Il existe des fuites maladroites, d’autres intentionnelles, et il existe celle-ci. Le 6 mars 2026, Teyon a déployé une mise à jour de Robocop: Rogue City sur Steam et à accidentellement remplacé l’intégralité du jeu par le build d’un titre non annoncé. Si NACON et Teyon ont rectifié le tir en moins d’une demie heure, cela n’a pas suffit pour empêcher certains joueurs de télécharger cette version, de le lancer et de publier les captures d’écran sur internet. Ce build, intitulé « Hunter », s’avère être une adaptation de Hunter: The Reckoning, le célèbre jeu de rôle sur table issu de l’univers World of Darkness dont Paradox Interactive détient les droits, depuis 2015.
Le matériau filtré est maigre : un écran titre, une vue à la première personne devant un bureau de shérif, une quête demandant d’interroger des témoins d’une fusillade dans un bar. Le build est daté du 20 mai 2025 — presque un an avant sa mise en ligne accidentelle — et affiche une icône Unreal Engine. Un générique confirme Teyon comme développeur. Ni l’éditeur, ni le développeur n’ont fait de déclaration depuis l’incident.
Retour sur le jeu d’origine
Pour comprendre ce que représente cette annonce involontaire, il faut revenir en 2002. Hunter: The Reckoning, développé par High Voltage Software et publié par Interplay, débarque sur Xbox et GameCube comme l’une des rares adaptations du World of Darkness sur console. Le jeu de plateau original posait des prémices intéressantes : des humains ordinaires, mystérieusement dotés de pouvoirs surnaturels, prennent conscience de l’existence des monstres et s’y confrontent. Une humanité fragile face à l’indicible — plus terre-à-terre, plus vulnérable que les vampires ou les loups-garous qui peuplent le même univers.
L’adaptation vidéoludique choisit de sacrifier cette richesse pour un hack-and-slash coopératif à quatre joueurs. La recette fonctionne à moitié. La version Xbox est bien accueillie mais le consensus général souligne une répétitivité prononcée en solo, un level design peu inspiré, et une durée de vie courte. Deux suites sortent, en 2003, Wayward sur PS2 et Redeemer sur Xbox, sans faire évoluer la formule. La franchise s’éteint là, sans un bruit.
Paradox Interactive, qui détient le World of Darkness depuis 2015 et n’a pas brillé dans ses tentatives de relancer l’univers. Werewolf: The Apocalypse — Earthblood (2021) a été largement ignoré. Vampire: The Masquerade — Bloodlines 2, après un développement chaotique et un changement de studio, a déçu à sa sortie en 2024. Confier Hunter: The Reckoning à Teyon ressemble à une stratégie pragmatique post-traumatique : un studio plus modeste, qui semble capable de sortir un produit sans que cela ne se termine en catastrophe industrielle.
Teyon a prouvé avec RoboCop: Rogue City qu’il maîtrisait l’exercice du FPS AA — honnête, sans prétention, généreux et respectueux dans son rapport à la licence. Le build qui a fuité suggère une structure similaire : un FPS avec des éléments d’enquête. C’est cohérent avec l’ADN du studio, et potentiellement une correction bienvenue par rapport aux jeux originaux, qui sacrifiaient toute profondeur narrative.
Il faut aussi rappeler les incertitudes concrètes : un build vieux d’un an, l’échec commercial de Bloodlines 2 encore frais, aucune communication officielle. Rien ne garantit que ce jeu verra le jour. Cette fuite est, dans sa forme, l’une des plus pittoresques de ces dernières années. Dans son fond, il est une question ouverte. Hunter: The Reckoning méritait mieux que ses adaptations des années 2000. Il mérite peut-être mieux aussi qu’une adaptation purement fonctionnelle en 2026. Pour l’instant, un écran titre et quelques placeholders ne permettent pas de savoir dans quelle direction Teyon s’engage, ni même s’il s’engage vraiment.

Test Robocop Unfinished Business – Murphy (déjà) de retour aux affaires
n1co_m

Test Robocop: Rogue City – 50% homme, 50% machine, 100% fun
Léo Delacroix
