En mars dernier, Bandai Namco nous teasait un « nouveau RPG » et tentait de faire monter la hype des joueurs. Un événement tombé à plat au final quoi qu’il faille bien reconnaître que pour les fans de la licence, découvrir l’annonce d’un Echoes of Aincrad Sword Art Online prometteur avait quelque chose d’un brin enthousiasmant.
Or depuis, et jusqu’à sa sortie ce 10 juillet sur Xbox Series, PlayStation 5 et PC, la communication de l’éditeur a été discrète et cette sortie est globalement passée inaperçue. Pourtant, la promesse de replonger dans l’univers captivant de Sword Art Online, dans un scénario inédit et parallèle aux événements de l’œuvre est bien là. Mais est-ce que cette ambitieuse promesse a pu être tenue ? Echoes of Aincrad est-il un chaînon supplémentaire au lore de Sword Art Online ou risque-t-il d’en être une cicatrice ?
(Test de Echoes of Aincrad réalisé sur PS5 via une copie commerciale du jeu)
L’ennui aussi peut être mortel
Lorsque nous avons découvert l’univers imaginé par Reki Kawahara de Sword Art Online, celui-ci a trouvé un écho particulier dans notre cœur de joueur. La réalité virtuelle n’était pas encore une réalité justement et nous imaginer être plongés « réellement » dans nos jeux vidéo préférés, comme il se produit dans l’anime, était en quelque sorte un rêve de futur idéal pour le médium (on voit ce qu’est devenue la VR depuis).
Depuis près de quinze ans maintenant, la licence a continué d’évoluer et nous a offert plusieurs jeux retraçant généralement les péripéties vécues par Kirito, Asuna et leurs amis. Mais la production de jeux allant plus vite que celle de la série, il fallait bien imaginer autre chose. Et c’est en substance l’ambition d’Echoes of Aincrad : nous offrir une aventure inédite tout en nous faisant revivre les événements clés de la première partie de l’œuvre.
Ainsi, nous sommes plongés dans Sword Art Online, premier VRMMORPG donc, alors que son créateur lance son projet mortel. En cas de game over dans le jeu, c’est la mort aussi dans le monde réel, et il n’existe aucun autre moyen d’en sortir que d’atteindre le centième étage de l’Aincrad. Pour autant, cette intrigue ne sera là qu’en filigrane, à quelques étapes clés près, et on en verra son avancée qu’au travers de dialogues avec nos compagnons et autres PNJ.
C’est d’autant plus regrettable car l’intrigue proposée ici est particulièrement insipide. Forcément, en voulant proposer un récit parallèle, celui-ci ne doit pas avoir d’impact majeur sur l’univers, afin d’éviter les incohérences scénaristiques avec l’existant. On se retrouve alors avec des enjeux sans intérêt, sur fond de boss mystérieux à vaincre à tout prix et de collecte d’armes supposées légendaires.
On ne peut même pas se consoler avec les dialogues ou les personnages, aussi creux l’un que l’autre. Au vu du résultat, on aurait largement préféré retracer les événements originaux, ou, s’il fallait absolument créer quelque chose d’inédit, qu’on nous propose de vivre cette aventure « à notre manière », avec les cent étages à conquérir et quelques sous intrigues intéressantes.
On se retrouve finalement avec un jeu frustrant qui nous laisse la désagréable impression d’avoir été floué. On est dans le même univers, certes, mais celui-ci a été dévoyé, se contentant d’une infime partie du monde imaginé par l’auteur (seulement deux étages à visiter) où l’on devra se contenter de quelques clins d’œil inutiles (et souvent mal amenés) et mettre de côté le sentiment d’aventure pourtant inhérent à l’œuvre.
Il n’y a pas grand-chose à sauver. Même les passages avec les personnages emblématiques de l’anime sont ratés. Quelques quêtes annexes basiques, des lignes de dialogues censées raccrocher les wagons avec l’histoire et le sentiment d’avoir été arnaqué au bout du compte. Si vous êtes fan de Sword Art Online et voulez approfondir son univers, Echoes of Aincrad n’est clairement pas recommandable, bien au contraire.
