Une première vague d’annonces portée par la première transmission de Konami marquait la renaissance de Silent Hill, et il ne manquait plus que le film. Après le remake du second épisode et la sortie de Silent Hill F, c’est désormais au long métrage d’accompagner l’avenir de la célèbre saga.
Christophe Gans n’en est pas à son premier essai : vingt ans plus tôt, le français était déjà aux commandes de l’adaptation cinématographique sobrement intitulée Silent Hill. Un film à l’accueil mitigé, mais qui avait su marquer les esprits grâce à une esthétique forte et un réel respect du matériau d’origine. À une époque (toujours d’actualité) où de nombreuses adaptations peinent à comprendre le média, il était même surprenant de voir une proposition aussi soignée. Malgré ses défauts, on ressortait alors de la séance plutôt satisfait.
Concernant le second film, celui-ci n’était pas réalisé par Christophe Gans et semblait surtout chercher à capitaliser sur le succès du premier, tout en abandonnant une partie de ce qui en faisait la force. Une suite qui avait donc laissé un souvenir nettement plus mitigé. C’est pourquoi le retour de Christophe Gans à la réalisation pour cette nouvelle adaptation cinéma constituait une excellente surprise et un souffle d’espoir pour la saga. L’occasion pour le réalisateur de corriger les défauts du premier film et d’apporter un regard renouvelé, fort de plusieurs décennies d’expériences supplémentaires.
Adaptation sacrifiée
Dans le cadre de l’avant-première au Grand Rex à Paris, nous avons été invités à découvrir le film. Avant la projection, une session de questions/réponses a permis à Christophe Gans et Akira Yamaoka de revenir sur la conception du film. C’est dans ce contexte, avec une certaine lueur d’espoir et beaucoup d’envie, que nous avons abordé l’adaptation et la vision des créateurs autour de l’histoire de Silent Hill 2.
Pourtant, dès les premières minutes du film, cet espoir laisse rapidement place à un profond sentiment de questionnement. Adapter un jeu vidéo au cinéma n’est jamais chose aisée. Entre les fans, prompts à analyser le moindre détail, et les spectateurs venus simplement découvrir un film, il est difficile de satisfaire tout le monde. Dans ce cas précis, force est de constater que ni les uns ni les autres ne semblent réellement y trouver leur compte, laissant peu de place à un visionnage pleinement satisfaisant.
Une adaptation de jeu vidéo n’a pas besoin de traiter son œuvre au pied de la lettre, et c’est souvent à tort que les fans l’exigent. Ce qui peut s’avérer réellement intéressant, c’est de découvrir la vision du réalisateur et la manière dont il parvient à nous faire entrer dans son interprétation. Adapter une histoire aussi complexe que celle de Silent Hill 2, profondément liée à son gameplay et à son exploration, partait toutefois déjà d’un postulat délicat. Une réinterprétation de l’œuvre aurait néanmoins pu se montrer pertinente.
Le problème est que Christophe Gans semble ici passer à côté de tout ce qui faisait la force du jeu original. Tout est aseptisé, calibré pour le grand public, et le film multiplie les flashbacks, comme s’il craignait que le spectateur ne soit incapable de suivre une histoire pourtant simplifiée à l’extrême. La subtilité, l’ambiguïté et la puissance psychologique de l’œuvre originale ont disparu. Par moment, on a même l’impression de replonger dans les adaptations des années 2000, où un jeu était avant tout prétexte à un film pensé pour engranger des recettes. Un constat d’autant plus surprenant lorsque l’on se souvient que le réalisateur s’en était bien mieux sorti lors de sa première adaptation. Prenez les défauts du premier film, multipliez les par dix, et vous obtenez Retour à Silent Hill.
Esthétique et musique
Le film propose malgré tout une esthétique parfois très réussie, avec des créatures qui font plaisir à découvrir, même si le design de fin peut prêter à discussion. Certains plans paraissent un peu kitsch, mais l’ensemble reste globalement cohérent. Un équilibre malheureusement souvent brisé par l’utilisation excessive de fonds verts peu convaincants, qui rappellent rapidement que l’on se trouve face à une production au rendu parfois pauvre.
Côté musique, la bande originale composée par Akira Yamaoka, déjà à l’œuvre sur l’ensemble des jeux de la série, se révèle étonnamment discrète. Trop peu mise en avant, elle semble parfois presque en décalage avec l’univers du film, tant sa puissance contraste avec ce qui se déroule à l’écran. Pour les fans de la licence, ce constat est d’autant plus frustrant lorsque l’on observe les rares scènes où elle est utilisée. Il faut toutefois saluer le travail remarquable du compositeur, dont la réinterprétation reste fidèle à l’esprit original et, par moments, encore plus impressionnante.
Il est difficile de proposer une critique nuancée de ce film tant la déception domine sur de nombreux aspects. Une adaptation peut parfois diviser pour son manque de fidélité au matériau d’origine, mais ici, le problème est ailleurs. Même en mettant de côté le message et les thématiques de Silent Hill 2, le film échoue à proposer un scénario capable de convaincre qui que ce soit. On aurait pu penser que la difficulté résidait dans l’adaptation d’une œuvre aussi marquante en quelques heures de film, mais le véritable problème semble être cette volonté constante de vouloir plaire à tout le monde.
De nombreuses scènes emblématiques du jeu sont bien présentes, mais elles apparaissent ici sans réelle cohérence. Là où elles faisaient sens dans le jeu, elles se contentent dans le film d’enchaîner les lieux et les situations, donnant l’impression d’un personnage errant sans véritable logique narrative. Cette accumulation finit par créer une diégèse en totale dissonance avec elle-même. Le scénario, de son côté, prend systématiquement le spectateur par la main, au point de le considérer comme incapable de comprendre ce qu’il voit à l’écran. Une peur permanente de perdre le public qui, paradoxalement, finit par nuire à toute immersion et à toute subtilité.
Avec cette impression de replonger dans une époque où les adaptations au cinéma étaient avant tout pensées pour engranger de l’argent, il est difficile de recommander ce film. Retour à Silent Hill se montre au moins cohérent avec son titre. Après un tel visionnage, il est sans doute préférable de retourner à Silent Hill… le jeu vidéo.

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