Annapurna qui nous promet un jeu sur le sortir de l’adolescence avec du skate, les Smashing Pumpkins et Roxy Music ? Ce seul pitch a suffit à faire de Mixtape l’un des titres les plus attendus de l’année en ce qui nous concerne. Avec des premières images qui nous ont fait assez vite penser à un Life is Strange, on pouvait toutefois avoir peur de la redite. Alors qu’en est-il réellement ?
(Test de Mixtape réalisé sur Xbox Series via une version commerciale du jeu)
Smells like teen spirit
Le jeu s’inscrit en plein dans le genre du coming-of-age, ces récits initiatiques du sortir de l’adolescence, comme Ghost World (la BD de Daniel Clowes, adaptée au cinéma), qui partage pas mal de choses avec Mixtape, mais aussi, au cinéma, Thirteen (Catherine Hardwicke, 2003), le trop sous-estimé The Perks of Being a Wallflower (Stephen Chbowsky, 2012) ou le classique Stand By Me, d’après Stephen King (Rob Reiner, 1986).
Le jeu vidéo s’est lui aussi régulièrement saisi de cette thématique, à travers des jeux comme Goodbye Volcano High, peut-être le jeu le plus proche de Mixtape (avec une fin moins tournée vers l’avenir… !), mais aussi Gone Home (2013), les jeux Persona, en particulier les épisodes 4 et 5 (respectivement 2008 et 2016), ou encore, bien entendu, Life is Strange (2015).

C’était l’une des craintes lors des présentation de Mixtape, d’avoir affaire à un titre trop inspiré de l’œuvre de Don’t Nod. Et il est vrai qu’entre le look de ses personnages, l’importance de la bande originale, et les thématiques avancées, on avait des raisons de le penser. On ne dira pas que les deux titres n’ont « rien à voir », les deux jeux partagent bien les éléments cités ci-dessus. Cependant, ce sont des œuvres bien différentes.
Teenage Angst
Mixtape raconte la dernière soirée d’un groupe d’amis au sortir du lycée, Stacey, Slater, et Cassandra, avant que Stacey ne partent pour New York rejoindre sa sœur et surtout tenter une carrière dans la musique. Elle se rêve en « music supervisor », une sorte de programmateur musical, rôle qu’elle assumera pour le jeu tout au long de l’aventure.
Un départ qui est le signe à la fois du commencement de leur vie d’adulte, mais aussi celui de la fin de l’adolescence, et un peu, ce que craignent les amis de Stacey, de leur amitié. Durant cette journée, on préparera la dernière fête, à la recherche bien entendu d’un moyen de trouver de l’alcool, on se disputera, se réconciliera peut-être, on pensera à qui l’on est et à qui l’on veut devenir…
Music sounds better with you
Stacey est (déjà) la « music supervisor » du jeu. Chaque niveau, ou chaque chapitre, se place sous le patronage d’un morceau qu’elle aura choisi pour illustrer la séquence, s’adressant alors directement au joueur pour rappeler brièvement quel est le morceau de l’instant, sa date de sortie, et son importance dans l’histoire de la pop.

On ne « jouera » pas beaucoup à Mixtape, qui rappellera, dans un autre style graphique, The Artful Escape, autre jeu musical signé Annapurna. Dans ces deux jeux à forte composante musicale, on accompagne les personnages dans des tableaux interactifs plus qu’on ne les incarne. On ne prend pas réellement de décisions, ni n’avons à relever aucun challenge, même si certaines phases incluent des mini-jeux qui viennent ajouter un peu de gameplay presque optionnel.
Néanmoins, Mixtape n’est pas non plus exactement un visual novel ou un walking simulator, et, par exemple, contrôler les explosions d’un feu d’artifice en dévalant les routes d’une montagne en décapotable, le tout au rythme de More Than This de Roxy Music, a pu créé chez nous un vrai souvenir de jeu vidéo, un beau moment que l’on gardera longtemps en mémoire.
Beautiful World
De façon générale, le jeu est magnifique. Son animation en faux stop-motion, à la façon des derniers longs métrages animés Spider-Man, ou de K-Pop Demon Hunter permet de couper court à tout débat technique sur les fameux 4k60fps. Ici, franchement, on s’en fout.
Ce qui fait la beauté du jeu, c’est, finalement, l’essentiel : la direction artistique, la mise en scène et le montage, le rythme, le collage de différents styles et de différents média, la B.O., est-ce utile de le préciser à nouveau, et l’écriture des personnages. Sur un canevas archi-classique, comme en témoigne déjà le nombre de références évoquées ci-dessus, le jeu nous emporte ; la console indique que l’aventure nous aura pris une dizaine d’heures, le ressenti est à minima moitié moins…
Néanmoins, reste la question de la génération. Malgré un thème universel, la fin de l’adolescence, on se demande si Mixtape n’a pas quelque chose d’un peu générationnel, qui pourrait laisser une partie des joueurs sur le bord de la route. La B.O., le squelette du jeu, s’étale, en gros, de la fin des 70’s au milieu des 90’s (un seul morceau est daté des années 2000, un titre de Mitch Murder, connu qui plus est pour ses morceaux aux influences 80’s !) et ne parlera pas forcément aux plus jeunes, surtout s’ils ne sont pas aussi curieux de la musique que l’est Stacey. La Gen Z connait-elle encore Devo, qui ouvre le jeu ?
Mixtape, est, dans son genre, un petit chef d’œuvre. Un jeu tenu à bout de bras par son concept, révélé dès le titre, mais qui peut aussi compter sur le soutien d’une réalisation inspirée et d’une écriture juste.
Son côté ultra-narratif et l’absence, au niveau du gameplay, de tout défi, pourrait rebuter certains joueurs. Néanmoins, le débat auquel on assiste parfois au sujet des jeux narratifs tels que les production Quantic Dream et visant à répondre à la question « est-ce encore un jeu vidéo ? » serait ici complètement hors sujet. Non, on ne peut pas perdre dans Mixtape, mais il n’empêche que c’est un pur jeu vidéo, vecteur d’émotions qu’aucun autre média ne saurait rendre de la même façon.




