On est malheureusement habitués à voir le sujet des jeux générés par intelligence artificielle apparaître dans l’actualité. Ces derniers jours, c’est l’avalanche de slop lors du Steam Next Fest qui avait tristement attiré notre attention. Et alors que la plateforme n’a jamais hébergé autant de jeux « assistés par IA » et ne fait pas grand-chose pour endiguer le raz-de-marée, Itch.io, qui fait face au même problème, propose des mesures bien plus drastiques.
Tsunami de slop
La situation sur Steam, qu’on savait déjà inquiétante, vient de franchir un cap : plus de la moitié des titres publiés au mois d’octobre déclaraient avoir eu recours à l’IA d’une manière ou l’autre ! N’importe qui peut aujourd’hui prompter un jeu et le publier sur la plateforme, au grand dam des développeurs qui essaient de donner de la visibilité à des projets sérieux.
Selon les données de Game Discovery Tool, ce sont les jeux de simulation, de gestion, d’économie et les roguelites qui sont les plus concernés. On apprend également que plus de 67 % de ces titres ont dix évaluations ou moins, et qu’ils dépassent rarement les 70 % d’avis positifs. Quel intérêt d’inonder la plateforme avec ces jeux morts-nés, sans communauté, visibilité ni engagement ? En attendant, c’est l’embouteillage pour se faire une place sur la boutique.
Interrogés lors d’un événement en Corée du Sud, Tom Giardino et Marc Wilkinson (de l’équipe business de Steam) n’ont eu que des réponses tièdes à apporter. Selon eux, l’IA doit rester un bon moyen d’ouvrir la création de jeux vidéo au plus grand nombre. Pas question de jouer les « gatekeepers » et de l’interdire, donc. Leur conseil aux créateurs victimes de plagiat laisse lui aussi à désirer :
Plutôt que de vous reposer sur une mécanique qu’un tiers peut facilement copier, vous devez continuer à développer votre jeu en y ajoutant des fonctionnalités uniques, de la personnalité et votre créativité
Valve admet pourtant qu’un « nombre important » d’employés planche sur ces problèmes, tout en réaffirmant que la philosophie de Steam est de « rendre la plateforme plus intelligente et dynamique plutôt que de limiter l’accès aux développeurs ».
Grand ménage chez Itch.io
De son côté, la plateforme Itch.io (historiquement axée sur la création plus alternative et indépendante) subit elle aussi les conséquences de la démocratisation de l’IA. On apprend sur Bluesky qu’au cours des deux derniers mois, le nombre de nouveaux jeux par jour y a doublé. La majorité de ces projets sont, bien sûr, générés par intelligence artificielle.
Mais au lieu de s’en remettre aux algorithmes pour faire le tri, Itch.io a choisi la manière forte. Sur X, la plateforme annonce fièrement avoir supprimé « plusieurs téraoctets de slop », et a intégré un filtre permettant aux utilisateurs de masquer les titres identifiés comme IA.
Certes, les jeux bas de gamme aux visuels mensongers ne datent pas d’hier sur les boutiques en ligne. Mais si les « shovelwares » existent depuis longtemps, l’IA exacerbe le problème à une échelle industrielle encore jamais vue. Le laissez-faire capitaliste de certaines plateformes risque bien d’atteindre ses limites, quand les joueurs en auront marre de devoir fouiller les poubelles et iront voir ailleurs.

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