La démo de Replaced publiée il y a quelques semaines nous avait complètement emballés, d’autant plus que le jeu arrivait avec une proposition de cinematic platformer qui semblait solide alors même que nous sortions des deux grosses déceptions du genre que furent Little Nightmares 3 et Reanimal.
Après des reports à répétitions dus à la guerre en Ukraine (le jeu est développé par un studio biélorusse qui a vite marqué son opposition à la Russie pour se délocaliser à Chypre), le titre est enfin sorti. Nous avons donc replongé dans les 80’s dystopiques de Sad Cat Studios pour voir si le jeu tenait ses belles promesses…
(Test de Replaced réalisé sur Xbox Series via une copie commerciale du jeu)
Pixel Tracing
C’était l’une des claques assenées par la démo, et elle n’est pas démentie dans la version complète du jeu : Replaced est tout bonnement magnifique. C’est d’abord le traitement de la lumière qui en met plein la vue. Qui a besoin de Ray Tracing quand un jeu en pixels est aussi bien éclairé ?
L’éclairage participe pour beaucoup au rendu cinématographique du jeu, qui porte mieux qu’aucun autre le nom de son genre : cinematic platformer. D’autant que cette lumière chatoyante est accompagnée d’une animation qui n’est pas en reste. Les développeurs ont confirmé ne pas avoir utilisé la rotoscopie pour les animations du jeu, mais un mélange de motion capture (pour les points de référence) et d’interpolation traditionnelle. Néanmoins, l’effet est là : les mouvements sont fluides, naturels, et ce sont eux qui permettent réellement d’interpréter les pixels qui s’agglutinent à l’écran.
On pense ainsi immédiatement aux classiques du genre que sont Another World et surtout Flashback (1992), avec qui il partage aussi certaines limites, justement liée à l’animation, sur lesquelles on reviendra ci-dessous.

1984
Les 80’s ont la peau dure, et n’ont toujours pas totalement laissé la place à la décennie suivante, voire à celle d’après, dans l’exploitation de la nostalgie. Preuve en est avec la tournée des losers « Star 80 » qui n’en finit pas de faire ses adieux, ou avec les deux grosses comédies du cinéma français sorties ces jours-ci, Police Flash 80 et Juste une Illusion.
Si les années 80 représentent souvent pour nous une esthétique rétro, elles furent aussi, 30 ans avant leur avènement, la menace d’un futur dominé par le fascisme et la surveillance de masse, telles que les décrit George Orwell dans 1984.
Replaced fait les deux, et nous entraîne dans un monde rétro-dystopique, des années 80 alternatives, post-apocalyptiques. On peut se demander « pourquoi pas ? », mais on se demandera surtout « pourquoi ? ». Le jeu ne fait rien de ce retour dans un passé alternatif : les limites technologiques de l’époque ne sont pas exploitées, le style visuel de cette décennie non plus, puisqu’on traverses des paysages ravagés par la guerre, ou des conduits d’aération industriels…
On y incarne une intelligence artificielle qui a fusionné avec le corps du scientifique qui l’a développée. Mais à la différence de ce que nous raconte Cyberpunk 2077, tous deux ne cohabitent pas : l’IA a pris le pas sur l’humain et contrôle, seule, le corps. Le dialogue tout au long de l’aventure ne va d’ailleurs que dans un seul sens.
Poursuivie par les corporations qui la possède, l’IA va fuir et s’abriter dans un camp de marginaux installés de l’autre côté du Mur qui sépare la société en deux castes. Elle va alors s’éveiller aux réalités de ce monde ultralibéral, ultra-inégalitaire, et ultra-violent dont elle ignorait tout. Pour développer une conscience ?

Ghost in the Shlade Runnerpunk 2077
Le titre traite un peu toutes les thématiques chères au cyberpunk : la surveillance de masse, avec les drones omniprésents ou la reconnaissance faciale à tous les coins de rue ; la toute puissance des corporations, telles que les décrivent déjà Cyberpunk 2077 ou Shadowrun, qui ont pris le pas sur l’Etat ; ou encore le canyon qui s’est formé entre ceux qui possèdent les richesses et les autres. Gunm, le manga de Yukito Kishiro, opposait la Décharge Terrestre à la Ville Suspendue. Dans Replaced, on est de la même façon d’un côté ou de l’autre du Mur…
C’est un peu déjà vu, donc, mais c’est un peu le piège que représente le fait de s’inscrire dans un genre aussi balisé. Et c’est peut-être parce que c’est déjà vu que le plus gros défaut du jeu apparaît aussi clairement.
La Longue Marche
Car le jeu est vraiment bien trop long pour son propre bien. Il nous a fallu une dizaine d’heures pour boucler l’aventure, mais le côté répétitif du jeu s’est fait ressentir dès la moitié.
Outre la narration, qui prend une place importante, le jeu propose un mix de plateforme et de combat « à la Batman Arkham ». Côté plateforme, on est dans l’hyper basique, avec parfois le sentiment que certains passage sont là pour garder le joueur un peu actif, ou pour rallonger artificiellement la sauce. Quel intérêt y a-t-il à pousser une caisse de la gauche de l’écran vers la droite de celui-ci pour atteindre une plateforme trop élevée, quand le seul élément interactif du niveau est la caisse en question ? Difficile de voir cela comme un défi ou un énigme…
Côté combat, les premières heures sont très satisfaisantes. Le système Arkham (avec des symboles qui apparaissent au-dessus des ennemis pour annoncer leur comportement) fonctionne bien, et les mécaniques sont assez variées pour introduire un peu de stratégie quant au positionnement de notre personnage, aux attaques à privilégier, ou dans l’ordre dans lequel il faut éliminer les ennemis.
Hélas, au fur et à mesure que les combats s’intensifient, Replaced semble avoir de moins en moins la possibilité d’assumer ses ambitions. L’animation est partiellement en cause : bien que détaillée, elle oblige à attendre qu’un mouvement soit achevé pour en lancer un autre. Impossible ainsi de rouler derrière un ennemi, puis d’immédiatement se retourner pour lui envoyer un coup de pistolet laser. Nos doigts vont plus vite que l’animation, et le coup part souvent dans le mauvais sens, le personnage n’ayant pas pris en compte la commande pour se retourner… Frustrant.
La D.A. du jeu, bien que superbe, joue un peu aussi contre le joueur. Entre l’univers ombre et le style pixel art, difficile parfois d’identifier qui est qui. On perdra ainsi facilement de vue son propre avatar, ou on aura des difficulté à différencier les mobs de base et les ninjas (qui nécessitent une technique particulière). Autant de soucis qui ne seraient pas apparu si le jeu avait su se terminer plus tôt et n’avaient pas ressenti besoin d’allonger artificiellement sa durée de vie.
Replaced est sur le Game Pass. Les abonnés, et notamment les amateurs du premier Prince of Persia ou de Flashback, ne doivent pas hésiter à le lancer pour admirer les qualités graphiques du jeu et de sa lumière, ses animations très réussies, sa mise en scène… Les premières heures sont de plus relativement agréable. On conseillerait de de commencer le jeu en faisant la paix avec le fait de ne pas aller au bout, le scénario ne recélant que peu de surprises. Et puis quand on a l’impression d’en avoir fait le tour, on le lâche, avant qu’il ne devienne pénible. Après tout, en moyenne, seuls 14% des joueurs terminent les jeux qu’ils lancent !






