Pour fêter ses 30 ans, la franchise Pokémon a décidé de marquer un tournant majeur dans l’histoire des compétitions VGC. Pour la première fois, les affrontements officiels n’auront plus lieu sur les cartouches de la saga principale, mais sur un jeu dédié : Pokémon Champions. Sorti en free-to-play ce 8 avril, ce simulateur de combat marque le début d’une nouvelle ère pour l’esport Pokémon, avec l’espoir d’attirer un nouveau public. Si ce changement apporte des nouveautés salvatrices, la transition ne se fait malheureusement pas sans heurts.
(Test de Pokémon Champions réalisé sur Switch 2 à partir d’une copie commerciale)
Gratuit, mais incitatif (et restrictif)
Pokémon Champions est téléchargeable gratuitement, mais son modèle économique se rappelle vite à notre bon souvenir. Plusieurs paliers d’achats sont proposés : un Starter Pack à 8€ (augmentant la capacité de stockage de 30 à 80 créatures), un Pass de Combat premium pour glaner plus de ressources (et même des Pokémon), mais surtout un système d’abonnement (5€/mois ou 50€/an). Ce dernier permet de stocker jusqu’à 1000 monstres et débloque pas moins de 15 boîtes de combat.
C’est ici que le bât blesse pour les joueurs free-to-play. Les utilisateurs non-payants ne disposent que de 3 boîtes de combat (contre 6 de base dans les jeux de la série principale), ce qui rend la variation d’équipes très compliquée pour les deux modes de jeu proposés. De plus, recruter de nouveaux monstres s’apparente à un parcours du combattant pour les néophytes. Le recrutement est purement aléatoire : un panel de 10 Pokémon apparaît, et vous n’avez droit qu’à un seul recrutement gratuit toutes les 24 heures. Impossible, donc, de cibler précisément la créature de vos rêves.
Heureusement, les nombreux défis initiaux sont généreux en tickets de recrutement (permettant de réduire le cooldown d’une heure par ticket), ce qui aide à se constituer un premier roster décent. Mais passé ce coup de pouce, il faudra s’en remettre à la chance, ou redoubler d’inventivité pour composer avec d’autres Pokémon que ceux espérés. Le stockage posera à terme moins de problème, car chaque montée de rang (super ball -> hyper ball -> master ball) vous rajoutera 5 slots, même si les 50 slots du pack de démarrage permettent une personnalisation bien plus poussée.
L’avantage Pokémon Home et la fin des équipes d’emprunts
Face à ce système de recrutement hasardeux, le joueur vétéran part avec un avantage colossal grâce à la compatibilité avec Pokémon Home. Ramener ses Pokémon stratégiques élevés des jeux précédents est d’une simplicité enfantine (moyennant l’abonnement à Home, qui devient ironiquement l’investissement le plus rentable pour profiter de Pokémon Champions), même si le nombre d’étapes nécessaires pour valider le transfert semble plus fastidieux qu’il ne devrait l’être.
Ce déséquilibre est d’autant plus frustrant que le système des « équipes d’emprunt » a été drastiquement « nerfé ». Auparavant, un simple code permettait de jouer avec l’équipe complète d’un autre joueur. Dans Pokémon Champions, ces codes ne servent plus qu’à des équipes calquées. Si vous tapez un code, le jeu ajustera automatiquement les statistiques, natures, et attaques de vos propres Pokémon pour cloner l’équipe. Bon point néanmoins : vos créatures sont alors prêtes stratégiquement, ce qui vous laisse la liberté d’ajuster quelques détails pour encore mieux coller à votre style de jeu. Cela pose cependant un problème majeur : si vous ne possédez pas l’un des monstres de la liste, impossible de tester l’équipe complète. Le titre pousse donc subtilement, mais sûrement, à la consommation, maniant habilement le principe de la carotte et du bâton.
Un retard technique difficilement pardonnable
S’il y a bien un point sur lequel Pokémon Champions reste (malheureusement) fidèle à la série principale, c’est sa technique. Bien que le jeu bénéficie d’un patch d’optimisation pour la Switch 2, le bilan visuel reste décevant. Le titre plafonne à 30 images par seconde, souffre d’un aliasing prononcé et n’est pas épargné par les bugs de textures. Pire encore, alors qu’une sortie sur smartphone est prévue plus tard dans l’année, et qu’on sent que l’interface a été pensée dans ce but, les fonctionnalités tactiles de la Switch sont totalement ignorées. Un comble pour un outil de gestion.
Heureusement, une fois dans l’arène, le bilan s’améliore. Quelques animations d’attaques ont été joliment retravaillées, les visuels de changements de statistiques ont été accélérés, et les tours s’enchaînent avec une fluidité extrêmement plaisante. Combattre reste un vrai plaisir, et le bouton « Combattre à nouveau » sera d’ailleurs très sollicité tant les affrontements s’enchaînent rapidement.
De superbes ajouts « Quality of Life », entachés par l’ergonomie
Pokémon Champions brille particulièrement par ses efforts d’accessibilité. Les tutoriels à destination des nouveaux joueurs sont clairs, concis, et récompensent généreusement en Victory Points (VP, la monnaie du jeu).
Ces VP sont le nerf de la guerre : ils servent à modifier les EV (désormais simplifiés en une jauge claire de 0 à 32 points au lieu des obscurs 255), les attaques et les natures. Pour modifier ces fameuses statistiques, fini les baies obscures à ingurgiter ou le farm de Pokémon sauvages spécifiques à battre : tout se gère via des sliders, simplement et instantanément.
Cependant, préparer un Pokémon recruté aléatoirement vous coûtera environ 1500 VP, sans compter les objets stratégiques à lui faire tenir (qui s’achètent entre 700 et 2500 VP). Si le système de sliders est un régal à utiliser, le jeu souffre d’une faille d’ergonomie très dommageable : il est impossible de sauvegarder plusieurs « sets » pré-enregistrés pour un même Pokémon. Si vous modifiez un build pour faire un test et souhaitez revenir en arrière, il faudra tout mémoriser et repayer l’intégralité en VP. En somme, tout vous pousse à consumer cette précieuse monnaie.
Pour pallier ces dépenses et accompagner la construction d’équipes, une fonctionnalité brillante fait son apparition : les statistiques d’usage. Le jeu indique désormais, en temps réel, avec quels objets, attaques et répartitions de statistiques un Pokémon est le plus joué par la communauté. Une aide inestimable pour les néophytes. Enfin, si vos poches débordent de VP (une victoire rapporte 300 VP, une défaite 50, sans compter les défis éventuellement remplis), une boutique de cosmétiques vous permettra de vous ruiner en tenues, animations de Pokéballs ou musiques. Le titre ajoute également un Mode Spectateur très attendu, offrant un confort de visionnage inédit pour les tournois en ligne.
Pokémon Champions est un jeu aussi plaisant que frustrant. D’un côté, ses options de confort (simplification des EV, statistiques d’usage, combats accélérés) rendent l’enchaînement de matchs diablement addictif et offrent une vraie porte d’entrée aux néophytes, surtout en free-to-play. De l’autre, sa technique datée, son ergonomie parfois douteuse et son modèle trop restrictif sur les recrutements l’empêchent de transformer totalement l’essai.
S’il est toujours délicat de trouver le juste équilibre entre accessibilité gratuite et incitation à l’achat, il est dommage que l’obtention même des Pokémon en pâtisse, car il s’agit du cœur névralgique d’un titre centré sur la compétition. Un passage obligé pour les vétérans, mais un mur un peu mal taillé pour les curieux, attirés par des mécaniques limpides mais freinés par un recrutement frustrant.


