Michael Myers est de retour et cette fois, c’est à nous de l’incarner. Le studio Illfonic, spécialisé dans les adaptations de films d’horreur en jeu multijoueur asymétrique, met la main sur le chef-d’oeuvre de John Carpenter et nous propose d’incarner Michael Myers ou les civils de la paisible bourgade d’Haddonfield. Incarner le mal incarné ou ses victimes ? Le choix est vôtre. En plus de ces parties de cache-cache assassines, le jeu nous proposera de plonger plus profondément dans l’univers du film en incarnant Michael à différentes étapes de sa traque, avant de se retrouver face à Laurie.
Mais la mécanique asymétrique sied-elle réellement à une adaptation d’Halloween ? L’hommage à l’oeuvre de John Carpenter et Debra Hill est-il à la hauteur de la légende ?
(Test de Halloween: The Game réalisé sur PlayStation 5 à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Un genre surexploité
Halloween: The Game se veut être une préquelle, mais également une adaptation du classique de John Carpenter. Pour sa partie solo, composée de six chapitres, le jeu nous propose de nous évader de l’asile psychiatrique pour retourner à Haddonfield, mettre la main sur Laurie Strode et enfin boucler une croisade meurtrière entamée il y a plusieurs décennies. Cette partie solo est en réalité un tutoriel qui nous apprendra à bien nous servir de toutes les fonctionnalités de Michael et, par corollaire, des civils que nous incarnerons dans la partie multijoueur.
En plus de n’être qu’un tutoriel pour le mode qui nous intéressera le plus, les missions et les différents objectifs secondaires liés permettent d’acquérir un ou deux éléments cosmétiques pour les survivants et l’une des légendaires tenues de Michael. Contrairement à Massacre à la tronçonneuse, le nombre de personnages jouables est ahurissant et l’identification à tel ou tel héros des films est plus complexe. Nous avons senti que les développeurs voulaient mettre le paquet sur le simple fait d’incarner Michael Myers en délaissant peut-être les civils d’Haddonfield.
Peu ou pas de réelles récompenses en fin de partie, pas de réelles distinctions entre les personnages, et un système de cartes et de compétences pour dynamiser les parties et les jeux de cache-cache. En somme, rien de neuf sous le soleil, et ce qui aurait pu être tout de même efficace sur le papier se retrouve de plus plombé par une lourdeur et une imprécision dans le gameplay qui entachent sérieusement les parties.
Une illusion de liberté
Côté gameplay, Halloween: The Game est bancal. En contrôlant Michael, nous devons soit agir brutalement pour tuer rapidement et violemment, au risque de faire échouer toute la nuit de massacre, soit traquer et avancer à pas de loup pour espérer vaincre les civils. The Shape peut saisir ses adversaires pour les exécuter façon Fatality de Mortal Kombat, frapper avec des objets ou à mains nues, et bousculer ses cibles pour les déséquilibrer. Du moins théoriquement, car la plupart de ces actions sont tout bonnement irréalisables, dues à la lenteur légendaire de Michael Myers.
Asséner un coup puissant demande une bonne poignée de secondes et, sachant que les cibles face à vous bougent nettement plus vite, dans la plupart des cas, le couteau manque sa cible. Même constat pour la saisie : il faut se tenir bien droit devant ou derrière une cible en laissant appuyer le doigt sur une gâchette et, en multijoueur, les civils peuvent aisément bousculer Michael ou le frapper pour l’empêcher de saisir son objectif. L’infiltration est donc la meilleure amie du tueur au masque de William Shatner, et traquer les cibles pour les effrayer et réduire leurs mouvements devient une nécessité pour espérer sortir vainqueur.
Mais les développeurs ont une parade à cet effet de lenteur : le mode Shape. Une fois passé en mode Shape, Michael se transforme en spectre glissant sur le sol et pouvant traverser les portes. Dans cette forme, il est invisible aux yeux des civils et ne peut réapparaître qu’une fois à l’abri de la lumière. Là encore, cette mécanique de gameplay pose problème. Certes, elle permet de planifier et de simplifier les traques, mais elle décrédibilise totalement le personnage de Michael en le transformant en simple fantôme.
Du côté des victimes, nos objectifs sont simples : sauver nos amis, tenter de s’enfuir ou essayer de se frotter à Michael pour le reconduire derrière les barreaux. Nous pouvons nous servir des objets de l’environnement, tenir la distance en courant plus vite que The Shape (pour peu qu’il ne nous ait pas glacé d’effroi au préalable), bousculer le boogeyman pour lui faire lâcher prise et enfin rassurer nos collègues pour tenter de les remettre dans le droit chemin.
La composante est simple et, selon le confort de jeu de celui qui incarnera Michael, les parties peuvent être bouclées rapidement dans un sens comme dans l’autre. Les cartes de compétences et différents protagonistes jouables, s’ils sont « bien » choisis, peuvent très rapidement rendre les parties déséquilibrées.
Démystifier Halloween et sa figure de proue
L’idée de départ de situer l’action du jeu entre les événements du film de Carpenter (entre l’arrestation de Michael enfant et son retour à Haddonfield) était bonne. Mais les développeurs et scénaristes de Halloween: The Game se sont emmêlées les pinceaux en souhaitant rendre hommage au personnage de Michael avant l’oeuvre.
Le jeu, dans sa partie solo, se contente de prendre des éléments de toutes les lectures et relectures de Michael Myers pour les passer au mixeur. L’ambiance d’Haddonfield et l’objectif de The Shape collent au film de Carpenter, le caractère indestructible et foncièrement mauvais de Michael sont directement issus des deux excellents remakes de Rob Zombie et le côté civils contre tueur et vigilantisme évoque les trois suites plutôt bancales de David Gordon Green.
Le jeu vous racontera donc l’évasion de l’asile, mais aussi comment Michael a récupéré son fameux masque. Autrement dit, voici comment détruire l’aura de mystère qui entoure une telle figure du septième art. Tout comme avec le mode Shape, vouloir tout expliquer à outrance brise le mythe. Il est aberrant aussi de laisser une chance aux civils. Michael Myers est le Mal et, hormis dans de rares occasions, personne ne peut lui échapper. Faire de Halloween un jeu multijoueur asymétrique n’était pas la bonne direction à prendre. Un survival-horror solo dans lequel nous incarnons le méchant, ou Laurie Strode, aurait peut-être été plus indiqué. En l’état, en suivant une mode qui commence déjà à s’essouffler, Halloween: The Game est comme ses nombreuses suites : insipide.
Halloween: The Game passe clairement à côté de son sujet. En en faisant un jeu multijoueur asymétrique avec une légère partie scénarisée servant de tutoriel, Illfonic démystifie le mythe d’Halloween et de son boogeyman légendaire : Michael Myers. Les parties sont rarement amusantes, le gameplay est trop imprécis et le traitement même du travail de John Carpenter et Debra Hill pourra défriser les plus grands fans. Si l’horreur en multijoueur vous fait frémir, nous ne pouvons que vous conseiller de vous tourner vers Massacre à la Tronçonneuse ou The Outlast Trials.


