La répression du studio n’aura pas suffit : des employés qui se sont regroupés sous l’étendard de la Rockstar Game Workers Union ont présenté les enjeux au cœur de leurs revendications syndicales ce jeudi. Entre crunch à la limite de la légalité, et des inégalités de traitement de plus en plus larges, le studio de Grand Theft Auto VI ne semble toujours pas prêt à prendre de mesures face aux critiques qui résonnent depuis des années maintenant.
Pourtant, le porte-parole de Rockstar s’est bien manifesté suite à l’annonce du syndicat. Sans nier les reproches des développeurs, il affirme que le studio présente une culture et un environnement reconnus mondialement, avec, notamment, peu de départs d’employés. Plus simplement, puisqu’il y a peu de démissions, cela ne doit pas être si mal de travailler chez Rockstar au fond.
Cela dit, les problèmes énoncés par la Rockstar Game Workers Union sont sérieux. Au sujet de la rémunération, un des employés, ayant souhaité rester anonyme, explique que la paie des employés repose surtout sur un système de prime. Ce système de prime est très opaque, les conditions d’accès ne sont globalement pas connues des employées. Beaucoup de développeurs ayant besoin de ces primes se retrouvent donc corvéables à merci.
À ce problème de prime s’ajoute un enjeu d’égalité. Ces derniers temps, l’écart de salaire entre les hommes et les femmes travaillant au studio s’est agrandi, alors que Rockstar prenait la décision de mettre fin aux initiatives en place pour y remédier. Cela intervient alors que dans le rapport de Women in Games sorti ce mois ci, les chercheurs mettaient en valeur que de moins en moins de femmes cherchaient à développer des jeux par la voie classique.
Des effets déjà visibles chez Rockstar
Rockstar Game Workers Union est un syndicat tout jeune, fondé en mai de cette année. Cependant, ses actions ont déjà des conséquences concrètes au sein de Rockstar, notamment vis-à-vis de la culture du crunch qui y reste régulière malgré de nombreuses plaintes de développeurs. Si, par la nature de l’industrie et du marché, il reste peu probable que le problème du crunch soit réglé de manière durable, il sera néanmoins mieux réglementé pour une partie des développeurs.
Rockstar est un studio américain, cependant beaucoup de ses effectifs sont britanniques, et ont un contrat au Royaume-Uni. Or, les heures supplémentaires y sont strictement encadrées pour protéger les travailleurs. Sous ces lois, le crunch se retrouve limité. Cela dit, il y a un moyen de les contourner : un employé souhaitant travailler plus pourrait faire une demande d’exemption.
Ces demandes d’exemption seraient obligatoires chez Rockstar, intégrées directement aux contrats des employés britanniques du studio. Le syndicat a mené une double action vis-à-vis de cette situation : les développeurs concernés ont été informés qu’ils pouvaient engager une démarche administrative pour revenir sous la protection prévue par la loi. Pour les futures embauches, Rockstar Game Workers Union s’est assuré que la demande d’exemption ne figurerait pas dans les contrats.
Certes, les développeurs restent chez Rockstar, qui, effectivement, voit peu de sa main-d’oeuvre faire le choix de partir. C’est omettre un contexte général de l’industrie qui est, plus que jamais, incertain. Si, ces derniers temps, les projecteurs sont braqués sur les fermetures de studios et les licenciements à répétition, la situation dénoncée par le syndicat souligne comment cette instabilité du milieu participe à aggraver des problèmes de vie au travail qui ont longtemps déjà été dénoncés.

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