De nos jours, le remaster est un passage presque obligatoire pour les célèbres sagas. Mais celui de Dynasty Warriors 3 laisse un sentiment particulier. Il vise à rajeunir un épisode qui représentait un genre encore à ses balbutiements : le musô né avec le précédent opus au tout début du millénaire. Or, au fil du temps, la formule s’est améliorée, étoffée et ce qui paraissait alors incroyable a depuis été supplanté par d’autres itérations. Et, au regard des évolutions techniques, dont l’opus Origins est représentatif, on peut se demander s’il était bien nécessaire pour Koei Tecmo de revenir à cet épisode, certes populaire mais obsolète.
(Test de Dynasty Warriors 3: Complete Edition Remastered réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Le règne des combats
Dynasty Warriors 3, comme tous les opus de la franchise, nous propulse dans le monde fantasmé de la Chine des Trois Royaumes. Et c’est là l’un des premiers éléments clés de la licence. On y retrouve le faste et les célèbres héros de cette période : Liu Bei, Lu Bu, Cao Cao, Sima Yi, Sun Ce… Cependant, il ne faut pas s’attendre à ce que le récit ait un vrai impact ou bénéficie d’une vraie mise en scène. Le titre répond avant tout au principe du jeu de combat. On y passe la plus grande partie de notre temps à croiser le fer contre un nombre considérable de soldats et d’officiers.
Même si elles permettent d’insuffler du caractère (voire du charme) à ses héros, les cinématiques participent dès lors moins à mettre en valeur la narration qu’à servir de transition entre les niveaux des différentes campagnes. Ces dernières sont proportionnelles au nombre de personnages et se dénombrent donc à un peu plus de quarante. Et, avec la présence des protagonistes de l’extension Xtreme Legends, cela constitue un contenu généreux qui a de quoi tenir le joueur des heures durant devant son écran. À condition qu’il soit convaincu par la copie.
Par sa forme, Dynasty Warriors 3: Remastered Complete Edition a des arguments à faire valoir. Les efforts déployés par Omega Force et Koei Tecmo sont louables. Graphiquement, les développeurs ont sollicité l’Unreal Engine 5 pour un meilleur rendu. C’est certes plus beau, mais on n’échappe pas à quelques tares et à un manque d’optimisation. Il y a des problèmes de cadences d’images et la modélisation des personnages reste sommaire. Leurs visages manquent en effet d’expressivité, si bien qu’ils arborent pratiquement toujours le même sourire, telle une statue de cire figée.
Une nouvelle expérience ?
L’expérience en ressort également améliorée sur le plan du gameplay, avec l’ajout de mécaniques modernes dignes d’apporter du dynamisme. Sur le terrain, en plein affrontement avec des officiers, on peut ainsi effectuer un contre après avoir esquivé ou appeler notre monture par sifflement. Des changements qui sont d’ailleurs symbolisés par l’arrivée un peu surprise de Ziluan, le héros du volet Origins paru en janvier 2025. Un ajout qui est mineur puisque le personnage n’a évidemment aucune campagne à son nom. Il peut néanmoins être mis à profit dans les autres modes disponibles (Free et Challenge).
Mais voilà, fidèle à son statut de remaster, Dynasty Warriors 3: Complete Edition Remastered a été reproduit à l’identique. En main, on ressent clairement le côté vintage de l’objet qui accumule tous les défauts d’un jeu de 2001 : les objets de soins apparaissent aléatoirement, l’IA ennemie est parfois capricieuse ou veule et les cartes sont rudimentaires et les espaces sont mal gérés. Ainsi, quand les ennemis désertent les lieux, on se retrouve dans un environnement bien vide. Ce qui nous emplit d’un curieux sentiment de solitude et d’ennui.
Constat identique, au niveau des confrontations. En substance, elles manquent de diversité et on finit par vite en faire le tour. Elles varient entre des coups simples, des coups forts et un coup spécial. Et les boucles d’enchaînement sont toujours les mêmes. Et, bien que basiques, elles sont remarquables par leur fluidité. Toutefois, cela n’enlève pas la lourdeur qui peut accompagner certains personnages. Comme avec la figure de Dian Wei. Mais, dans son cas, il s’agit moins d’un défaut que d’une volonté d’apporter de la cohérence. L’homme est puissant, imposant et se traîne une immense arme.
Ensuite vient la question de la répétitivité. Alors oui, faire un tel reproche à un jeu comme Dynasty Warriors peut relever du faux procès : être un divertissement bourré d’action effrénée constitue justement l’essence du genre. Même s’il n’est pas toujours aussi décérébré que peuvent le montrer les apparences. Il ne s’agit pas seulement de se défaire d’ennemis, mais de le faire avec intelligence, en s’attaquant aux officiers. Les terrasser permet d’augmenter nos points d’attaque ou de défense, et offre un ascendant sur le moral de l’adversaire. Du moins, c’est l’effet voulu. En jeu, cette donnée est très peu présente.
En revanche, la répétitivité dont il est question se situe surtout sur un plan structurel. Toutes les campagnes se ressemblent : les décors, les cinématiques et les adversaires à abattre sont les mêmes. Le personnage change, mais la trame scénaristique est la même. En réalité, le protagoniste n’a pas d’individualité, il n’est qu’un rouage d’une histoire commune à un clan. Sur ce point, Dynasty Warriors aurait certainement gagné à proposer moins de combattants et à être plus homogène dans sa narration. Un peu comme le fait Origins justement avec l’existence d’un héros unique notamment.
Découvrir les origines du musô ?
Quand l’on considère ce Dynasty Warriors 3: Remastered Complete Edition, Omega Force a fait un assez beau travail de rajeunissement. Mais si son objectif était de séduire un nouveau public, pas sûr qu’il réussisse à le faire. Malgré les ajouts, l’expérience reste trop rugueuse, trop erratique avec des pics de difficulté parfois inexplicables. Certes, il peut être considéré comme un objet utile pour découvrir ce qu’était la série et le genre à ses tout débuts. Cependant, la curiosité ne peut constituer un motif solide pour y mettre le prix (environ 40 euros).
Toutefois, si l’on regarde du côté du fan, il y a un peu plus d’arguments. Tout en proposant une nouvelle vision avec ses ajouts, le jeu peut également être approché dans une configuration très proche de l’époque en les désactivant manuellement… Il se dépouille alors de sa modernité apparente (l’esquive, le lame contre lame…) et laisse la nostalgie agir. Et n’est-ce pas là une petite réussite, d’autant que, d’après ce que l’on comprend, c’est l’impulsion des fans qui aurait permis que l’entreprise voit le jour.
Dynasty Warriors 3: Complete Edition Remastered est un remaster plutôt honnête. L’expérience est surannée mais elle reste suffisamment grisante et généreuse pour passer un bon moment le temps d’une partie.
Cependant, là où on serait particulièrement acerbe, en tant que joueur français, c’est le manque de localisation dans notre langue. Une absence qui semble d’autant plus incompréhensible, au vu de la réputation de la licence dans le monde. Même le jeu d’origine n’en était pas dénué et offrait, à l’occasion, un doublage rendu mémorable par son incongruité.


