Fraîchement arrivé à la tête de Remedy, Jean-Charles Gaudechon pense que l’avenir de ses licences se fera grâce à leur exploitation sur petits et grands écrans. D’après le PDG, Alan Wake et Control auraient pu et auraient dû se vendre plus, et si ce n’est pas le cas c’est en partie à cause de leur absence dans d’autres médias. Dans une interview accordée à The Game Business, Gaudechon revient sur ce manque et parle des stratégies que Remedy devra adopter à l’avenir.
Moins d’audace et plus de couverture pour vendre ?
Lors de l’interview, Jean-Charles Gaudechon a soulevé plusieurs points qui, selon lui, contribuent à la faible reconnaissance commerciale des licences Alan Wake et Control.
« Notre accord avec Annapurna vise à donner plus de visibilité à nos jeux et à nos franchises, et à toucher un public qui n’existe pas encore. Ce qui est dommage, c’est que je pense qu’Alan Wake et Control auraient dû mieux se vendre. Pour moi, c’est l’un des premiers points à corriger, avant même de développer de nouveaux jeux. Il faut d’abord exploiter au maximum le potentiel de nos licences actuelles, car elles sont exceptionnelles. Et le cross-média va nous y aider. »
Des déclarations plutôt étonnantes mais allant dans le sens des précédents faits d’armes du nouveau PDG. Avant d’arriver à la tête de Remedy, Jean-Charles Gaudechon était employé chez Electronic Arts et en charge des versions PC et mobiles des jeux FIFA ainsi que d’un certain nombre de jeux de sport. Le but à long terme serait donc de réorganiser la politique éditoriale de Remedy en maximisant les revenus sur les précédentes créations du studio. De là à dire que le PDG souhaite essorer jusqu’à l’épuisement Alan Wake et Control, il n’y a qu’un pas.
En employant le terme exploiter, Gaudechon montre bien que le but premier de son opération cross-media est de générer des revenus. Pour le moment, le studio prépare la sortie prochaine de Control Resonant. La suite logique des choses serait donc de faire une pause dans le développement des jeux du RCU et de se pencher un peu plus sur l’accord signé avec Annapurna, qui prévoit des adaptations en long métrage et en série des univers d’Alan Wake et de Control. Faire arriver les fers de lance de Remedy sur les écrans pour séduire un nouveau public ? Au vu de la complexité de l’univers co-créé par Sam Lake, le pari est des plus risqués.
Les limites du cross-media avec un univers comme le RCU
Avec une licence comme le RCU (Remedy Connected Universe), il serait très facile de se prendre les pieds dans le tapis et de laisser sur le bord de la route un grand nombre de personnes. Alan Wake parle tout de même d’un enchevêtrement de boucles scénaristiques créées par un romancier perdu dans un espace de ténèbres et qui cherche à s’en échapper par le biais de différentes histoires.
Et Control est un pur hommage à la science-fiction paranoïaque des années 80/90 avec une agence gouvernementale secrète luttant contre des AWE (une altération de monde) provoquées par des objets de pouvoir. C’est par le biais d’un DLC de Control que les deux univers ont fusionné, la ville de Bright Falls présente dans Alan Wake étant dépeinte comme un foyer d’AWE potentiel.
Avec ces courts résumés des deux univers, nous pouvons déjà entrevoir les limites de la transposition d’un tel lore sur écran : la complexité de ses nombreux fils narratifs et son caractère éminemment paranoïaque et potentiellement irréel. Pour leur propre bien, les séries et films dérivés du RCU devront être des introductions à ces univers et non des ajouts pour étoffer les histoires, et de ce fait, les complexifier. Mais à-t-on réellement envie de revoir le début des aventures d’Alan et Jesse simplifié à l’extrême avec comme seule ligne directrice celle d’attirer un nouveau public ?
De nombreuses adaptations ont fait le pari de la simplification pour séduire le public néophyte. Et très souvent, le résultat s’est soldé par un échec, comme avec Assassin’s Creed ou encore Hitman: Agent 47. Pour que le RCU fonctionne à l’écran, Remedy et Annapurna devront recruter leur scénariste avec le plus grand soin au risque de perdre les nouveaux venus mais aussi les plus fervents défenseurs d’Alan Wake et de Jesse Faden.

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