En 2021, la petite équipe suédoise d’Iron Gate dévoilait Valheim en accès anticipé. Un projet qui reprenait tous les codes classiques du jeu de survie en les réinterprétant à la sauce du folklore nordique et qui avait, à l’époque, su séduire un nombre important de joueurs. Cinq ans plus tard, nous voici enfin face à la concrétisation de la note d’intention. Après moult patches et ajouts de taille, Iron Gate livre la 1.0 de son bébé. Sous-titrée « Deep North », cette mise à jour représente la fin de l’ère de l’accès anticipé, et la véritable sortie du jeu dans sa version intégrale. L’occasion pour nous de vous livrer notre test de cette épopée qui, en 2026, doit prouver qu’elle sait rester à la hauteur de sa légende, et d’un genre qui a bien évolué entre temps.
La sortie de la 1.0 marque aussi l’arrivée de Valheim sur PS5 et Switch pour la première fois (en plus du PC et de la Xbox) avec un crossplay total entre ces plateformes. Nous avons testé le jeu sur un serveur privé lors de sessions allant de 2 à 6 joueurs en simultané, avec quelques sessions additionnelles de farming en solo. Nous avons ainsi pu voir ce que valait l’expérience seul et à plusieurs.
(Test de Valheim réalisé sur PS5 à partir d’une clé fournie par l’éditeur)
Pas de repos pour les braves
Parmi les neufs royaumes de l’arbre-monde Yggdrasil, il en existait autrefois un dixième : Valheim. Odin, le père de toute chose, y regroupa ses ennemis les plus puissants et sectionna les branches reliant ce monde aux autres pour les envoyer en exil. Mais depuis ces temps immémoriaux, les créatures ont gagné en puissance et prospèrent sur ces terres oubliées des dieux. Pour régler le problème, Odin décide de faire appel à vous, son meilleur guerrier. Alors que vous périssez en héros sur un champ de bataille d’Asgard, les valkyries viennent vous chercher. Mais pas pour vous emmener au Valhalla, non. Avant de festoyer pour l’éternité avec vos ancêtres, vous avez un dernier boulot à remplir : arpenter les terres de Valheim et terrasser les 8 grandes menaces qui s’y sont développées.
C’est sur ce postulat de base que démarre l’aventure. Après une cinématique animée qui vous résume la situation, on prend le contrôle de notre avatar viking (que l’on peut personnaliser de façon assez rudimentaire) alors que les valkyries nous déposent dans le premier biome du jeu : les prairies. Nous commençons alors à tâtonner , en caleçon, dans un monde inconnu, qui s’avérera rapidement hostile.
Et ce ne sont pas les maigres tutoriels du jeu, dispensés par les corbeau Hugin et Munnin, qui vont vous tenir par la main. Ceux-ci sont sporadiques et assez cryptiques, n’apparaissant que lorsque le joueur débloque une mécanique ou passe une étape importante, et ne sont là que pour donner quelques indices. Les reste doit s’apprendre à la dure, se découvrir en essayant, en explorant, et en se frottant aux éléments.
C’est le Nord
Et c’est là toute la philosophie de Valheim. Nous sommes face à un jeu de survie à l’ancienne, dans sa forme la plus pure (ou austère, selon les goûts). Vous êtes lâchés dans la pampa sans indicateur de quête, et c’est à vous de choisir une direction, et de commencer à explorer les systèmes de jeu à votre façon. Cette liberté totale est ce qui constitue toute la force du titre, mais qui peut aussi rebuter ceux qui sont moins familiers du genre survie.
Pas de pédagogie Montessori ici : c’est en prenant des baffes dans la forêt noire que vous comprendrez qu’il vaut mieux rester dans les prairies le temps de vous fabriquer un premier abri et quelques équipements rudimentaires. C’est en vous enfumant près du feu dans votre maison de fortune que vous apprendrez la nécessité d’inclure des cheminées/évacuations dans vos structures. C’est en mangeant des dégobibaies que vous apprendrez que parfois, le nom d’un item est un avertissement suffisant pour vous faire comprendre qu’il vaut mieux ne pas y goûter.
Le seul objectif qui vous sera donné, c’est celui de terrasser 8 boss, représentés par 8 stèles qui vous entourent au point d’apparition original, chaque boss étant le défi ultime d’un biome différent. Chaque biome relève le défi et renouvelle l’expérience en changeant le rapport du joueur au terrain. Si les premiers environnements sont bucoliques et simples à arpenter, ils laisseront rapidement la place à des marais ou montagnes plus lugubres, où il faudra apprendre à gérer le froid, le terrain partiellement inondé, et une faune de plus en plus hostile.
Au fur et à mesure de la progression, on gagne de nouveaux matériaux, qui ouvrent accès à des équipements et des éléments de construction inédits. Il en résulte une boucle de gameplay qui s’enrichit assez régulièrement, avec un sentiment de montée en puissance agréable qui ne vient jamais rompre avec la note d’intention du jeu : survivre dans un environnement hostile ou rien n’est jamais acquis.
