En tant que développeur, l’âge d’or de Konami semble loin derrière lui. Probablement conscient de ne plus avoir les ressources pour assumer ses licences emblématiques, l’entreprise japonaise choisit désormais de les confier à d’autres studios mieux armés pour leur faire honneur. Une stratégie payante au vu des résultats obtenus avec Silent Hill 2 Remake ou Metal Gear Solid Delta: Snake Eater, que Konami renouvelle donc en confiant Castlevania: Belmont’s Curse aux Français d’Evil Empire et Motion Twin.
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que Konami leur fait confiance. En effet, à l’occasion du développement du contenu additionnel pour l’excellent Dead Cells: Return to Castlevania, les équipes avaient déjà pu se faire la main sur la licence. Un galop d’essai concluant puisque Konami leur permet cette fois de la ressusciter complètement avec un épisode 2D inédit. Disponible dès le 15 octobre sur Switch, PS5, Xbox Series et PC, Castlevania: Belmont’s Curse est-il le digne héritier de sa légende ?
(Test de Castlevania: Belmont’s Curse réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Cadavres exquis
Après douze ans de pause, Castlevania est donc de retour dans un épisode en 2D « à l’ancienne ». La renaissance d’une saga mythique qui a donné son nom à tout un genre : le Metroidvania. Mais de l’eau a beau avoir coulé sous les ponts depuis lors, c’est toujours un plaisir de retrouver la famille Belmont sur les traces du plus célèbre des vampires.
Cette fois, c’est Rose qui aura la lourde tâche de vaincre le seigneur des ténèbres dans un Paris moyenâgeux. La jeune chasseresse se retrouve bien vite séparée de son père et mentor, et devra arpenter les rues de Paris et le château du comte Dracula afin de le vaincre définitivement. Mais cette quête ne se résume pas simplement à vaincre le mal. La jeune femme souffre en effet d’une malédiction dont le remède pourrait se trouver dans son passé.
Sur le plan narratif, l’histoire et l’écriture de notre héroïne nous ont rapidement accrochés. De même, nos rencontres et discussions avec quelques figures historiques de France ou avec d’anciens antagonistes des précédents épisodes de la saga permettent de donner du corps non seulement à l’univers, mais aussi à la quête de Rose Belmont. Il ne s’agit pas seulement de se battre, mais aussi de comprendre comment on en est arrivé là.
Une narration par ailleurs portée par une direction artistique remarquable. On reconnaît la patte de Dead Cells, notamment dans les animations des personnages, et pourtant Castlevania: Belmont’s Curse a vraiment une ambiance unique. La bande originale, composée de classiques revisités nous rappelant nos meilleures heures sur Symphony of the Night et de très bonnes nouvelles compositions, confère d’ailleurs aussi à l’ensemble un supplément d’âme notable.
Tout juste pourra-t-on reprocher d’incompréhensibles ralentissements, mais ceux-ci ne se sont produits durant notre partie que lorsque nous naviguions dans la carte ou dans une salle précise dans laquelle voletaient de nombreuses chauves-souris. Jamais lors des combats ou des déplacements nous n’avons eu à subir ce type de problèmes et on peut facilement imaginer qu’un patch au lancement ou plus tard vienne améliorer davantage la stabilité du jeu.
Le maître est de retour
On entend régulièrement, à juste titre d’ailleurs, que le genre du Metroidvania n’a pratiquement pas évolué depuis sa création. Et soyons clairs : Castlevania: Belmont’s Curse n’entend pas révolutionner la formule. Le titre nous propose un monde immense à explorer avec de nombreux passages inaccessibles avant d’avoir obtenu la compétence idoine. Mais le genre a-t-il vraiment besoin d’évoluer en profondeur ?
Le titre nous propose ici un vaste terrain de jeu finement construit. Les premières heures nous laissaient pourtant songeurs, avec un level design linéaire, sans réelle exploration. Mais ce n’était finalement qu’une sorte de tutoriel de quelques heures, destiné à nous familiariser avec Rose et les affrontements, les premiers boss étant plutôt didactiques.
