Avec Rhythm Paradise Groove, Nintendo vient probablement de sortir son dernier jeu à destination de la Switch. Après presque dix années de bons et loyaux services, l’ayant propulsée au firmament des consoles les plus vendues de l’histoire (à quelques unités de l’indétrônable PS2), y avait-il meilleure proposition qu’un party game, musical en l’occurrence, pour clôturer en beauté cette génération de machine ?
Une série qui va d’ailleurs fêter ses vingt ans et dont ce dernier opus a particulièrement été mis en avant par Nintendo, notamment lors de son dernier direct. Un jeu de rythme comme il se fait rare de nos jours mais une licence qui a toujours su nous ambiancer. Alors, Rhythm Paradise Groove a-t-il les armes nécessaires pour conquérir notre été ou n’est-il finalement là que pour combler un catalogue en berne pour le constructeur nippon ?
(Test de Rhythm Paradise Groove réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
mini-jeux, maxi plaisirs
Si lors de ses multiples présentations, vous avez eu l’impression de voir un nouvel épisode de Wario Ware, c’est parce qu’en effet, Rhythm Paradise Groove est développé par la même équipe au sein de Nintendo. Ainsi, le jeu se compose globalement de dizaines de mini-jeux courts (plus d’une centaine ici) se bouclant en une poignée de minutes chacun. L’idée est de proposer des sessions de jeux au plaisir immédiat, sans être freiné par un apprentissage ou une prise en main complexe.
Chaque mini-jeu s’apprend en quelques secondes et se résume généralement à appuyer dans le rythme adéquat sur une ou deux touches. Pour autant, obtenir les meilleures médailles dans chacune des épreuves n’est pas si évident et l’intérêt de chacune d’entre elles est bien plus présent qu’on pourrait le croire. Car contrairement à un Wario Ware, et notamment le dernier épisode, où une fois le concept compris, l’ennui s’installe, la dynamique des différentes musiques/mélodies proposée est particulièrement addictive.
Ainsi, si l’on a un premier niveau de lecture qui consiste globalement à découvrir et terminer les différents niveaux, on se prend vite au jeu à vouloir obtenir toutes les médailles d’or, voire même à réussir les « perfects », débloquant en sus quelques bonus et illustrations à visualiser. Sous son air charmeur et son fun immédiat, Rhythm Paradise Groove cache en réalité un redoutable défi pour les plus complétionistes d’entre nous.
Une exigence parfois intransigeante, où le moindre dixième de seconde d’écart peut faire échouer cet objectif. Il est d’ailleurs recommandé, dans ce cadre, de jouer en mode nomade, le décalage entre la pression d’une touche sur la manette et son effet à l’écran étant parfois suffisamment important (quoi que peu perceptible à l’oreille) pour parvenir à performer. Un imput lag qu’il est évidemment possible de recalibrer au besoin.
Bien sûr, il ne faut aussi pas être hermétique à cette direction artistique et à cet humour purement japonais, avec des situations absurdes qui s’enchaînent, et aimer se laisser porter par les rythmes de musiques que vous vous surprendrez à fredonner après une session endiablée. Vous l’aurez compris, on s’inscrit complètement dans cette philosophie, à battre le rythme du pied tout en s’adonnant à ce Simon vidéoludique.
Aventure musicale
On pourrait toutefois reprocher au titre de ne pas être plus qu’une succession de mini-jeux, de ne pas proposer de véritables liants entre eux. Et effectivement, à terme, Rhythm Paradise Groove souffrira du syndrome « plat à raclette ». On adore le sortir en famille ou entre amis, mais le reste du temps, il est rangé dans son placard à prendre la poussière. C’est pourquoi nous étions plutôt enthousiastes à l’idée de découvrir le Beatspell, le mode aventure ajouté pour cet opus.
Un mode qui s’apparente à un Rogue-light, ajoutant ainsi la simplicité d’apprentissage de son gameplay à un genre de jeu populaire ces dernières années. Si vous avez déjà joué à Patapon (ou à la démo de Ratatan, prévu pour dans quelques semaines), le concept est le même. Un rythme est défini et, selon une combinaison de touche déterminée, on active certains effets et sorts.
On tue alors en rythme quelques monstres, on pille des coffres avec des récompenses à choisir pour atteindre et tenter de vaincre le boss du chapitre. Et il faut bien admettre que la formule est efficace. D’autant que malgré la durée modeste de chaque chapitre, le challenge est présent (surtout si on souhaite obtenir le score maximal).
Pourtant, on aurait aimé que, pour ce mode de jeu au moins, Rhythm Paradise Groove nous propose une plus grande richesse dans son gameplay comme dans son contenu. En une poignée d’heure (et encore), on en aura fait le tour du Beatspell et on en ressort finalement frustré. Frustré car le potentiel est là, mais on a l’impression qu’il a été développé à la va-vite, sans chercher à itérer autour de son concept. Dommage.
Rhythm Paradise Groove est une excellente pioche pour conclure en beauté cette génération Switch. Le jeu est addictif, inventif malgré sa simplicité apparente et challengeant pour peu qu’on souhaite en faire le tour complet. Chaque découverte de mini-jeu est une petite fête, la très large majorité étant excellente, et les musiques et rythmiques proposées sont efficaces et entêtantes.
On aurait cependant souhaité que le titre nous propose une plus grande richesse, notamment dans son mode aventure pourtant largement mis en avant lors du dernier Nintendo Direct et il faudra, évidemment, être réceptif aux jeux musicaux de type Simon. Reste que Rhythm Paradise Groove est un petit bonbon à savourer qui ne cherche qu’a procurer du plaisir immédiat aux joueurs. Et que ce soit seul ou à plusieurs (voire même seul sur les jeux multijoueurs, un Joycon dans chaque main), cet objectif est largement atteint.


