Les quelques initiatives isolées de préservation du jeu vidéo ne suffisent plus à combattre l’inaccessibilité de plus de 90% des titres commercialisés depuis une cinquantaine d’année. Pour l’instant, il n’est pas question de se pencher sur le cas des jeux dont aucune version ne peut plus être achetée, mais plutôt de s’intéresser à l’impossibilité de lancer certains jeux.
La fermeture des serveurs de The Crew est un exemple qui a fait des émules, mais c’était il y a déjà deux ans. Depuis, la même chanson a été rejouée plus d’une fois : de Concord à Highguard, d’autres sacrifices sur l’autel de la rentabilité sont venus nourrir la colère des consommateurs. Si les complaintes isolées s’étaient jusqu’alors écrasées contre le lobby des grands acteurs industriels du milieu, les actions collectives comme celles de Stop Killing Games semblent faire poindre l’espoir d’un changement dans les années à venir.
Mieux que le dernier Geo-political simulator, la politique pour de vrai
C’est le 16 avril dernier qu’une étape a été franchie par l’association Stop Killing Games. Le vidéaste américain qui a lancé le mouvement en 2024, Ross Scott, a participé à une audition publique organisée au sein du Parlement européen en tant que représentant de l’initiative citoyenne européenne Stop Destroying Videogames. Cet évènement a été rendu possible grâce au récolement de plus de 1,4 millions de signatures en Europe et au Royaume-Uni. Ainsi, la préoccupation qui porte sur le rôle de l’éditeur quant à la préservation de l’accessibilité des jeux vidéo une fois le support officiel disparu a pu être présentée aux députés et à la Commission.
Daniel Ondruška (porte-parole) Ross Scott, Moritz-Maximilian Katzner (conseiller politique), Alberto Hidalgo Cerezo (professeur) et Marcin Barczyk (avocat) ont exposé des arguments au sujet de la protection des consommateurs, de leurs droits et de la préservation de la culture pour encourager une action de l’UE. Ross Scott met l’emphase sur la « destruction » que subit un jeu lorsqu’un éditeur vend un logiciel, conserve l’argent du client, puis finit par désactiver tous les exemplaires vendus, de sorte qu’ils ne puissent plus être utilisés. C’est un phénomène qu’il ne faut pas sous-estimer puisqu’il concerne 93,5% des jeux qui dépendent de serveurs exploités par un éditeur, qui nécessite une authentification en ligne ou tout autre système qui demande une connexion.
« Cette pratique commerciale détruit davantage le medium que n’importe quelle autre. » Ross Scott
En tirant la sonnette d’alarme, Stop Killing Games n’a pas pour objectif d’obliger les éditeurs à revoir complètement leur système économique. L’initiative souhaite promouvoir toute solution responsable qui endiguerait l’inexorable destruction des jeux vidéo et protégerait convenablement le consommateur. Il faut qu’elle soit simple et pratique à mettre en place pour tout le monde. Cette requête qui était à l’origine de l’audition a permis d’ouvrir la discussion vers d’autres sujets qui préoccupent tout autant les joueurs comme les microtransactions, les loot boxes et le lien possible de tous ces thèmes avec le futur « Digital Fairness Act » dont le but sera de contrer les pratiques manipulatoires et addictives en ligne et protéger davantage le consommateur.
De nouveaux horizons possibles
Cette commission était vouée à informer les parlementaires, il n’y aura donc pas de lois « Stop Killing Games » mises en place dès demain qui protègera mieux nos propriétés numériques et qui tapera sur les doigts les méchants éditeurs. C’est un processus qui prend du temps, mais cette action pourrait avoir des retombées bien plus tôt et à une échelle plus importante qu’on ne le pense.
En effet, ces dernières années, les législations de plusieurs états ont déjà pris des mesures concernant certaines pratiques (la Belgique a revu la loi concernant les jeux d’argents pour y intégrer les micro-transaction et lootbox) quand d’autres restes toujours réfractaires (la Chambre des communes au Royaume-Uni avait décidé de ne pas modifier la loi de protection des consommateurs en ligne). Le temps passe et les lignes bougent. Il y a désormais de fortes chances que 2026 soit une année charnière sur ces questions avec le vote du « Digital Fairness Act » en Europe et le « Protect our Games Act » en Californie.

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