Si creux et vide qu’on en a le vertige
Reste que ce ne serait pas la première fois qu’un jeu à licence serait sauvé par son gameplay. Et sur ce point, Echoes of Aincrad a de quoi convaincre. On est sur de l’action-RPG classique avec un côté Souls-like sur le papier, dont l’accent est mis sur le dynamisme et le plaisir immédiat. En cela, on pourrait presque le rapprocher de la série des Ys. On court, on tape les monstres sur notre chemin et on ramasse des trucs dans tous les sens jusqu’à atteindre le boss ou l’objectif de mission.
Manette en main, les possibilités semblent étendues d’ailleurs. Plusieurs armes à disposition, des compétences uniques à débloquer et améliorer, des attaques combinées avec notre partenaire après un contre, rappelant les « switch » de l’anime, des esquives précises, quelques attaques spéciales… bref, le panel complet du jeu d’action moderne. Et globalement, cela fonctionne. Du moins, pendant les premières heures.
Car bien rapidement, le titre montre ses limites. On peut par exemple évoquer son bestiaire famélique où chaque monstre est recyclé ad nauseum. On est même amené à combattre des dizaines de fois les mêmes boss en fin de mission, augmentant la répétitivité, déjà intrinsèque du genre, de manière alarmante.
Heureusement, cela reste simple et fun, ce qui fait qu’on peut se laisser happer par le jeu, mais pour quoi au final ? Au bout de près de cinquante heures de jeu pour en voir le bout, il en est resté l’impression d’avoir perdu notre temps. Même l’exploration est ratée. Encore une fois, au début, alors que l’on découvre l’univers du jeu, on y prend beaucoup de plaisir. Les environnements sont grands et on se plaît à visiter la carte et récolter les coffres au trésor et leurs floppées de loot disséminés un peu partout.
Mais rapidement, on se rend compte que tout est artificiel. C’est grand, c’est vrai, mais qu’est-ce que c’est vide. On s’y ennuie et on peste même devant un level design au ras des pâquerettes. Pire, les donjons, qu’on aurait pu espérer relever le niveau, sont parmi ce qui s’est fait de pire dans le genre depuis des années. Toujours les mêmes biomes parmi une (petite) poignée, un agencement toujours similaire et globalement rien de passionnant à y faire. Vraiment, de qui se moque-t-on ?
Et ce n’est pas le challenge qui permet de relancer cet intérêt. Les moments les plus complexes sont ceux qui nous ont le plus fait râler. Pas parce qu’ils nécessitaient une stratégie complexe, mais car ils mettaient en lumière des problèmes techniques et d’équilibrage du jeu. Globalement, on perd un combat à cause d’une caméra aux fraises, d’une IA débile ou par l’amoncellement d’ennemis « élites », rendant leurs attaques stupidement illisibles. Un calvaire !
Echoes of Aincrad est un ratage à tous les niveaux ou presque. On a même l’impression d’avoir été dupé tant il y a une différence entre les promesses, pourtant pas si incroyables, du jeu et la réalité. Parcourir l’Aincrad ? C’est vrai, mais sur deux étages seulement (sur les cent existants pourtant). Rencontrer les héros de l’anime ? Oui, mais pour quelques quêtes inintéressantes. Étoffer l’univers de Sword Art Online ? Il y a l’idée, mais l’intrigue comme les dialogues sont fades et d’une vacuité sans nom.
Les moyens de production n’ont pas été à la hauteur de la licence. On peut prendre du plaisir à explorer les immenses, mais vides, environnements à disposition et occire la faune locale n’est pas désagréable en soi, mais on finit très vite par s’ennuyer devant le manque de variété global et on a l’impression, surtout lors de l’exploration des donjons, qu’on se moque de nous. Que vous soyez fan ou non de Sword Art Online, passez votre chemin, Echoes of Aincrad, en plus de vous ponctionner de quelques euros, vous fera surtout perdre votre temps.


