de l’univers original. La proposition semble relativement fidèle au matériau de départ, même si les premières images ont également suscité quelques réserves autour de ses décors et de son interface. Le jeu est attendu en 2027 sur Xbox Series X/S et PC.
SEGA a ensuite rappelé l’existence de Crazy Taxi: World Tour, avec une bande-annonce consacrée à sa carte japonaise. Après l’Allemagne dévoilée à la Gamescom, le Japon constitue la troisième des cinq destinations prévues dans la campagne solo du titre. Le jeu proposera notamment de slalomer entre quartiers modernes et historiques, SEGA poussant même le réalisme jusqu’à intégrer plusieurs enseignes bien réelles dans les environnements, parmi lesquelles ICHIRAN, Kani Doraku et la très célèbre SHIBUYA109.
Une manière assez logique de présenter le titre au Tokyo Game Show, même si cette nouvelle carte ressemble davantage à une confirmation des promesses du jeu qu’à une véritable surprise. Crazy Taxi: World Tour reste attendu pour 2027 sur Xbox Series X/S, PC, PS5 et Nintendo Switch 2.
Dans un tout autre registre, Activision a, de son côté, apporté une nouvelle bande-annonce de son Call of Duty: Modern Warfare 4, cette fois entièrement consacrée à sa campagne. Ainsi, après la dissolution de la Task Force 141, le capitaine Price est désormais en fuite, tandis qu’une invasion nord-coréenne plonge la péninsule dans le chaos. En parallèle, une mystérieuse arme capable de bouleverser l’ordre mondial attise les convoitises d’un nouvel antagoniste, « The Archer », incarné par Mads Mikkelsen (Le Chiffre dans Casino Royale).
Cette nouvelle itération aura toutefois fort à faire pour convaincre après l’accueil mitigé réservé à Modern Warfare 3 (2023), dont la campagne trop courte et les missions ouvertes inspirées de Warzone avaient alimenté les accusations de développement précipité. Modern Warfare 4 semble vouloir repartir sur des bases plus ambitieuses, mais certaines de ses nouvelles orientations, notamment son approche du gunplay, suscitent déjà des discussions au sein de la communauté. Le verdict devra donc attendre sa sortie, prévue le 23 octobre prochain sur Xbox Series X/S, PC, PS5 et Nintendo Switch 2.
Du RPG japonais aux curiosités indépendantes, Xbox veut ratisser large
Les amateurs de JRPG n’ont évidemment pas été oubliés, et c’est probablement dans cette partie de la présentation que Xbox a le mieux rappelé pourquoi le Tokyo Game Show constitue un rendez-vous aussi important pour la marque. Persona 4 Revival s’est ainsi offert une nouvelle présentation avec Naoto Shirogane, la lycéenne détective et descendante d’une grande lignée de fins limiers, très appréciée des fans de la série.
Le remake tant attendu du titre de 2012 arrivera quant à lui le 18 février 2027 et sera disponible dès son lancement dans le Game Pass. Une présence particulièrement stratégique pour Microsoft, tant la série Persona est devenue l’une des portes d’entrée privilégiées vers le JRPG pour les joueurs occidentaux.
Dans un registre plus traditionnel, Atelier Karia: The Night Kingdom & the Guide of Memories a également profité de la conférence pour remettre en avant deux visages familiers de la licence. Rutger et Lenja, apparus dans Atelier Yumia, reviendront ainsi dans cette nouvelle aventure en tant que membres expérimentés de l’équipe de pionniers d’Aladiss.
Leur présence ne se limite d’ailleurs pas à un simple clin d’oeil destiné aux habitués : Xbox précise que leurs intéractions avec Karia et ses nouveaux compagnons permettront de découvrir une autre facette de ces deux personnages. Une manière assez classique pour la série de construire des passerelles entre ses différents épisodes, tout en conservant une nouvelle héroïne et un nouvel univers au centre du récit.
Autre retour attendu, Wo Long 2: Wings of Ember a profité de l’événement pour montrer un nouveau combat de boss contre Zuochi, un démon particulièrement imposant. Le titre de Team Ninja (Nioh, Dead or Alive, Hyrule Warriors…etc.) conserve cette volonté de placer son système de combat au cœur de l’expérience, tandis qu’une version démo est actuellement disponible jusqu’au 30 septembre et les joueurs qui iront jusqu’au bout pourront d’ailleurs récupérer une pièce d’équipement dans la version complète.
Le jeu est attendu le 4 mars 2027 et rejoindra lui aussi le Game Pass dès sa sortie. Une stratégie qui permet à Xbox de faire de ces rendez-vous bien plus que de simples vitrines : les annonces deviennent aussi des occasions de mettre immédiatement certains titres entre les mains des abonnés, parfois plusieurs mois avant leur sortie définitive.
