Quand on parlait de néo rétro il y a dix ans, l’imagination collective se tournait immédiatement vers le pixel art. On visualisait ces aplats de couleurs vives, ces sprites sculptés au pixel près et ces mélodies chiptune 8 bits ou 16 bits. Des œuvres phares comme Shovel Knight, Undertale ou Hotline Miami ont posé les bases d’un genre à part entière. À cette époque, rendre hommage au passé consistait presque exclusivement à ressusciter les belles heures de la NES, de la Super Nintendo ou de la Mega Drive.
Ces titres proposaient un voyage nostalgique, piochant dans une imagerie chaleureuse. On pouvait y voir une forme de résistance artistique face à la course aux graphismes photoréalistes.
Le vieux des moins vieux
Mais le temps passe et la nostalgie est un curseur qui ne cesse de glisser le long de la chronologie. La génération de créateurs qui conçoit les jeux d’aujourd’hui n a pas grandi uniquement avec des manettes deux boutons et des écrans cathodique. Pour toute une frange de développeurs et de joueurs, la première claque visuelle s’est produite devant des volumes anguleux, des textures baveuses et des fréquences d affichage parfois balbutiantes.
Le concept même de rétro s’est donc déplacé. Les carrés parfaits du pixel art ont progressivement laissé la place aux polygones saillants de la période PlayStation premier du nom, de la Saturn et de la Dreamcast.
Cette transition vers le retour de la 3D primitive a donné naissance à une vague d’une richesse folle. Le phénomène s’est d’abord manifesté à travers le mouvement des boomer shooters. Des titres comme Dusk ont prouvé que la nervosité d’un Quake ou d’un Doom pouvait retrouver une seconde jeunesse auprès d’un public moderne. Rapidement, la formule s’est étendue à d’autres genres.
On a vu surgir des mondes ouverts étranges à la direction artistique envoûtante comme Dread Delusion, démontrant que la basse résolution pouvait susciter un vertige poétique inégalé. Le survival horror a lui aussi trouvé dans cette esthétique son terreau le plus fertile. Des jeux comme Signalis ou plus récemment Crow Country ont embrassé avec gourmandise les caméras fixes, la pénombre pixélisée et la tension propre aux débuts du genre.
Ces productions restent pour l’instant des propositions plus confidentielles que les superproductions actuelles, évoluant dans une sphère indépendante parfois intimiste. Pourtant leur empreinte visuelle commence à s’infiltrer durablement dans l’imaginaire collectif. Les joueurs ne perçoivent plus cette 3D sommaire comme une tare technique dépassée, mais comme un véritable choix stylistique.
La 3D baveuse, un style anonyme
Il y a une poésie particulière dans ces décors épurés et ces visages anguleux, une forme de minimalisme qui laisse une large place à l’interprétation et au mystère. On y découvre même des titres qui ne s’engagent pas dans ce style pour la référence au passé, mais simplement pour l’étrangeté qu’il génère.
L’annonce récente et le trailer du jeu White Creek résument parfaitement cet engouement. Le titre reprend sans détour tous les codes qui ont fait la renommée des premiers Resident Evil, avec une approche esthétique fidèle jusqu’au moindre détail. On y retrouve ces plans fixes travaillés, cette atmosphère poisseuse et ce rythme si particulier qui caractérisait les frayeurs d autrefois.
La démarche pousse même le concept jusqu’au bout de sa logique en prévoyant une sortie sur la Dreamcast de Sega. Vingt cinq ans plus tard, la boucle est définitivement bouclée et la console à la spirale orange retrouve de sa superbe pour accueillir un titre qui lui rend un vibrant hommage. Ajoutons à cela que le peu de visuels disponibles laissent imaginer en hors champ une ambiance à la Twin Peaks, et on obtient un cocktail qu’on a hâte de déguster tranquillement.

Test Crow Country – Au pays des merveilles mortes
Riku

En manque de gros pixels ? Découvrez Dread Delusion (bientôt sur consoles)
Bear

Test Murder at the Birch Tree Theater – Le petit théâtre des horreurs
broccomilie