Entre les bandes-annonces de nouveautés et les previews en tout genre, la Gamescom est aussi l’occasion pour les professionnels du jeu vidéo d’assister à des conférences sur l’industrie. Cette année, c’est Amir Satvat qui a ouvert le bal : ancien « business developer » chez Tencent, il est surtout connu pour son implication auprès des chercheurs d’emploi et des travailleurs licenciés.
Chiffres à l’appui, il est venu expliquer (pour ceux qui en douteraient encore…) que le jeu vidéo était en crise et qu’il allait falloir sérieusement repenser tout son modèle économique pour espérer sauver les meubles.
Paradoxes et licenciements record
Sur ses réseaux, Amir Satvat publie régulièrement les résultats de sa veille sur l’emploi dans l’industrie vidéoludique. C’est avec ces chiffres alarmants qu’il a ouvert sa conférence lors de la Gamescom Dev : plus de 10,000 travailleurs du jeu vidéo ont été licenciés en 2026, et il estime que le nombre devrait s’élever à plus de 14,000 d’ici la fin de l’année. C’est presque autant que le triste record de 2024 (autour de 15,600), et déjà plus que l’an passé, où la barre des 10,000 n’avait pas été dépassée.

Pourtant, il n’y a jamais eu autant de personnes qui travaillent pour l’industrie : on estime à 750,000 le nombre d’employés dans le monde. En Amérique du Nord et en Europe, les studios ferment et licencient à tour de bras. Mais si on se tourne vers l’Asie et particulièrement la Chine, on constate une hausse de 10% des postes proposés dans le secteur.
Pour compléter ce tableau des plus sombres, Satvat rappelle que les quelques postes ouverts à l’échelle mondiale visent rarement les talents fraîchement sortis d’école, et que l’industrie semble désormais favoriser les compétences en business, marketing et analyse plutôt que l’écriture ou le design.
Le règne interminable des monstres sacrés
Malgré cette crise, le jeu vidéo génère toujours plus d’argent, mais la croissance ne profite qu’à une poignée de géants. Sur PC, 80 % du temps de jeu est accaparé par seulement 79 titres. Les vingt mêmes jeux représentent à eux seuls la majorité des bénéfices engendrés par l’industrie. Pourtant, il n’y a jamais eu autant de nouvelles sorties (plus de 12,000 jeux sur Steam rien qu’au premier semestre 2026), mais peu arrivent à sortir du lot et à dépasser les 100 utilisateurs.
Amir Satvat confirme également que le modèle du AAA à 200 millions de dollars développé sur plusieurs années a atteint ses limites. Les investisseurs sont de plus en plus frileux et les gros studios se vident de leurs talents historiques au profit de la sous-traitance. En parallèle, la Chine continue sa croissance, et génère à elle seule 42 % de la croissance mondiale sur PC.
Changer de modèle ou mourir
Pour Satvat, « l’industrie ne reviendra pas à la normale ». Trop de facteurs expliquent l’état du marché aujourd’hui : les habitudes des joueurs changent et la situation post-COVID ne s’est toujours pas stabilisée. L’IA vient ajouter une couche d’incertitude sur tout ce bazar.
Selon lui, l’industrie n’a pas d’autre choix que de muter. Il recommande de miser davantage sur le modèle AA (avec des équipes et un budget réduits et un prix de vente sous les 30 €), d’impliquer les joueurs plus tôt dans le processus de développement et d’améliorer les conditions de travail pour stopper la fuite des cerveaux. Mais pour que tout cela fonctionne, encore faut-il que le public accepte lui aussi de décrocher des quelques jeux qui monopolisent son temps d’attention depuis dix ans.

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