Enfin, Bloodstained: The Scarlet Engagement a probablement été l’une des propositions les plus intéressantes pour les amateurs de metroidvania. Koji Igarashi, figure historique du genre et producteur du jeu, a lui-même introduit une nouvelle séquence de gameplay de cette aventure développée par ArtPlay (Bloodstained: Curse of the Moon, Revolve8…etc.). Cette fois direction l’Angleterre du 16e siècle, dans un monde gothique où Léo et Alex devront affronter ensemble les créatures qui peuplent une terre maudite.
La particularité du titre tient justement à cette dualité entre ses deux protagonistes, que le joueur pourra incarner au cours de son exploration. Toujours prévu pour 2027, The Scarlet Engagement entend ainsi s’inscrire dans la continuité de Bloodstained: Ritual of the Night, tout en apportant suffisamment de nouveautés pour ne pas se contenter d’en reproduire la formule.
Mais Xbox ne s’est pas contenté de convoquer les noms les plus connus du jeu japonais. La conférence a également accordé une place importante à des productions beaucoup moins installées, notamment avec Faraday Blues, dévoilé en première mondiale par Serenity Forge (Vivarium, Fractured Blooms, Delphinium…etc.). Le projet prend la forme d’une aventure de science-fiction surréaliste dans laquelle une jeune fille part à la recherche de parents qui ignorent jusqu’à son existence.
Son originalité vient surtout de sa structure : trois visual novels interconnectés, trois époques et trois directions artistiques différentes, reliés par un système de cartes permettant de modifier certains événements et leurs conséquences. Le studio annonce ainsi 64 fins différentes, auxquelles les joueurs pourront accéder en fonction de leurs choix au cours de l’aventure. Une proposition nettement plus expérimentale que les blockbusters présentés quelques lignes plus haut, qui montre qu’Xbox cherche aussi à mettre en lumière des projets plus singuliers, loin des licences déjà installées. Le titre est attendu pour 2027 et sera disponible sur Xbox Series X/S, PC et PS5.
Hope in the City joue lui aussi la carte de l’aventure narrative. Développé par Lofty Sky Game (Sky of Tides, Shuyan Saga), le titre suit Hope, une adolescente qui tente de comprendre la disparition soudaine de ses parents. Son enquête passe notamment par son regard d’artiste et son carnet de croquis, utilisé comme un véritable outil pour explorer son environnement et reconstituer son passé.
Une approche plus intime dans un style low-poly qui tranche avec le spectaculaire des annonces précédentes. Le titre paraîtra le 10 novembre prochain et sera disponible sur Xbox Series X/S et PC, tandis qu’une version de démonstration est d’ores et déjà disponible pour les curieux.
Et puis il y a eu Bloomwalker. Présenté jusqu’ici comme un jeu d’aventure cozy développé par Netmarble Neo (Solo Leveling: ARISE, Tower of God: NEW WORLD…etc.), le titre a révélé une information qui chamboule complètement la manière de l’appréhender : il appartient officiellement à l’univers de Ni no Kuni. Son monde de Luminoa, touché par la pollution, pourra être restauré au fil de l’aventure, tandis que les nouvelles séquences présentées durant la conférence ont permis d’en découvrir davantage sur son gameplay.
Ce rapprochement avec l’univers de Level-5 constitue finalement l’une des curiosités de cette présentation, puisqu’Xbox transforme un projet relativement discret en nouvelle porte vers un univers déjà bien identifié. Aucune fenêtre de sortie n’a pour autant été annoncée, mais le jeu sera bel et bien disponible sur toutes les plateformes.
Le Game Pass au cœur de la stratégie Xbox
Cette profusion illustre assez bien la stratégie actuelle de Xbox. Il ne s’agit plus forcément de présenter une poignée d’exclusivités capables de justifier à elles seules l’achat d’une console, mais de construire un écosystème suffisamment large pour que les joueurs aient toujours quelque chose à regarder, à essayer ou à retrouver dans le Game Pass.
Shape of Dreams en est probablement l’exemple le plus parlant : ce roguelite coopératif, premier jeu du studio coréen Lizard Smoothie, est sorti par surprise pendant la présentation et a immédiatement rejoint le service de Microsoft. Le jeu repose sur une boucle où chaque partie nourrit la suivante, avec plusieurs personnages jouables et un mode coopératif jusqu’à 4 joueurs. Le cross-play est également disponible dès le lancement, correspondant ainsi parfaitement à la philosophie multiplateforme défendue aujourd’hui par Xbox.
La présentation n’a d’ailleurs pas oublié les jeux déjà installés dans le paysage. Ainsi, Once Human prépare son extension Isle of Abyss, prévue le 22 octobre, qui constituera sa plus importante mise à jour gratuite à ce jour sur Xbox. Cette nouvelle aventure emmènera les joueurs sur une mer particulièrement hostile, avec construction de bateaux, exploration sous-marine, survie sur les îles comme en plein océan et nouveaux boss finaux.
