L’initiative Stop Killing Games (SKG) ne cesse de grandir et de faire des émules. Après avoir recueilli plus d’un million de signatures avec sa pétition, le mouvement avait été reçu au Parlement européen en avril dernier. Le 28 mai, une étape de plus a été franchie dans la lutte pour la préservation du jeu vidéo et le respect des droits des consommateurs : le Protect Our Games Act a été validé par l’Assemblée de l’État de Californie et le projet de loi sera bientôt transmis au Sénat de l’État.
Protect Our Games (POG) Act
Sous sa forme actuelle, le texte impose aux développeurs et aux éditeurs de prévenir les joueurs au moins 60 jours avant de fermer les serveurs d’un jeu ou tout autre changement qui rendrait impossible d’y jouer. Si un jeu doit être débranché, il sera nécessaire de rendre celui-ci accessible hors ligne ou de développer un patch permettant d’en profiter malgré son statut de fin de vie ou de rembourser l’acheteur si l’application est supprimée. Néanmoins, cette loi ne concernera que les jeux qui sortiront après le 1er janvier 2027 en excluant les free-to-play.
Dans les faits, si l’acte est adopté, les restrictions ne seront effectives qu’en Californie. Mais étant donnée l’importance de l’État dans l’économie étasunienne, et même mondiale, en particulier dans le domaine de la tech et du jeu vidéo, cela pourrait entrainer son application dans le monde entier.
Les instigateurs de Stop Killing Games et leurs partisans ont raison de se féliciter à l’approche d’une possible victoire historique, mais ne nous emballons pas. Il faut encore que les citoyens californiens parviennent à sensibiliser et convaincre leurs sénateurs de l’importance de ce texte. Puis, une fois que les débats et les amendements auront abouti à un texte similaire pour les deux chambres, le gouverneur Gavin Newsom devra l’approuver. Ce long et dur combat semé d’embuches se poursuivra en juin.
Un combat qui ne fait que commencer ?
Le POG Act représenterait un grand bon en avant concernant la préservation des jeux vidéos de demain, mais même s’il devient une réalité, l’avenir des logiciels passés reste incertain. Le fait que la loi ne concernerait que les jeux publiés à partir de 2027 représente une moindre charge pour les développeurs et les éditeurs qui n’auront pas besoin de rembourser les joueurs de The Crew ou de maintenir en vie Last Flag. Pour l’instant, la loi n’est pas rétroactive mais elle pourrait progressivement s’étendre aux backcatalogues avec le temps.
Au final, en ne s’attaquant qu’aux jeux payants, la législation favorise la reconnaissance de l’investissement financier des consommateurs, mais celle-ci évite aussi de réguler les autres formats moins encadrés des jeux par abonnement et les free-to-play. Cela permet sans doute d’éviter de trop interférer avec les intérêts des grandes corporations chérissant ce modèle économique juteux très populaire en Chine, en Corée du Sud et en Amérique. Cela donne plus de chance à l’acte d’être voté.
Notons que la précision concernant le début de la mise en application de la loi est une modification du texte original. le POG Act n’est ainsi pas à l’abri d’être vidé de son essence sous la précision de l’ESA (Entertainment Software Association), le principal lobby opposé à Stop Killing Games, ou de servir à combler un agenda politique à l’aube des prochaines élections américaines (le gouverneur démocrate californien, candidat potentiel, s’accommoderait volontiers du vote des « G@m3rs »).
On aurait pourtant tord d’être pessimiste face à cette situation. Le soutien populaire n’a jusqu’à présent pas fait défaut à l’inarrêtable (voire inévitable) initiative Stop Killing Games. En Europe et aux États-Unis, elle franchit les étapes administratives les unes après les autres à un rythme soutenu, ce qui démontre que celle-ci est arrivée au bon moment et que son combat a de l’importance pour un grand nombre de consommateurs spoliés à l’excès par les pratiques discutables de l’industrie.

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