Le 31 mars 2026, l’archive en ligne Myrient mettra fin à ses activités. En quatre ans d’existence, la plateforme avait agrégé près de 390 téraoctets de données consacrées aux jeux rétro et aux dumps vérifiés (no-intro, redump, TOSEC, sets arcade MAME…). Un volume impressionnant, mais aussi un fardeau technique devenu difficile à soutenir.
Plutôt qu’un simple site de téléchargement, Myrient fonctionnait comme une bibliothèque technique : indexation rigoureuse, organisation par systèmes, vérifications d’intégrité. Pour une partie de la communauté, c’était un outil de travail autant qu’un point d’accès.
Un modèle fragile face à l’inflation technique
Héberger plusieurs centaines de téraoctets n’est plus anodin. Selon l’annonce du responsable du projet sur Discord, le coût mensuel dépassait plusieurs milliers de dollars. À cela s’ajoute la hausse récente des prix du stockage (SSD, disques durs, mémoire), tirée par la demande des centres de données et des infrastructures liées à l’IA. Dans ce contexte, maintenir une archive gratuite relève d’un engagement personnel plus qu’une modèle économique viable.
Myrient reposait essentiellement sur des financements individuels et des dons. Or, la logique communautaire a ses limites : quand la base d’utilisateurs s’élargit sans que les contributions suivent, la balance devient intenable. L’archive a également été confrontée à des usages détournés, certains récupérant massivement les données pour les redistribuer ailleurs, parfois contre paiement. Une dérive qui alourdit les coûts sans renforcer la pérennité du projet.
La préservation face au vide juridique
La disparition de Myrient souligne un paradoxe ancien : le jeu vidéo est reconnu comme patrimoine culturel, mais sa conservation repose encore largement sur des initiatives non institutionnelles. Les éditeurs protègent leurs catalogues, les plateformes ferment, les licences expirent. Entre abandonware toléré et droit d’auteur strict, la marge de manœuvre reste étroite.
Les grandes institutions, bibliothèques nationales, musées, universités, numérisent progressivement leurs fonds, mais rarement à l’échelle ou à la vitesse des communautés spécialisées. Myrient occupait cet interstice : ni officiel, ni totalement clandestin, mais structuré.
Une transition plus qu’une fin ?
Jusqu’à la fin mars, les données restent accessibles. Plusieurs membres évoquent déjà des solutions alternatives ou des téléchargements miroirs fragmentés, moins centralisés. La fermeture d’un hub unique pourrait ainsi encourager des architectures plus résiliantes, inspirées du pair-à-pair ou du stockage fédéré.
Myrient ne disparaît pas parce que l’intérêt pour le rétro s’essouffle. Il s’arrête parce que la conservation numérique à grande échelle coûte cher, demande du temps et expose à des tensions juridiques constantes. La question n’est donc pas seulement celle d’un site qui ferme, mais celle d’un modèle : comment préserver massivement des oeuvres interactives quand ni le marché ni les institutions ne prennent entièrement le relais ?

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