Alice: Madness Returns est sans aucun doute un ovni parmi les jeux édités par EA. Développé par American McGee et son équipe, il était la suite du premier Alice, tout aussi réussi. Pour les moins familiers de la licence, le jeu reprend l’univers d’Alice au pays des merveilles, mais de façon horrifique. Malgré ses excellentes qualités, le titre n’a pas attiré son public. Il a connu une seconde vie lors de son retour sur Steam en 2022, boostant un peu ses ventes, mais EA n’a jamais voulu donner suite à un troisième épisode, pourtant déjà bien préparé.
La rédemption d’un créateur
Pour replacer les choses dans leur contexte : après la sortie du second jeu, American McGee a entamé un important travail de préproduction pour une suite baptisée Alice: Asylum. Artworks, personnages, histoire : tout avait été conçu et maquetté, prêt à être mis en production. Il avait même lancé un Patreon pour concrétiser son projet. Car si McGee est bien le créateur de la série, les droits appartiennent toujours à EA, et c’est là que le projet a coincé. Après avoir tout préparé pour le présenter à l’éditeur, la réponse fut cinglante : EA a refusé de donner suite. Dévasté par le manque de considération de l’éditeur, le créateur a posté un message définitif précisant qu’il ne travaillerait plus jamais sur Alice ni sur le jeu vidéo en général, préférant passer à autre chose.

Mais avec le temps, McGee a créé une marque de peluches appelée « Plushie Dreadfuls ». Ces personnages, principalement des lapins, sont conçus pour représenter et sensibiliser à diverses thématiques de santé mentale, de neurodiversité et d’états émotionnels. C’est en développant cet univers qu’il a eu l’idée de transformer sa déception en projet créatif : si Alice lui est inaccessible, il construira quelque chose de nouveau à partir de ses propres personnages.
C’est ainsi qu’est né Dreadfuland, un univers transmédia qu’il développe avec l’intention de transposer son univers en livre, film, série et plus encore. Quant au projet principal, il s’agit d’un jeu vidéo ancré dans l’univers conçu comme une suite spirituelle à Alice: Madness Returns. Le protagoniste, un orphelin nommé James, verrait son histoire se connecter à la conclusion du jeu original, tout en contournant les problèmes de droits avec EA. Dans un message récent, American McGee est revenu sur ce revirement :
Je m’étais dit (et j’avais dit au monde entier) que j’en avais fini avec les jeux vidéo. La décision concernant Asylum et de nombreux événements ayant mené à ce moment m’avaient laissé dans un état tel que la simple idée de développer un jeu me donnait la nausée. Puis, je suis allé à Tokyo. Lors du pop-up store Plushie Dreadfuls, j’ai rencontré des gens venus du monde entier qui ont partagé avec moi une histoire commune. Une histoire racontant comment mes jeux et mes peluches les avaient aidés. Beaucoup d’entre eux m’ont demandé de continuer à bâtir des univers de jeu autour des thèmes de la santé mentale et émotionnelle et… eh bien, nous y voilà. Voici les concept arts pour Plushie Dreadfuls : « Spare Hearts », ainsi que les planches d’assets 2D pour les modèles 3D que notre petite équipe va créer afin de donner vie à cette scène.
Le processus en est à ses débuts, mais la situation est cette fois plus favorable. American McGee a pour le moment choisi de tout financer lui-même grâce au succès commercial de ses peluches, refusant de revivre la trahison vécue avec EA. Une démarche qui illustre une nouvelle fois l’importance pour les créateurs de conserver la maîtrise de leurs univers. McGee semble l’avoir pleinement compris, et les fans de la première heure peuvent désormais espérer le retrouver là où il excelle.

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