De son côté, Fallout 76 poursuit sa longévité avec The Slasher, une mise à jour d’ores et déjà disponible, qui plonge les joueurs dans une enquête autour d’une série de meurtres non élucidés et d’une grande menace propre à la licence.
Même après plusieurs années, Bethesda continue d’alimenter son jeu service, là où d’autres titres du même genre ont déjà disparu des radars.
Au milieu de toutes ces annonces, Raji: Kaliyuga mérite également une mention particulière. La suite du jeu d’action indien de Nodding Heads Studio (Raji: An Ancient Epic) change sensiblement de formule puisqu’elle abandonne la vue isométrique du premier épisode au profit d’une aventure à la troisième personne.
L’histoire se déroule six ans après les événements du dernier opus et élargit le conflit à une dimension cosmique, opposant non seulement les mortels, mais également les dieux, asuras et forces mystiques. Xbox l’a par ailleurs confirmé dans le Game Pass, comme une partie importante des productions présentées durant la soirée.
Cette accumulation de projets venus de studios asiatiques, européens et américains finit ainsi par dessiner une conférence moins centrée sur une poignée de jeux que sur la capacité d’Xbox à connecter des productions très différentes au sein d’un même écosystème.
Une stratégie cohérente avec l’évolution du constructeur, mais qui pose aussi une question : à force de vouloir être partout, sur toutes les plateformes et avec tous les types de jeux, qu’est-ce qui définit encore une conférence Xbox ? C’est précisément ce flou qui rend cette édition du Tokyo Game Show intéressante, mais aussi parfois difficile à lire comme un véritable événement pour la marque.
Et ainsi vint Kojima
Le problème, c’est que cette stratégie donne aussi au showcase une identité assez difficile à saisir. Xbox avait promis 17 annonces et a effectivement livré une émission particulièrement dense, sans comptabiliser un grand nombre de véritables nouveautés capables de marquer durablement les esprits.
Même Genigods: Nezha, pourtant intéressant par son appropriation de la mythologie chinoise, n’est pas attendu avant 2028.
Le cas d’Edge of Memories résume d’ailleurs une autre réalité moins confortable de l’industrie actuelle. De fait, le jeu de Nacon, attendu le 5 novembre sur Xbox Series X/S, PC et PS5, a annoncé sa date de sortie alors que son studio (Midgar Studio) a fermé ses portes et que les développeurs ayant travaillé sur le projet se sont vus évincés.
Les premiers retours mitigés n’ont pas non plus contribué à renforcer l’enthousiasme autour du titre. Le voir apparaître dans une présentation aussi importante rappelle surtout qu’une date de lancement ne signifie pas forcément qu’un projet se trouve dans les meilleures conditions.
Il fallait donc attendre les toutes dernières minutes du show pour retrouver ce qui ressemblait davantage à une véritable annonce. C’est ainsi qu’Hideo Kojima est venu conclure la conférence afin de venir discuter de ses futurs projets avec Xbox.
Après avoir confirmé que OD était toujours en développement, le créateur japonais s’est surtout attardé sur PHYSINT, son nouveau jeu d’action et d’espionnage, développé avec PlayStation à l’origine, désormais associé à Xbox. Aucun gameplay n’a été montré, mais Kojima a confirmé une partie du casting : Bill Skarsgård (Nosferatu dans la version de 2024) tiendra le rôle principal, aux côtés de Charlee Fraser (Mary Jabassa dans Furiosa), Ma Dong-seok (Sang-hwa dans Le Dernier Train pour Busan) et Minami Hamabe (Sakura Yamauchi dans l’adaptation live de Je Veux Manger ton Pancréas).
Une conclusion qui en dit beaucoup sur cette conférence. Xbox a davantage proposé un showcase de ses studios partenaires qu’une véritable vitrine propre à la marque. Microsoft revendique pourtant cette présence japonaise avec de plus en plus d’assurance. En amont du salon, Mena Kato, directrice générale de Xbox pour l’Asie, rappelait que l’entreprise célébrait ses 25 ans, dont plus de 20 ans présents au Japon, tout en soulignant que le nombre de développeurs et d’éditeurs dans la région continuait de progresser.
Au fond, cette édition du Tokyo Game Show aura surtout permis à Xbox de montrer l’étendue de son réseau plutôt que de chercher le moment capable de faire basculer la conférence dans une autre dimension. Les productions japonaises y côtoient les projets coréens, chinois, européens et américains, tandis que le Game Pass sert de point de rencontre à une partie de cette offre.
Une stratégie qui correspond parfaitement au Xbox actuel, devenu moins dépendant de ses propres consoles et davantage tourné vers les services, les partenariats et la multiplication des supports. Mais à force de vouloir couvrir un territoire toujours plus vaste, Microsoft rend aussi ses rendez-vous plus difficiles à distinguer des autres grandes présentations de l’industrie.