Le cinéma s’est rapidement emparé du jeu vidéo comme source d’inspiration, pour le meilleur, et souvent pour le pire, du Super Mario Bros. de 1993 à Super Mario Galaxy qui s’apprête à reprendre d’assaut le box office (le 1er avril chez nous). On aura rapidement en tête les adaptations directes de licences du jeux vidéo (Street Fighter, Doom, Mortal Kombat, Silent Hill…), mais aussi des inspirations plus larges, comme le Pixels (2015) de Chris Colombus, ou le fameux travelling où le héro de Old Boy (Park Chan Wok, 2004) affronte des dizaines d’adversaires au marteau, reprenant très explicitement les codes du beat’em all.
La bande dessinée a fait de même. Dragon Quest est ainsi devenu un manga dès 1989, Street Fighter connait des parutions régulières en comics (dernièrement chez Udon), Injustice est devenu une série majeure chez DC, et Elden Ring est adapté très astucieusement en manga parodique.
L’art contemporain a très vite compris la portée symbolique du média, et l’un des artistes les plus populaires de la scène actuelle se cache derrière le pseudo Invader et colle depuis le début des années 90 dans les villes du monde entier des petites créatures pixellisées directement empruntées à la licence culte de Taito.
On pourrait également parler de séries télé, qui adaptent à tour de bras (The Last of Us, The Witcher, Fallout, prochainement Tomb Raider…), ou de la littérature, qui a su (certes, plus rarement) se saisir du média, du sympathique Ready Player One (Ernest Cline, 2011) à l’excellent Demain, et demain, et demain (Gabrielle Zevin, 2023).
Restait un dernier bastion : la musique pop. Si pop et jeu vidéo font bon ménage depuis longtemps déjà, la collaboration est souvent allée dans un seul sens : l’industrie vidéoludique capitalisait sur la popularité des musiciens pour attirer l’attention sur les jeux.
Pop’n Music
Quand Robbie Williams chante pour le jeu FIFA, ou quand Koda Kumi ou Florence & The Machine sont sur la B.O. d’un Final Fantasy, c’est finalement plus pour faire la promo du jeu que pour s’en inspirer et en tirer un morceau.
On nous parlera de Crystal Castles, duo légendaire de Toronto, dont le nom rappelle le jeu de 1983. Sauf que le groupe a plusieurs fois déclaré que leur nom n’était pas inspiré du jeu vidéo, mais du spin-off des Maîtres de l’Univers, She-Ra. Néanmoins, leur son très 8 bits et de façon général la scène chiptune (YMCK, Anamaguchi…) prennent clairement le jeu vidéo comme matériau de base de leur musique. Mais c’est un mouvement de niche, pas exactement de la musique pop au sens de « populaire ».
Or, s’il est vrai que Nicki Minaj chantait « Chun Li » dès 2018 et que Sabrina Carpenter nous invitait déjà à « switch it up like Nintendo » dans le hit de l’été 2024, ces derniers mois, il semble que le jeu vidéo soit devenu une vraie source d’inspiration, un ingrédient à part entière de la pop musique.
Rien que ces jours-ci, on compte la sortie du single « Space Invaders » par Digitalism (inutile d’en décoder la référence !), un titre également choisi par Kaytranada (mais au singulier) pour un morceau sorti il y a quelques semaines et dont le clip est plein de références au jeu vidéo ; la sortie également de l’EP R-Type III par Health, dont le groupe déclare que le titre est directement inspiré du shoot’em up d’Irem ; ou encore l’arrivée sur les plateformes de streaming de ce qui fut d’abord une sorte de bœuf improvisé par Jon Batiste : Song of Storms, tiré de The Legend of Zelda: Ocarina of Time.
Quelques mois auparavant, on découvrait le titre Final Boss de Marina (anciennement Marina and the Diamonds), qui transformait une relation toxique en combat de jeu vidéo, bruitages à l’appui, et en 2022, Kendrick Lamar intitulait une chanson Silent Hill, sans lien direct avec le jeu, mais dont le texte reprenait des thématiques développées par le titre de Konami. Une vrai référence, donc, au delà du simple clin d’œil ou du name dropping.
Véritable accélération ou hasard du calendrier ? On le constate, et on s’en réjouit, l’empreinte culturelle du jeu vidéo s’étend. Ce dernier a désormais, au-delà des quelques œuvres exposées au MOMA (ce qui n’est déjà pas rien !) des musées entiers qui lui sont consacrés ; il est enseigné à l’université, ses auteurs sont très officiellement décorés, et les musiciens populaires s’en emparent. Espérons maintenant que le phénomène restera suffisamment circonscrit pour nous épargner un morceau de Gims ou d’un ancien de la Star Ac’ sur une instru piquée à Undertale…

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