Et une fois ce cap passé, Castlevania: Belmont’s Curse nous fait la démonstration de sa maestria. Le château et ses alentours recèlent de nombreux secrets, allant du simple poulet dissimulé dans un mur friable aux zones entièrement facultatives. On n’atteint pas la richesse d’un Hollow Knight, par exemple, l’aventure se bouclant ici en une vingtaine d’heures, mais son rythme et l’équilibre entre les phases de plateforme et les combats frôlent la perfection.
Nous avons d’ailleurs régulièrement quelques énigmes à résoudre. Le genre de défis qui permettent de progresser aussi bien dans notre exploration que dans la découverte d’éléments de lore. Plusieurs fois, nous avons été stoppés dans notre avancée, ne sachant pas où aller, et nous avons pu trouver notre salut dans les écrits découverts et répertoriés sur les tarots de l’héroïne.
Castlevania: Belmont’s Curse fait partie de ces jeux qui nous font sentir intelligents. Les énigmes ne sont jamais très complexes, surtout lorsque l’on explore minutieusement les environnements. Elles sont toutefois suffisamment bien pensées pour que nous prenions un malin plaisir à les résoudre. Plusieurs fois même, nous nous sommes enthousiasmés devant la manière dont le titre nous suggère juste assez d’indices pour que nous résolvions nous-mêmes le casse-tête.
La chasse est ouverte
Castlevania: Belmont’s Curse est un savant équilibre entre exploration, phases de plateforme et affrontements. Pour marier ces différents aspects, la maniabilité doit être aux petits oignons, ce qui est le cas ici. On ne peste jamais contre le jeu, même lors de combats complexes ou d’acrobaties retorses.
D’autant que le titre n’en fait jamais trop. Le jeu ne propose pas des dizaines de capacités à débloquer ni de combinaisons de touches complexes à apprendre. Les nouveaux mouvements sont rares, mais cela permet, au-delà de nous laisser le temps de nous les approprier, de les sacraliser et donc de les savourer encore plus.
Du côté des combats, c’est pareil. Le nombre de boss est réduit mais ils sont tous différents et nous obligent à penser notre approche à chaque fois. Le titre propose même un certain challenge sans que cela paraisse réellement insurmontable, même lors des premiers essais. Entre les armes à découvrir dans le château, les reliques permettant de spécialiser Rose et les esquives et les contres plutôt permissifs, en quelques tentatives, la plupart des ennemis trépasseront.
À l’instar d’un Mega Man dans lequel nous volons le pouvoir du boss, Rose peut ainsi les enfermer dans ses cartes de tarot, lui permettant alors d’utiliser de nouveaux sorts. Il est d’ailleurs possible de les améliorer en réalisant des objectifs spécifiques (tuer X ennemis avec le sort, réaliser telle action…), nous poussant donc à modifier régulièrement notre équipement et ainsi varier les plaisirs.
Décidément, nous n’attendions pas Castlevania: Belmont’s Curse à pareille fête. Si nous étions plutôt réservés au cours des premières heures, durant lesquelles le titre propose une expérience trop linéaire, nos doutes ont volé en éclats dès lors que s’est terminé ce tutoriel géant. Toute la place est alors offerte à l’exploration et nous avons pris un malin plaisir à tenter de découvrir les moindres recoins cachés du jeu.
Manette en main, le titre se révèle impeccable, malgré quelques étonnants ralentissements qui, heureusement, ne pénalisent pas l’expérience. Les combats sont grisants et gratifiants, a fortiori lorsque l’on vient à bout de ses excellents boss. Même la narration, souvent parent pauvre des Metroidvania, n’est pas en reste et nous offre une qualité d’écriture inattendue. Un équilibre particulièrement réussi entre combats, exploration et énigmes.
Alors oui, Castlevania: Belmont’s Curse n’est pas aussi riche qu’un Hollow Knight ni aussi technique qu’un Nine Sols, mais il est un titre qui respecte et modernise son héritage. Il est vraiment difficile de le comparer à ses pairs, de dire s’il est meilleur ou non que les autres cadors du genre, mais ce qui est certain, c’est qu’il a gagné sa place parmi ces références dans notre cœur.


