Vendu à plusieurs milliers d’exemplaires, primé aux Pégases et coup de cœur de nombreux joueurs en 2025, Absolum s’était illustré l’année dernière comme un joli succès du jeu vidéo français. Malgré ce succès critique et commercial, on apprend que le studio d’animation Supamonks, qui avait travaillé avec Dotemu sur la direction artistique du jeu, a été placé en liquidation judiciaire et s’apprête à fermer. Alors que l’industrie du jeu vidéo n’a jamais été aussi lucrative, il faut croire que même les titres qui génèrent de l’argent ne suffisent pas à garantir la sécurité de leurs créateurs.
Deux industries interdépendantes
Le jeu vidéo et l’animation partagent des compétences et des outils, et évoluent dans les mêmes bassins d’emplois. En toute logique, les ponts entre les deux industries ne sont pas rares ! On pense évidemment à Ankama, à Fortiche Production (avec la série Arcane financée en partie par une entrée de Riot Games à son capital) ou au studio japonais Trigger à la tête de l’animation sur la série Cyberpunk: Edgerunner.
La création de directions artistiques, d’assets et d’animations est indispensable au jeu vidéo, mais leur production en interne peut coûter très cher (on rappelle que les fondateurs de MDHR ont dû hypothéquer leurs maisons pour payer les animateurs de Cuphead), et on voit de nombreux studios externaliser ces compétences. Que ce soit pour déléguer des cinématiques dignes d’un blockbuster à un géant du VFX ou pour faire appel à un studio d’animation pour une direction artistique, comme dans le cas d’Absolum, c’est une pratique courante dans l’industrie.
Dans ce cas, le studio d’animation externe touche une somme fixée au début du projet, et les rentrées d’argent restent identiques, peu importe si le jeu se vend à 10.000 ou à 500.000 exemplaires. Le studio endosse certes le risque financier, mais le prestataire doit alors retrouver un contrat équivalent, et la structure peut mettre la clé sous la porte si le carnet de commandes reste vide.
Une précarité qui touche tout le secteur créatif (et qui ne risque pas de s’arranger avec la démocratisation de l’IA générative…) : on se souvient de la polémique récente autour du studio Gunzilla Games, qui n’aurait pas payé ses animateurs freelances en temps et en heure, arguant de manière cynique qu’il ne s’agissait que de factures en retard et non de salaires non versés à des employés.
Un paradoxe à 200 milliards
On ne compte plus les annonces de fermeture de studios, de licenciements et de mouvements sociaux dans le secteur du jeu vidéo. Les travailleurs de l’animation semblent éprouver les mêmes difficultés. Pourtant, l’industrie mondiale du jeu vidéo n’a jamais eu autant de valeur financière, et vient même de franchir la barre des 200 milliards de chiffre d’affaires ! Des superprofits qui restent entre les mains des géants de la tech et du mobile, pendant les créatifs ou les studios de taille moyenne comme Dotemu et Supamonks sont écrasés.
En France, le CNC et le FAJV (Fonds d’Aide au Jeu Vidéo) ont permis à Absolum d’exister. Mais le cas de Supamonks prouve aussi les limites de ces financements publics, qui subventionnent la création d’une œuvre à un instant T, mais qui ne permettent pas la survie d’une entreprise si le marché s’effondre. Le coup de grâce est d’autant plus amer qu’une série animée Absolum était prévue et que Supamonks semblait promis à un bel avenir. La crise a été plus rapide que le projet.

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Ninof

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