Peut-être avez-vous, vous aussi, été traumatisés par l’infamie qu’était Bubsy 3D. Qu’il fut un cadeau empoisonné ou un achat raté, le titre, figurant depuis lors au panthéon des pires bouses vidéoludiques, aurait dû enterré définitivement toutes velléités de retour au premier plan du lynx. Et pourtant, sa lignée ne s’est jamais vraiment éteinte, avec quelques opus passés inaperçus il y a quelques années, et désormais donc avec un surprenant Bubsy 4D disponible dès ce 22 mai 2026 sur consoles et PC.
Surprenant car toute la campagne autour du jeu a tourné autour de la nullité de son prédécesseur, depuis le titre même du jeu jusqu’au punchlines marketing assénées durant les trailers. Alors, avec à présent Fabraz au manettes (Demon Turf, Demon Tides…), ce Bubsy 4D parvient-il a exorciser nos vieux démons ou n’est-il là que pour raviver une plaie qui ne s’est jamais vraiment refermée ?
(Test de Bubsy 4D réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Pas de quoi fouetter un lynx
Mais peut-être ne connaissez-vous pas Bubsy, malgré sa funeste réputation. Il s’agissait, durant les années 90, d’une licence de jeu de plate-forme crée par Michael Berlyn et développée par le studio Accolade et dont l’ambition était de faire de son héros une mascotte pouvant rivaliser avec Mario et Sonic (visionnaire !).
Ainsi, Bubsy 4D conserve ces racines et se présente comme un jeu de plate-forme plutôt classique, que ce soit dans sa structure ou dans la palette de mouvement de notre facétieux félin. Au moins le studio n’aura pas reproduit l’erreur de ses ainés en oubliant de fournir à son héros une ombre, tellement indispensable pour pouvoir se repérer dans un espace en 3D. Dans cette itération, notre ami à poil se manie agréablement et on est très loin de la purge de sa variant 3D de la fin des années 90.
D’ailleurs, nos premières sensations sont plutôt bonnes. On parcourt les premiers niveaux agréablement, découvrant peu à peu les possibilités de notre héros et on se dit que Bubsy 4D pourrait finalement être une bonne pioche dans un genre aujourd’hui délaissé par l’industrie. L’ensemble ne casse pas trois pattes à un poulet, avec pour seul objectif de collecter les 150 pelotes de laine dans les stages avant d’en atteindre l’arrivée, mais cela reste efficace.
On commence même à se prendre au jeu grâce aux défis chronométrés proposés. On découvre alors qu’il est possible, en enchaînant proprement roulades, sprints, sauts et autres capacités de la bête, de parcourir à vitesse grand V les niveaux, leur conférent alors une nouvelle grille de lecture. Certains speedruns se sont même révélés grisants et si satisfaisants quand, enfin, on parvient à atteindre le sommet des classements en ligne.
Pour autant, il ne faut pas se voiler la face, Bubsy 4D est très loin des standards même les plus modestes du genre. Et même si l’on passe sous silence sa caméra perfectible (et c’est un euphémisme), le level design général est extrêmement pauvre et le bestiaire se compte sur les doigts d’une main (et même pas complète).
Alors il y a bien les boss, plutôt originaux et agréables, mais ils ne suffisent pas à justifier un passage à la caisse. D’autant que le titre se termine en une (petite) poignée d’heures, surtout si le 100 % ne vous intéresse pas. Oui, c’est léger, et pour 20€, il n’est pas dit que l’affaire soit rentable.
Pardonner, mais ne pas oublier
Et pourtant, malgré le traumatisme, ce Bubsy 4D a un certain charme. Pas technique, évidemment, tant les niveaux sont d’une laideur rarement vue sur cette génération, mais plutôt avec son personnage principal et le travail d’écriture apportée à « l’intrigue » qui frôle le WTF permanent.
Les moutons de la Terre ont été enlevés par les extraterrestres afin de créer une nouvelle espèce. Bien qu’assistant à cet événement peu commun, Bubsy et sa bande l’ignore. Alors, quand les moutons transformés en « Baabots » reviennent pour s’emparer de la toison d’or du lynx, c’est le moment où le héros doit, à contrecœur, repartir à l’aventure.
On a alors droit à quelques dialogues savoureux ou à divers jeux de mots bien sentis. Sur ce point, Bubsy 4D a fait mouche et nous a plusieurs fois tiré quelques sourires. Il glisse d’ailleurs régulièrement quelques références à ses aventures historiques, conduisant Bubsy à (maladroitement) cacher son passé honteux pour faire oublier ses immondes exactions. Une petite vengeance à savourer en somme.
On peut même forcer le défouloir en achetant, avec la monnaie du jeu, quelques costumes nous rappelant les pires heures de son histoire, rendant alors les clins d’œil encore plus épiques. Pour autant, quelques jours après avoir bouclé de fond en comble l’aventure, il ne nous en reste hélas pas grand-chose, comme si la pommade censée cicatriser nos plaies n’étaient finalement qu’un placébo vite identifié.
Bubsy 4D est une expérience frustrante à plus d’un titre. Frustrante car on sent un réel potentiel dans les séquences de plate-forme. On a d’ailleurs pu l’éprouver dans une partie speedrun qui, à défaut d’être originale, nous a permis de découvrir les niveaux sous un nouveau jour. Mais ce potentiel n’aura jamais eu le temps de pleinement s’exprimer tant l’expérience est courte et finalement structurellement très banale.
Frustrante aussi car on a l’impression d’avoir affaire à un jeu qui n’a pas été terminé. C’est moche, le contenu est rachitique et on ne tire finalement pas grand-chose, malgré un humour bien senti, de nos quelques heures passées dessus. Bubsy 4D, s’est n’est pas foncièrement mauvais, mais il n’est pas au niveau de ce qu’on est en droit d’attendre d’un jeu de plate-forme en 2026, a fortiori au vu du passif de la licence. Dommage, on y avait presque cru.


