Alors que l’industrie sort d’un temps fort d’annonces entre le Summer Game Fest, l’Xbox Games Showcase et le Nintendo Direct de Juin, le retour à la réalité est difficile. Des studios sont fermés, d’autres doivent réduire la voilure et certains reçoivent des ultimatums. C’est le cas de Don’t Nod, qui, sans changement majeur, risque de tomber à court d’argent d’ici novembre.
Au coeur de la situation, on retrouve un changement de dynamique qui a lieu à l’autre bout du bloc Eurasien : les géants chinois semblent devenir frileux à l’idée de financer des studios occidentaux. Tencent reste, logiquement, actionnaire à 41,9% du studio, cependant l’entreprise aurait refusé d’injecter plus d’argent, que ce soit par l’investissement de nouveaux capitaux ou par des accords de co-production.
Pour rappel, Tencent avait déjà investi 30 millions d’euros dans Don’t Nod en 2021, au début de leur collaboration. La situation actuelle devient beaucoup plus complexe pour le studio français, puisque les négociations lancées avec de nouveaux partenaires semblent peiner à aboutir.
Tout n’est pas perdu pour Don’t Nod
Si la situation semble particulièrement difficile, le studio se veut rassurant. Le refus de Tencent a été confirmé, le porte-parole rappelle cependant que l’entreprise chinoise, en tant qu’actionnaire, est impliqué sur le long-terme dans l’avenir de Don’t Nod.
De plus, tous les moyens mis en place par le studio pour rétablir sa situation économique n’ont pas été étudiés lors de l’audit. En effet, l’audit se limite aux éléments présenté lors du dernier rapport financier, or, le studio a mis en place de nouvelles mesures internes par la suite, qui n’ont pas été prises en compte.
Don’t Nod cherche à étendre ses opportunités économiques à travers une combinaison d’initiatives financières, une discipline dans la gestion de l’argent actuel et une structure d’opération optimisée, tout en adaptant ses coûts de base à l’évolution du marché.
Autant dire, beaucoup de bruit pour des éléments qui ne seront pas vraiment visible par le public. Par contre, ce qui est bien visible par tous, c’est la difficulté du studio à se détacher d’une étiquette tenace : celle de Life is Strange qui est, encore à ce jour, le principal succès du studio.
Un succès qui commence à dater, puisque voilà dix ans que le titre original est sorti. Forcément, l’éditeur du jeu, Square Enix, s’est assuré que la licence reste dans l’esprit des joueurs, à grand coups de spin-offs et de suite, qui n’ont pas forcément été réalisées par Don’t Nod par ailleurs.
Pourtant, le studio n’a pas chômé ces dernières années : d’abord, il se prend entièrement en charge, se séparant de Square Enix pour éditer ses propres jeux. Puis, il se diversifie, proposant d’éditer des projets de studios tiers. Cependant, cela ne lui réussit pas vraiment, et explique la situation actuelle.
Si les titres sont globalement bien accueillis par la presse, l’accueil du public est plus frileux, et ne permet pas au studio de se maintenir sans licencier. Don’t Nod se retrouve alors dans une position compliquée, qui place le studio dans les mémoires du public pour Life is Strange, qui avait profité du rayonnement de Square Enix.
Le studio garde malgré tout des ambitions : Aphelion vient de sortir, un projet réalisé avec l’Agence Spatiale Européenne, deux projets mystérieux sont aussi en suspens. D’un côté, l’énigmatique projet P14, dans lequel le studio investi beaucoup, de l’autre, un jeu qui serait co-produit avec Netflix pour l’une des licences majeures de la plateforme de streaming.
Dans cette situation, qui commence à durer puisque voilà plusieurs années que les bilans d’exercice financier placent le studio largement déficitaire, il semblerait que Don’t Nod soit enfin contraint d’arrêter de faire cavalier seul.
Une situation complexe, qui est décevante pour le jeu vidéo français, qui traverse une passe difficile plus généralement. Le séisme qui frappe l’industrie plus généralement a forcément des répercussions dans nos contrées, qui seront ressenties de manières d’autant plus fortes que le studio fait face à des problèmes durables.

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