Après une sortie anticipée sur PC et Switch, Hades II débarque sur PS5 et Xbox Series. Pour l’occasion, Supergiant Games nous offre sa bénédiction sous la forme d’une ultime mise à jour incluant son lot de rééquilibrages, de corrections et d’autres ajouts mineurs. La parution de cette suite attendue sur consoles était l’occasion parfaite pour vous livrer notre retour d’expérience.
Connus pour leur exploitation intelligente des mécaniques de la mort et de la résurrection, parfaitement conçues au genre du Rogue-like, les titres de Supergiant Games sont tous des bijoux de créativité de par leurs directions artistiques flamboyantes et leur écriture captivante. À noter qu’il s’agit ici d’une suite directe, une première pour le studio californien. Mais périlleux est le chemin vers le succès pour une suite qui doit sortir de l’ombre de son prédécesseur sans complètement s’écarter de sa philosophie de base. (Re)partons dans les Enfers.
(Test de Hades II réalisé sur Nintendo Switch à partir d’une version commerciale)
Mort à Chronos
Hades II se déroule plusieurs années après que Zagreus a réconcilié toute sa divine famille. La seule ombre au tableau étant que papi Chronos, démembré par ses enfants, n’a pas été invité à la fête. C’était là l’opportunité idéale pour relancer une aventure tragique. Le titan du temps, mystérieusement requinqué, fait vite table rase du passé en emprisonnant la cour chtonienne du premier Hades, à l’exception de la petite sœur de Zagreus, nouveau protagoniste incarné par le joueur.
Élevée en secret par Hécate à la Croisée des Chemins, limite entre la surface et les Enfers, Melinoë a développé des talents martiaux et magiques en plus d’une haine viscérale pour son grand-père. Ainsi, le scénario qui se développe à chaque échange, rencontre et confrontation avec les personnages mythologiques nous en apprend un peu plus à chaque partie sur Melinoë, ses alliés et ses ennemis. Par son écriture, son gameplay, sa musique, le jeu nous rend vite accro à son sentiment de progression magistralement bien dosé.
Une (nouvelle) nuit aux Enfers
Pour les joueurs familiers du premier épisode, la descente aux Enfers se fait sans heurt. La progression s’accomplit en traversant plusieurs salles générées aléatoirement qui composent les quatre nouvelles régions, chacune protégée par un boss inédit. Dans un premier temps, il s’agit de regagner le Tartare en faisant le chemin inverse de Zagreus. Ensuite, on découvre la surface et ses régions dépaysantes qui marquent profondément et permettent au jeu de se démarquer de son grand frère.
Les charadesigns 3D des anciens personnages et certaines musiques sont directement repris. Mais l’impressionnant retravail des modèles dessinés pour les dieux et déesses déjà connus nous ont à nouveau éblouis. Les arrangements de Darren Korb ne sont pas en reste puisque le musicien nous fait encore don de mélodies qui nous poursuivront jusqu’à notre propre voyage final dans l’au-delà.
En parlant des Enfers, les régions inédites ont beau posséder une ambiance aussi travaillée et agréable que les précédentes, on sent que les musiques, les décors et même les boss de la surface ont reçu une attention plus marquée. Ce choix est judicieux puisque l’ouverture vers la surface est une réelle bouffée d’air frais qui renouvelle l’intérêt pour les anciens habitués à n’explorer que quatre régions en boucle, mais aussi pour les nouveaux qui venaient à peine de s’accoutumer à la boucle de gameplay.
Après avoir littéralement tué le père dans le premier jeu, Hades II est-il capable de tuer le frère ?
Ce qui rend Hades II jouissif et addictif, c’est dans ses possibilités de personnalisation variées et ses nombreux choix laissés au joueur avant de lancer une partie. On choisit son arme, ses améliorations, son objet de soutien, son compagnon, et enfin on détermine en fonction des objectifs à accomplir s’il est préférable de se rendre aux Enfers (plus simple) ou à la surface (plus difficile). Et une fois lancée, la RNG nous impose de nouvelles options mais là encore sous formes de choix. L’équilibre entre hasard et déterminisme frôle l’excellence à un point qu’il est toujours difficile de ne pas relancer une autre partie à peine la précédente terminée.
Concrètement, Hades II apporte énormément de contenu supplémentaire par rapport à son prédécesseur (armes, magie, …), son rythme est bien géré et même le end game est peut-être plus agréable. Malgré tout, il faut bien avouer que même si la formule est perfectionnée, elle n’a pas été révolutionnée. La boucle de gameplay est quasiment la même que dans le premier tout comme le hub et certains personnages sont les reflets d’autres déjà connus (Hécate/Hadès ; Ulysse/Achille) que ce soit dans leur fonction ludique ou narrative.
Toutefois, ces similarités sont superficielles, elles servent sûrement de clin d’œil aux fans, et cette fantastique galerie de personnages est un catalyseur de nouveaux enjeux et réflexions qui diffèrent de leurs modèles. Ce point concerne aussi les boss qui, dans leurs mécaniques ou leur mise en scène, peuvent faire écho à leur équivalent du jeu précédent. Mais une fois encore, on se doit de saluer l’application apportée aux combats contre les boss de fin (qui, en exagérant, toucheraient presque du doigt l’ambition d’un Metal Gear Solid). En somme, Hades II reprend habilement des éléments du premier opus pour satisfaire ou surpasser d’anciennes attentes tout en en créant de nouvelles.
À l’image de Melinoë, Hades II se démarque de son ainé par sa capacité à développer des compétences surprenantes et à nous ébahir par ses idées. Pas besoin d’avoir joué au premier pour apprécier et comprendre les enjeux du second. Les plus assidus seront tout de même récompensés en retrouvant des éléments connus ou des rappels. Le jeu ne révolutionne pas la formule instituée par Hades premier du nom, mais il arrive tellement à la sublimer qu’on laisse de côté ce qu’on a déjà vécu pour embrasser les nouvelles propositions.
Hades II est ce qui se fait de mieux en termes de Rogue-like : il saura satisfaire les fans du genre comme les néophytes de par sa boucle de gameplay basée sur une constante progression. Une boucle qui accapare nos sens de son délicieux goût de « reviens-y » qui saura convaincre tous les profils de joueurs.


