Entre le Japon et les trains, c’est une grande histoire d’amour. On ne compte plus les simulations ferroviaires se voulant réalistes, tel que Densha de Go. Mais a-t-on déjà vu proposition plus déjantée que ce Denshattack! ? Un mix entre un Tony Hawk’s Pro Skater et un Jet Set Radio, en plus fou encore. Un concept sur le papier aussi débile que génial qui nous a rendu curieux depuis son annonce l’an dernier.
Et maintenant que le titre est sorti, ce 15 juillet sur PS5, Xbox Series, Switch 2 et PC, nous avons pu mettre notre cerveau de côté pour plonger dans cette folie vidéoludique. Mais la folie n’est pas toujours douce, et avec une proposition aussi tranchée, Denshattack! pourra-t-il être plus qu’une curiosité ? Est-ce qu’il a vraiment autre chose à proposer que son exubérance ?
(Test de Denshattack réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Un train d’avance sur nous
Denshattack!, c’est avant tout un concept. L’idée que l’on peut contrôler son train plus ou moins comme on le souhaite. Tel un skate futuriste, on peut bondir, réaliser des figures, surfer et des dizaines d’autres trucs plus délirants les uns que les autres auxquelles même notre imagination n’aurait pas songé. Ainsi, le but du jeu est simple : atteindre des objectifs en points et temps tout en réalisant des missions dans chacun des niveaux proposés.
Les niveaux s’enchaînent d’ailleurs rapidement, ceux-ci excédant rarement les cinq minutes. Et s’il faudra un temps d’adaptation afin d’assimiler les nombreux mouvements à disposition (sauts, virages, esquives aériennes, wallride, ollie…), on s’amuse bien vite à réaliser des tricks improbables en maniant plus ou moins adroitement du stick droit. Évidemment, plus on avance dans les régions, et plus il faudra faire preuve de dextérité pour éviter les dangers supplémentaires sur notre voie.
Reste que globalement, on procèdera en deux temps. La première fois, à la découverte du stage, on cherche à le terminer en tentant, tant bien que mal, de récolter les différents collectibles et réaliser les missions. Généralement d’ailleurs, il suffira simplement d’atteindre l’arrivée pour débloquer le stage suivant. De quoi nous permettre de progresser même si on échoue dans la réalisation des objectifs affichés.
Le véritable sel du jeu commence dès lors qu’on cherche à obtenir les médailles d’or dans tous les niveaux. Et d’un coup, le challenge devient nettement plus relevé. Plus le droit à l’erreur possible, les combos doivent s’enchaîner et il faut varier les tricks tout en terminant rapidement le niveau. Simple en apparence, mais diablement retors au fil de l’aventure. Car chaque région ajoutera de nouvelles mécaniques à intégrer à sa matrice (ainsi que de nouveaux trains, avec ses forces et faiblesses, à acquérir), complexifiant ainsi un peu l’ensemble.
D’autant qu’on n’est pas aidé par la lisibilité de l’ensemble. Denshattack! multiplie les effets visuels. Et au milieu de ce déchaînement d’absurdités, alors que nous somme pris par la frénésie de notre bolide sur rail, il faut parvenir à repérer les indicateurs nous annonçant le danger à venir, et y répondre avec la bonne combinaison de touche au bon timing.
Ainsi, si les premiers niveaux sont plutôt simples à aborder, très vite nous avons sentis nos limites arriver. Se mêlent donc à la fois le plaisir arcade du jeu, terriblement fun et addictif manette en main, mais aussi la frustration de ne pouvoir en goutter toute sa sève, faute de parvenir à suivre la musique de cette partition ferroviaire.
Road Rail trip au Japon
On regrette d’autant plus de ne pas être parvenu à être suffisamment habile pour en profiter à fond qu’on a totalement adhéré à l’esprit complètement déjanté de Denshattack!. L’intrigue se déroule dans un Japon futuriste où, suite à une catastrophe climatique, les riches du pays se sont réfugiés sous des dômes. S’est alors organisé un groupe rebelle, le Denshattack, dont les membres se servent d’anciennes voies ferrées pour s’affronter et affirmer leur opposition à l’ordre établi.
C’est dans ce monde qu’on suivra le périple d’Emi, jeune livreuse de ramen, qui décide de prendre le train en marche lorsqu’on lui parle de ces affrontements sur rail. La jeune fille va alors décider de traverser le Japon afin d’affronter tous les champions de la discipline, et qui sait, peut-être même renverser le Miraido. Et quand on parle d’affrontement, dans Denshattack!, cela prend des proportions délirantes.
On en avait aperçu les contours lors des différentes présentations du jeu, mais ces combats de boss sont tout simplement exceptionnels. Ça part dans tous les sens, avec des trains s’assemblant tel un Megazord et des séquences de gameplay qui se renouvellent sans cesse, cassant la monotonie d’un titre ne reposant pourtant que sur un concept.
Combien de fois n’avons-nous pas exulté devant une référence bien senti, comme durant ce niveau inspiré de Guitar Hero, ou cet autre mettant en scène un affrontement entre Godzilla et Ultraman ? Chaque fois que l’on termine un niveau, on a des étoiles plein les yeux, réalisant l’absurde feu d’artifice visuel et auditif auquel on vient d’assister et songeant déjà au suivant, quelques stages plus tard.
Pour autant, on ne peut pas dire qu’on ait été absorbé par le récit. Les dialogues sont trop nombreux pour ce qu’ils ont à dire et, sortis des scènes ouvrant les nouvelles régions, très drôles, on passera régulièrement les bla-bla introductifs et conclusifs de chaque niveau tant ils sont inintéressants et cassent le rythme. Mettre en scène les boss, surtout ceux de cette qualité, c’est parfait, mais les sous-fifres et autres stages intermédiaires, on s’en serait souvent passé.
D’autant qu’il y a beaucoup de niveaux à découvrir, Denshattack! étant généreux avec une soixantaine de niveaux répartis sur neuf régions, pour au moins une demi-douzaine d’heures de jeu (et plus encore pour le 100%).
Denshattack! est un titre riche et rafraichissant mais faisant aussi preuve de maladresse. Il pèche notamment dans sa narration, trop présente pour son propre bien, et dans sa lisibilité, rendant l’obtention des meilleures médailles trop aléatoire pour le joueur moyen. Et pourtant, derrière son côté foutraque se cache un jeu de « skate » bien plus technique qu’il n’y parait, mettant à rude épreuve la concentration et les réflexes des joueurs.
Une limite que nous avons hélas rapidement atteinte, ce qui ne nous a pas empêchés pour autant de prendre du plaisir. Car l’on peut aussi profiter simplement de Denshattack!, en enchaînant les stages, sans se prendre la tête avec des tricks compliqués, pour juste apprécier sa direction artistique exubérante, son ambiance dingue, sa mise en scène délirante et ses incroyables boss, valant à eux seuls le coup d’œil.