On est bien chez-soi
Valheim peut donc être vu comme un « boss rush » qui vous laisse libre de vos actions et de la façon dont vous allez vous occuper entre ces 8 étapes principales de l’aventure. La première chose à faire s’imposera cependant assez rapidement d’elle-même : collecter des matériaux et construire une base pour repousser les raids occasionnels d’ennemis. Et si vous êtes allergiques au « farm » de ressources, Valheim n’est peut-être pas fait pour vous, car c’est une composante majeure de la boucle de gameplay. Tout passe par le crafting et chaque recette demande des ressources. Vous allez commencer par couper du bois (beaucoup de bois) afin de construire vos premières maisons rustiques et autres barrières ou enclos dans les prairies.
Et c’est là que l’une des plus grosses forces de Valheim apparaît : le « housing », et le système de construction en général, révèle une profondeur et des possibilités assez folles, une fois que l’on a appris à dompter son système de solidité soumis à la gravité. En effet, il n’est pas ici question de faire n’importe quoi comme dans un Minecraft : chaque bâtisse doit reposer sur une structure assez stable, ce qui force à donner à ses constructions un effort de réalisme architectural.
Une fois cela compris, il est plaisant de voir le nombre de choses qu’il est possible de faire à partir des éléments à notre disposition. Maisons, halls vikings, tours, forges, ponts… la seule limite sera votre créativité (et le nombre de ressources que vous êtes prêts à farmer). Le dynamisme de la communauté autour du jeu depuis 2021 est un gage de la richesse de ce système, avec des créations toujours plus impressionnantes postées sur les réseaux, qui donnent vraiment envie de s’investir dans la construction de son petit chez-soi nordique.
La faim justifie les moyens
En plus de devenir un architecte en herbe, il faudra également chasser du gibier pour vous nourrir. Car la nourriture est au centre du système de progression de Valheim. Si vos actions en jeu permettent de monter de niveau dans différents domaines à la façon d’un Elder Scrolls (nager fait monter la compétence « nage », etc…), ces niveaux restent assez anecdotiques et la véritable montée en puissance se fera via les plats que vous cuisinerez. Ici, pas de point de compétences, pas d’arbre de progression : juste 3 emplacements de nourriture à remplir. Et plus les aliments ingérés seront sophistiqués ou avancés, plus les barres de vie et d’endurance seront élevées, permettant d’aller se frotter à des menaces plus imposantes.
Ce système est assez malin et permet, pour peu que vous jouiez à plusieurs, de ne pas creuser l’écart entre un vétéran et un nouveau venu sur le serveur. Ici, pas de différences de niveau, pas de levelling intempestif, tant qu’on a de petits plats à partager avec ses compagnons d’armes.
Ensemble, on va plus loin
En parlant de compagnons d’armes, il nous paraît important de souligner à quel point la dimension coopérative de Valheim transcende l’expérience vécue manette en main. Certes, le jeu peut se faire intégralement en solo et dégage une ambiance solitaire agréable qui colle à l’univers et au monde dépeint, mais c’est une aventure qui mérite surtout d’être parcourue entre amis.
Assez rapidement, de nombreuses tâches deviendront nécessaire à la progression : couper du bois, miner, élever du bétail, faire pousser des cultures, pêcher, explorer la carte… La structure de la boucle de gameplay a par exemple poussé naturellement notre groupe de joueurs à trouver chacun une spécialité, comme un métier attribué au sein de notre mini société. Pendant que l’un faisait pousser des carottes à la base, l’autre faisait chauffer les forges pour faire fondre le cuivre ramené par un troisième comparse, tandis que le quatrième finissait de construire la palissade qui nous protègerait des squelettes le soir venu.
Il est très satisfaisant de voir sa base grandir et de trouver ce rythme de croisière dans lequel chacun participe à la progression générale du groupe, transformant la rudesse des premiers jours en un quotidien bien huilé, versant parfois dans le « cosy game » ou les routines nous bercent. Il n’était pas rare, par exemple, qu’en rentrant à la base après une rude expédition, un collègue nous fasse découvrir avec enthousiasme un nouveau légume qu’il avait réussi à faire pousser, tandis qu’un autre nous invite à venir visiter le nouveau dortoir aménagé pour l’équipe.
La présence de compagnons à nos côtés permet surtout de donner naissances à des micro-aventures et des tranches de vies inoubliables lors des sessions de jeu. Des épopées non scriptées, des imprévus fous, des découvertes partagées qui font le sel de Valheim. Nos souvenirs les plus forts ne sont pas les affrontements de boss (même si ceux-ci ont reçu quelques efforts de mise en scène et sont chacun accompagnés d’une belle cinématique rythmant l’aventure et donnant un semblant de récit au jeu depuis la 1.0). Ce sont ces histoires folles que nous avons vécues ensemble au fil de nos voyages qui resteront longtemps en tête.
