Sorti il y a tout juste une semaine, Meccha Chameleon ne cesse de battre son propre record de ventes. Le jeu vient de passer la barre des trois millions de copies vendues sur Steam, un petit exploit pour un titre sorti de nulle part et développé par une seule personne en quelques semaines. Assiste-t-on à la révélation d’un nouveau talent de génie, ou bien à un engouement passager ?
On me voit, on me voit plus
Le concept de Meccha Chameleon tient en une phrase, mais est assez inédit pour éveiller la curiosité : dans une partie de cache-cache, on contrôle un pantin tout blanc qu’il faut peindre pour se fondre dans le décor. Armé de pinceaux et de couleurs, il faudra faire preuve de talent artistique et de beaucoup de second degré. Le jeu se prête donc très bien aux sessions entre copains, et fait le bonheur des streamers, qui inondent ensuite les réseaux sociaux de leurs moments les plus drôles. La communication autour du titre est toute faite.
Sur Steam, le développeur lemorion_1224 ne manque pas de fêter chaque nouveau million de copies vendues, et promet déjà une nouvelle map. Malgré les commentaires élogieux, certains joueurs se plaignent de l’obligation de jouer en QWERTY et de l’absence totale de modération. Dans un jeu qui s’appuie sur le dessin libre, on imagine très bien les débordements possibles…
Symptôme ou exception dans l’industrie ?
On pourrait se contenter de mettre Meccha Chameleon dans la catégorie du « friendslop » aux côtés de PEAK, Lethal Company et autres RV There Yet. Des jeux qui misent sur le chaos et la viralité sur Internet avant de retomber, très souvent, dans l’oubli (qui se souvient de Schedule I, qualifié de phénomène il y a à peine un an ?).
Pourtant, réduire le succès de ce jeu à un simple coup de chance serait injuste. Le développeur avait déjà expérimenté son gameplay cache-cache sur Fortnite avant de se lancer en solo. Et après tout, on a déjà vu des développeurs indépendants produire des titres qui continuent, des années après, à faire l’unanimité. On pense évidemment à ConcernedApe et son mastodonte Stardew Valley ou à LocalThunk et son Game Award pour Balatro.
Il est également facile de condamner ces jeux sous prétexte que leur cote de popularité finit par dégonfler. Même Balatro compte beaucoup moins de joueurs simultanés aujourd’hui qu’à sa sortie. Même Clair Obscur: Expedition 33 a divisé son nombre de joueurs par dix, et on ne peut pas dire que le titre est tombé dans l’oubli pour autant.
Plaisir coupable passager ou premier jeu à succès d’une longue série pour un développeur indépendant, Meccha Cameleon montre surtout qu’il reste peut-être une place, dans une industrie toujours plus compétitive, pour les concepts originaux et ultras efficaces. Lors de la cérémonie d’ouverture du Summer Game Fest il y a quelques jours, Geoff Keighley rappelait qu’il n’y a jamais eu autant de jeux vidéo sur Steam et que quelques heureux élus avaient dépassé le million de ventes cette année. Parmi eux, on retrouvait YAPYAP et Super Battle Golf : on peut critiquer le friendslop, mais ne nions pas qu’il y a visiblement un public prêt à plébisciter ce genre de propositions.

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