Il y a cinq ans, Warner Bros tentait à nouveau d’exploiter la célèbre licence de jeu de combat pour offrir une énième proposition cinématographique. Le résultat fut extrêmement mitigé mais pas totalement à jeter, même si les fans, eux, déploraient l’introduction de notions inexistantes au sein des jeux.
Pour le second opus, sorti ce 6 mai 2026, la production a plutôt choisi de coller au maximum à l’univers. Le tournoi a lieu, l’Outworld est bel et bien foulé par les combattants et le sang est totalement de la partie. Mais voilà, la formule ne prend pas totalement. Le film signé Simon McQuoid reste trop sage, trop lisse et souffre d’un grand nombre de défauts qui entament sa prétention cinématographique.
L’esprit sans l’âme
Quand on va voir un film Mortal Kombat, on sait à quoi s’attendre et quelle posture adopter. Et si l’on ne s’attend nullement à un chef-d’œuvre, on espère néanmoins passer un agréable moment placé sous le signe de la démesure. En substance, on ne désire qu’une chose : laisser nos yeux se repaître d’un banquet sanglant. Là est tout l’intérêt de la licence, justement.
C’est donc avec un certain plaisir que l’on voit défiler les premières minutes du film. Le combat se déroulant alors à l’écran semble être un indicateur pour ce qui suivra, une sorte de vitrine qui se donne avant tout le but de rassurer le spectateur venu pour les mises à mort toutes particulières qui pullulent dans les jeux. Et finalement, l’idée est globalement respectée.
Cependant, l’effet escompté n’est pas vraiment au rendez-vous. Respecter l’esprit ne suffit pas, il faut le mettre en scène de manière à faire ressentir le côté viscéral des affrontements. Ce qui manque grandement. Certes, les corps sont malmenés, traversés, découpés, mais la représentation à l’écran est édulcorée. Plus que de la simple violence, il fallait insuffler à ce Mortal Kombat II de la brutalité.
Une esthétique anesthésiante
Ce manque était bien visible dans le premier opus et, ici, il n’en est qu’accentué. Peut-être parce que, paradoxalement, il en montre plus. Mais, tout est anesthésié dans une esthétique consensuelle. Mortal Kombat II n’a que l’apparence d’un blockbuster hollywoodien très banal, ni plus ni moins.
Reprenons l’exemple des exécutions. Pour le dire simplement, elles sont dépouillées de leur essence et cela, on le doit en particulier à un parti pris déplorable, qui n’est toutefois pas uniquement l’apanage de ce seul film. Qu’il est en effet fâcheux de voir la présence excessive d’effets numériques et, par conséquent, l’absence totale d’effets pratiques. Or, le recours à des méthodes plus traditionnelles, voire archaïques, aurait tout à fait eu sa place dans ce film. Lui qui transpire d’une volonté de toucher au kitch n’aurait que gagné en crédibilité.
Il y a comme une curieuse impression qui se dégage de cette transposition. Mortal Kombat II semble coincé entre une volonté d’être fidèle à son identité « nanardesque » et son intention de plaire à un large public. De là, il y a une collision entre deux tonalités pas forcément en adéquation, car, en instillant du sérieux là où il ne doit pas en avoir, il naît une forme de dissonance qui nous exclut de la narration.
Un casting inégal
Cette dichotomie s’exprimera avec d’autant plus de force dans le jeu des acteurs, l’un des gros points faibles du film. Il varie alors entre une performance frôlant l’inexistence et une performance assez honnête. Et il y a une possible explication à cela. Elle réside dans le manque d’une direction franche dans la réalisation. C’est simple, le métrage semble avoir été pensé pour deux personnages seulement : Kitana (Adeline Rudolph), d’un côté ; Johnny Cage (Karl Urban) de l’autre.
Et si ces derniers s’en sortent bien, voire très bien dans le cas de Rudolph, le constat est différent quand on place le curseur sur le reste du casting. C’est comme si, avec cet épisode, on avait décidé d’évincer ceux qui constituaient le cœur de la première itération de 2021, tout en ayant la faiblesse de les conserver, par obligation vis-à-vis du prédécesseur et de la franchise elle-même.
Mais heureusement, à défaut de convaincre, le casting a le pouvoir de tirer, malgré lui, quelques sourires. Tout comme la figuration d’ailleurs, qui, par moments, a vraiment du mal à se situer.
Mortal Kombat II reste bien trop sage, bien trop contenu et souffre d’un rythme bancal. Pour convaincre, il aurait plutôt fallu embrasser la radicalité, emprunter pleinement le chemin du ridicule. Néanmoins, on ne peut lui enlever une chose : Mortal Kombat II semble généreux avec le fan. Avec des combats plutôt corrects, des phrases cultes prononcées par-ci par-là ou autres références, dont le caméo d’Ed Boon, il y a de quoi séduire. Quoique le meilleur hommage se résumerait plutôt à relancer une partie. Les fatalités ne se regardent pas, elles se vivent.

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