La fois où, après une traversée infernale des marais, notre groupe trouvait enfin la hutte de la sorcière, l’un des rares pnj du jeu, offrant un hâvre de paix inespéré si loin de notre camp de base. Et que notre compagnon le plus expérimenté, croyant déjà bien connaître Valheim, nous invite à frapper le balai animé qui nettoyait les lieux pour obtenir un trophée, avant de se faire brutalement exécuter par celui-ci avec une violence inattendue. Nous avons alors dû fuir la hutte en hâte, incapables de lutter face à cette nouvelle menace réveillée par mégarde, encore épuisés par la traversée précédente, au bord de la mort mais hilares devant l’absurde de la scène.
Dur à l’extérieur, tendre à l’intérieur
Au-delà de son aspect survivaliste et brutaliste assumé, Valheim peut révéler un côté plus cosy et contemplatif. Son style graphique volontairement rétro et simpliste (dont les textures pixellisées peuvent rappeler une inspiration PS1) donne naissance à des panoramas parfois impressionnants pour son modeste moteur. Quand on explore la forêt, on ressent vraiment la mousse et la brume entre les racines. Quand on sort des marais poisseux et humides, on ressent véritablement le soleil qui se réfléchit sur les hautes herbes verdoyantes de la prairie.
Le monde est généré procéduralement, mais semble toujours naturel et fait main. Chaque biôme dégage une atmosphère envoûtante. Et le niveau de détail, bien plus riche qu’un Minecraft, permet d’aménager des intérieurs vraiment détaillés, récompensant encore une fois la créativité et l’implication de chacun.
Mais le cœur du jeu reste la survie. Les affrontements seront nombreux, et il vous faudra rapidement apprendre à bien parer les attaques ennemies si vous comptez survivre. À la manière d’un Souls, vous pourrez comptez sur des parades parfaites pour étourdir votre adversaire et profiter d’une précieuse fenêtre de tir, ou bien user de roulade pour esquiver les attaques. À ce niveau, le gameplay reste rudimentaire mais efficace et intuitif. ce qui n’est pas le cas de tous les systèmes.
On n’est pas encore au Valhalla
Car sur d’autres aspect, Valheim nous rappelle qu’il reste un jeu de 2021. La gestion de l’inventaire est laborieuse, mélangeant tant nos objets que nos équipements portés dans un seul et même menu. Pour ce qui est de la gestion et du rangement des coffres, le jeu manque cruellement d’options de tri automatique, donnant lieu à pas mal de prises de têtes entre compagnons lorsque nous devions ranger nos coffres partagés (oui, la base de Valheim peut vite devenir une collocation où celui qui ne range pas derrière lui sera mal vu). Tout cela participe peut-être à la note d’intention austère et minimaliste de l’expérience, mais force est de constater qu’en 2026, d’autres concurrents font beaucoup mieux pour rendre la vie du joueur moins frustrante sur certains aspects.
Niveau bugs, la 1.0 a corrigé la majorité des problèmes que le jeu connaissait, tout en stabilisant l’expérience au maximum. Il reste toutefois des petits problèmes persistants, cependant, rien qui vient casser la progression. Nous soulignons toutefois que l’expérience sur PS5 est très confortable et bien adaptée à la Dualsense, avec deux modes (qualité et performance) qui tournent chacun correctement.
Et pour finir, comment ne pas parler du « corpse-run » ? Ce terme un peu barbare évoque le fait de vite courir vers son cadavre juste après sa propre mort puis réapparition sur la carte, dans le but de récupérer son équipement laissé à terre. Dans Valheim, vous allez passer une bonne partie de votre temps à courir de longues distances, en caleçon, pour espérer retrouver vos affaires avant de pouvoir reprendre votre objectif en cours. Cela devient vite assez frustrant, car sans équipement, vous ne pouvez rien faire. Le jeu est très punitif quand vous mourrez, et n’aura de cesse de vous tuer. Les plus courageux prévoiront des réserves de secours à leur base, tandis que d’autres pourront espérer compter sur le soutien de leurs camarades…
Valheim propose une expérience du survival dans sa forme la plus pure, avec tout ce que cela sous-entend de friction, de farm, et de systèmes à dompter sans indications claires. Mais dans le domaine, force est de constater qu’il est encore à ce jour l’un des meilleurs. Ce n’est pas pour rien qu’il maintient une communauté active et solide depuis 2021. Fort d’une direction artistique minimaliste et envoûtante, d’une ambiance viking aux petits oignons et d’un système de construction incroyablement riche et créatif, c’est devenu un incontournable pour qui veut explorer, fabriquer des bases et souffrir entre amis, ou en solo avec les nouvelles options d’accessibilité. La 1.0 a permis d’ajouter le dernier et huitième biôme, en plus de tout un tas d’options et de nouveautés qui viennent enrichir l’expérience globale, désormais très stable et exempte de bugs majeurs. C’est le meilleur moment pour se lancer dans l’aventure si ne vous l’avez pas encore fait, et que couper du bois ne vous fait pas peur.


