En 2024, le studio Norvégien Hyper Games créait la (petite) surprise avec Mumrik : La Mélodie de la Vallée des Moomins. Ce titre, véritable ode à la nature, avait su capturer l’essence de l’œuvre signé Tove Jansson. Deux ans plus tard, les développeurs nous invitent à retourner dans cette vallée désormais endormie avec Moomintroll: La Chaleur de l’Hiver.
Si le premier volet était une hymne vibrante à la nature, ce nouvel opus ne risque-t-il pas de transformer le repos de la vallée en une certaine monotonie ludique ?
(Test de Moomintroll: La Chaleur de l’hiver sur PC réalisé à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Un monde de coton
L’introduction nous place immédiatement dans l’intimité des Moomin. Alors que la coutume veut que nos amis trolls hibernent durant les longs mois de froid, le petit Moomin est brusquement tiré de son sommeil par un bruit sourd. La maison est silencieuse, ses parents dorment d’un sommeil de plomb, et le monde extérieur a disparu sous l’œuvre de la « Dame du Grand Froid ».
Le point de départ narratif est des plus touchants. On y incarne un héros vulnérable, craintif, qui perd tous ses repères visuels. Ce manteau blanc, s’il est magnifique, agit comme une barrière entre le petit Moomin et sa sécurité habituelle. Seule sa grande empathie lui permettra de surmonter ses craintes, et d’apporter son aide aux habitants de la vallée.
Feutré mais moins contrasté
Côté structure, Hyper Games conserve la formule qui a fait son succès : une quête principale faisant office de fil rouge, ponctuée de nombreuses rencontres secondaires. L’exploration de la montagne se fait progressivement, la carte se dévoilant à mesure que l’on obtient les moyens de braver les congères. Ce choix de design évite une linéarité qui aurait pu être fatale à l’expérience, surtout pour un titre dont la durée de vie tourne autour de cinq heures.
Cependant, c’est dans le cœur même de ses mécaniques que le bât blesse légèrement. Si La Mélodie de la Vallée des Moomins jouait avec la musique, cet opus se concentre presque exclusivement sur l’utilisation d’outils pour dégager l’environnement. Vous passerez une grande, très grande partie, trop grande partie de votre temps à manier la pelle.
Au début, l’action est satisfaisante, presque grisante, mais le sentiment de répétitivité s’installe vite. On a parfois l’impression que le gameplay stagne : on déblaye pour avancer, on déblaye pour trouver un objet, on déblaye pour sauver un ami… L’interface, heureusement, s’en sort très bien. Avec des menus minimalistes et des icônes discrètes, elle laisse toute la place à l’image.
Des outils plein les pattes
Pour briser une certaine monotonie, le jeu propose d’améliorer les outils. Pour cela, il faudra régulièrement rendre visite à la bricoleuse Tooticky. C’est un moteur de progression classique qui fonctionne, mais qui met en lumière des faiblesses techniques.
La maniabilité, en effet, manque de ce « polish » que l’on attend d’une suite. Nous avons rencontré des collisions capricieuses : Moomin peut rester bloqué contre un relief rocheux invisible ou rater une interaction simple parce que l’angle n’est pas exactement celui attendu par le jeu. Rien qui n’empêche de finir l’aventure, mais cela crée une légère friction dommageable dans un titre qui se veut être une parenthèse de sérénité.
De plus, les collectibles (optionnels comme obligatoires) sont disséminés de manière un peu trop erratique sur la carte. Si les chercher permet de prolonger l’expérience, le manque de récompenses narratives fortes pour ces objets pourra décourager ceux qui ne sont pas des complétistes nés.
Un cocon visuel et sonore
Sur le plan artistique, Moomintroll: La Chaleur de l’hiverest un véritable livre d’images. Le style « aquarelle » est toujours aussi sublime, rendant hommage au trait de Tove Jansson avec une fidélité rare. Chaque plan, chaque ombre sur la neige est un régal visuel.
Pourtant, le choix thématique de l’hiver est à double tranchant. Là où le premier jeu explosait de couleurs et de paysages variés (forêts, rivières, champs), ici, le blanc règne en maître, et il en résulte une sensation visuelle plus monochrome et moins « tranchée ». Le jeu est splendide, mais il offre moins de moments de rupture visuelle que son prédécesseur.
L’ambiance sonore, quant à elle, est confiée à Joar Renolen. Le compositeur et sound designer, déjà à l’œuvre sur le titre précédent et sur des perles comme Teslagrad 2, livre une partition douce et discrète. On regrettera peut-être l’absence de l’aura « mystique » qu’apportait Sigur Rós dans le premier volet, mais la musique actuelle colle parfaitement au côté « cocooning » de cet épisode. On est dans l’intime, dans le chuchotement, et c’est très réussi.
L’amour fait déplacer des montagnes
Le point d’orgue du jeu reste indéniablement son écriture. La métamorphose de Moomin, passant du petit troll vulnérable qui appelle ses parents, au héros courageux qui court au secours de la vallée, est d’une grande justesse. La famille n’est pas seulement celle du sang, elle est aussi celle que l’on se crée à travers l’amitié et l’entraide.
La galerie de personnages est riche et ne tombe jamais dans la caricature. Tous ne sont pas aimables au premier contact (certains sont même franchement bourrus), mais le jeu nous enseigne la patience et l’ouverture d’esprit.
En apprenant à connaître l’autre, on découvre ses qualités cachées. C’est cette philosophie, héritée de Jansson, qui sauve le jeu de ses faiblesses techniques : on a profondément envie d’aider ces créatures, rien que pour le plaisir de voir la vallée s’animer de nouveau.
Moomintroll : La Chaleur de l’Hiver est un jeu qui demande de la bienveillance. Si on le juge uniquement sur ses mécaniques de jeu pures, il peut paraître un peu cher (19,50€) pour sa durée de vie et son manque de variété. La répétitivité des tâches et les quelques imprécisions techniques sont des réalités qu’on ne peut occulter.
Cependant, si on le prend pour ce qu’il est : un moment de détente, une leçon de tendresse, et un hommage vibrant à une œuvre littéraire majeure, alors le charme opère. C’est un titre parfait pour une après-midi pluvieuse, un jeu « plaid et chocolat chaud » qui, malgré ses défauts, apporte un réconfort dont on a toujours besoin.




