Mercredi soir, on apprenait dans un communiqué de presse les plans d’Ubisoft pour 2026. Le modèle opérationnel va complètement changer : cinq structures plus autonomes seront chargées de gérer les jeux et leur marketing, pendant que la maison mère sera là pour fournir les outils techniques. Entre les annonces organisationnelles, on lisait surtout que des jeux étaient annulés, qu’il fallait faire des économies, que des studios devaient fermer, et que c’était la fin du télétravail pour les équipes.
Dès le lendemain, les conséquences de ces décisions censées préserver le « leadership créatif » d’Ubisoft et permettre de « produire des jeux de qualité exceptionnelle » se sont fait ressentir. Les employés en colère appellent à la grève, et le cours de l’action en bourse est au plus bas.
« Un patron en roue libre »
Le syndicat Informatiques solidaire a immédiatement soutenu les employés d’Ubisoft, en appelant à un débrayage jeudi matin. Les revendications font directement écho aux annonces de la veille : fin du plan de réduction des coûts, maintien du télétravail et augmentations.
Cette action est une « première réponse » aux décisions managériales de l’éditeur, mais d’autres mouvements de grève seraient en discussion. Le communiqué conclut par un rappel que ce sont les salariés qui font les jeux, et qu’ils ne comptent pas « laisser un patron en roue libre démolir [leurs] conditions de travail ».
Interrogés par BFM, des travailleurs et représentants syndicaux témoignent de leur indignation, mais aussi de leur incompréhension face à la situation. La fin du télétravail est vue comme une manœuvre pour « pousser les gens à partir », toujours dans la logique d’économies assumée par Ubisoft. Les représentants syndicaux étaient pourtant récemment parvenus à obtenir un accord qui garantissait un minimum de journées en distanciel.
Game over financier ?
Ironie du sort pour une entreprise qui voulait économiser et engranger des « milliards d’euros » avec ses plus grosses franchises : le cours de l’action Ubisoft est au plus bas de son histoire, avec près de 34 % de perte du jour au lendemain suite aux annonces d’Yves Guillemot.
Au-delà de la crise humaine, c’est aussi un gouffre financier qui s’est ouvert : dans son communiqué de mercredi, Ubisoft a avoué prévoir une perte opérationnelle de 1 milliard d’euros pour la période 2025-2026 ! Une information qui peut passer inaperçue pour les joueurs focalisés sur l’annulation de Prince of Persia : Les Sables du Temps, mais qui saute évidemment aux yeux des investisseurs, qui ont semble-t-il préférés retirer leurs billes.
Peut-on espérer que la situation se stabilise ? Difficile d’affirmer quoi que ce soit avec si peu de recul, dans un contexte si tendu. Avec une telle valeur en bourse, Ubisoft devient la cible d’un potentiel rachat (on imagine que son partenaire Tencent se tient prêt). Pour sauver son indépendance et rattraper ce début d’année catastrophique humainement comme financièrement, l’éditeur n’a plus droit à l’erreur : les prochaines sorties devront être des succès, sans quoi il pourrait bien changer de propriétaire.

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