Peu de jeux vidéo se déroulent dans un théâtre, et encore moins sur une scène de comédie musicale. Et si cet univers évoque naturellement les jeux de rythme, c’est le point’n’click qui a été choisi par Crucible Juice Games pour Murder at the Birch Tree Theater. Entre meurtres sanglants, hubris, machinations et numéros de claquettes, cette enquête sous le feu des projecteurs est-elle un mélange réussi ?
(Test de Murder at the Birch Tree Theater réalisé sur PC à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
It’s a sad song / we’re gonna sing it anyway
Comme une comédie musicale, Murder at the Birch Tree Theater commence par une ouverture pour mettre en place le décor, les personnages, les enjeux et ici, le gameplay. Il n’aura pas fallu plus d’une seconde sur l’écran de sélection des chapitres pour comprendre que le titre allait être une lettre d’amour aux comédies musicales de Broadway. Il a suffi d’une affiche qui reprend le visage de Cosette et quelques notes de musiques imitant le prologue des Misérables pour que nous soyons déjà conquis avant même d’entrer dans le vif du sujet.
Nous sommes dans la loge, et face à nous, un personnage gisant au sol dans une flaque de sang, inanimé. Une habilleuse est en état de choc en découvrant la scène. Et un autre homme, assis près du miroir, a l’air perdu et désolé. Notre objectif est d’observer chaque détail de ce tableau macabre, de lire les affiches, d’analyser le programme et les partitions, de fouiller les poches des différents protagonistes, pour comprendre ce qu’il s’est passé.
La particularité de Murder at the Birch Tree Theater, c’est que le joueur observe la scène d’un point de vue omniscient. Ici, nous ne jouons pas un personnage intradiégétique ou un enquêteur. Comme au théâtre, nous ne sommes que spectateurs de ce qui se déroule sous nos yeux, sans pouvoir interagir avec les acteurs. On récupère des indices sous forme de mots, puis, à nous de résoudre l’enquête en comprenant qui est qui, et en complétant un texte à trous qui explique le déroulé des événements. Les mots récupérés au fil de l’exploration ne serviront pas tous, et certains seront tout simplement de fausses pistes.
I am not throwin’ away my shot
Une fois le prologue terminé, le jeu nous fait repartir quelques années en arrière. Sans divulguer les éléments de l’intrigue, nous avons appris lors de ce tutoriel qu’un certain Mason s’apprêtait à révéler toutes les magouilles dans lesquelles baignaient les acteurs du Birch Tree Theater, petit théâtre de province. Les chapitres suivants nous montrent donc comment certains personnages, dévorés par l’ambition, ont essayé de manipuler et faire tomber les autres pour arriver à leurs fins.
Le niveau de difficulté augmente petit à petit, sans jamais devenir frustrant. Chaque chapitre débute juste après le crime, et dévoile peu à peu d’autres endroits du théâtre, avec des mécaniques de parfois plus poussées (trouver le code d’un coffre, rétablir un plan de table…). Au fil des années, on voit l’évolution des relations entre les personnages, mais aussi leurs frustrations, leurs envies ou leurs rancunes. Mason est jeune acteur ambitieux, prêt à tout pour obtenir les rôles principaux et gagner du pouvoir au sein de la troupe. Du sabotage d’auditions aux plus basses manœuvres, sa soif de gloire ne manquera pas de lui créer des ennemis… Les coupables ne sont pas toujours ceux qu’on croit, tout comme les victimes.
And nothing’s as amazing as a musical
Plus que son gameplay à la Golden Idol, c’est surtout l’hommage au théâtre qui nous a marqués dans Murder at the Birch Tree Theater. De son tutoriel à son générique de fin, tout respire l’amour de la scène. Le jeu est bourré de références et de clins d’œil à Stephen Sondheim, au Magicien d’Oz, à Hamilton, à Shakespeare… Que ce soit les affiches des pièces, les pastiches musicaux (très réussis), ou un simple élément du décor, on a plaisir à découvrir chaque petit détail.
Le titre rend aussi hommage à toutes les « petites mains » qui permettent à une pièce d’être montée, encore plus dans un théâtre de province loin des paillettes et des moyens de Broadway. Habilleuses, machinistes, ouvreurs, et doublures ont autant d’importance dans l’histoire que les producteurs, musiciens et autres divas. Notons enfin la présence de quelques parties chantées, inattendues et très appréciables.
Murder at the Birch Tree Theater s’adresse à une niche bien précise : celle des inconditionnels des comédies musicales. Certes, l’histoire et le gameplay peuvent plaire à tous, et n’importe quel amateur de jeux d’enquêtes appréciera passer quelques heures à résoudre les meurtres qui se déroulent sur scène et dans les coulisses, pourvu qu’il maîtrise assez l’anglais pour compléter des textes à trous. Mais ce qu’on retiendra surtout, c’est le fait que ce jeu est une lettre d’amour assumée à l’univers du théâtre et des musicals. À ce niveau, chaque chapitre est un petit bonbon, et on regrette simplement d’être arrivé trop vite à la fin du paquet.


