Annoncé il y a tout juste un an, le jeu de plateforme narratif Deer & Boy arrive enfin. Premier jeu développé par le studio LifeLine Games, Deer & Boy est présenté comme une déambulation dramatique et onirique en pleine nature, où un petit garçon et son compagnon cervidé devront s’entraider pour grandir et accepter une réalité traumatique.
Boucle de gameplay simpliste, décors et univers extrêmement bien réalisés sans pour autant bluffer, et narration grandement guidée par le gameplay, Deer & Boy pourrait facilement se voir apposer une étiquette de cinematic platformer semblable à Little Nightmares, Limbo ou encore Inside. Mais il n’en est rien, car la création de LifeLine Games arrive à se démarquer de la concurrence en étant plus qu’une simple tentative de surfer sur la mode des jeux de plateforme narratifs. Comment Deer & Boy arrive-t-il à se frayer un chemin dans la montagne de propositions des jeux de plateforme ?
(Test de Deer & Boy réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Deux âmes blessées qui vont grandir côte à côte
Dans Deer & Boy, nous incarnons un jeune garçon en fuite. Au début de l’aventure, le protagoniste fugue à la suite d’un événement pour le moins traumatisant. Alors qu’il cherche à s’éloigner et à échapper à la douleur d’une plaie fraîchement ouverte, le garçon fait la rencontre d’un petit cerf perdu dans les bois. Quand il cherche à l’approcher, le petit animal prend ses jambes à son cou et s’enfonce encore plus profondément entre les arbres et la végétation, jusqu’à rejoindre la raison de sa course : sa maman.
Mais la nature humaine étant ce qu’elle est, le petit cerf va devoir se débrouiller seul désormais. Apeuré, terriblement affaibli et en fuite, le cervidé va recevoir l’aide providentielle du petit garçon qui deviendra son protecteur. Ensemble, ils vont poursuivre un but commun : aller de l’avant et accepter leur vie telle qu’elle est désormais. Tantôt guide pour le cerf, tantôt dépendant de la réelle nature de son petit compagnon, notre protagoniste va devoir traverser plusieurs décors et plusieurs environnements où sa présence et celle de son animal ne sont pas réellement bien accueillies.
« Est-ce par ma taille que tu peux me juger ? »
Deer & Boy ne révolutionne pas le monde du jeu de plateforme narratif et ne prétend pas le faire. Dans le jeu, nous oscillons entre déambulation bucolique, phases de plateforme et d’énigmes, infiltration et contemplation purement atmosphérique. Toutes ces différentes phases s’imbriquent de manière organique et participent grandement à la fluidité de la narration.
Le garçon que nous incarnons peut avancer, sauter, agripper et pousser certains objets pour se frayer un passage. Une fois le cerf à nos côtés, et plus précisément dans notre sac à dos, le petit protagoniste sera dans l’incapacité de sauter, nous devrons donc déposer le sac en sécurité pour résoudre une petite énigme et ainsi reprendre le voyage. Entre ces courtes séquences, nos deux héros devront échapper à la vigilance des adultes qui se trouvent dans le décor. L’infiltration dans Deer & Boy se résume à attendre, caché derrière un élément de l’environnement, et à avancer lorsque le cône de vision de la « menace » se porte ailleurs.
Une fois de plus, les différentes petites boucles de gameplay qui constituent le gros du jeu sont d’une simplicité désarmante. Mais nous n’en demandons pas plus à Deer & Boy, la simplicité de ses mécaniques symbolise parfaitement l’innocence et le sentiment de détresse des personnages, chose qui changera un peu plus tard dans leur odyssée commune.
En effet, alors que la confiance grandit entre nos deux héros, un événement fantastique pointe le bout de son nez et semble corrompre une partie de la nature et de ses habitants. Normalement sans défense face à ces imposantes menaces, le cerf se révèle être plus puissant qu’il n’y paraît. Sans trop en révéler sur sa réelle nature et sur ses capacités, le cerf permet au gameplay de se renouveler un brin en se servant de ses talents pour déverrouiller une situation.
La grande force du jeu : son atmosphère
Au fur et à mesure de notre avancée dans Deer & Boy, nous assistons à la naissance d’une amitié, mais également à un passage à l’âge adulte touchant. En avançant et en découvrant un monde qui se mue peu à peu en un endroit sombre et dangereux, nos héros arrivent à voir la beauté derrière tout ce qui les entoure.
Les forêts et les plaines sont plus belles que jamais, et c’est en les traversant que le jeu révèle ses plus beaux effets. La lune éclairant les terres découvertes, les lucioles grimpant vers les étoiles, la lumière hypnotisante de la corruption ou encore les rayons du soleil se frayant un chemin entre les couleurs présentes dans les arbres, la nature est belle, et le garçon et son cerf en sont les gardiens. Comme les gardiens d’un jardin secret qu’eux seuls décident d’explorer et de magnifier. Et c’est encore plus vrai lorsque nos deux amis entrent dans des territoires purement humains et industrialisés. Tout y est terne, menaçant et triste, symbolisant alors ce que l’Homme est pour la nature : une menace.
Tout est affaire d’ambiance et d’atmosphère, d’émotion et de dépassement de soi. Au vu de sa mise en scène et de sa qualité d’écriture, Deer & Boy pourrait facilement être un joli petit film d’animation sur l’importance de s’écouter les uns les autres, mais aussi soi-même.
Deer & Boy nous a touchés en plein coeur. Certes, la boucle de gameplay peut paraître simple, voire simpliste pour les plus expérimentés, mais elle s’imbrique parfaitement dans ce que le jeu nous raconte : un voyage initiatique dramatique basé sur l’échange, l’entraide et l’amour. Rien de complexe ou de rebutant dans le jeu de LifeLine Games, les développeurs nous guident dans les méandres du deuil et de l’acceptation avec une histoire touchante entre un petit garçon et son petit compagnon, tout mignon et pas dénué de talents. Une réussite sur tous les plans !


