Après l’effervescence d’un Among Us ou d’un Dead by Daylight, les joueuses et joueurs ont vu défiler pléthore de titres surfant sur la vague des jeux de survie asymétriques et de déduction sociale. Certains parviennent à imiter les formules avec brio, quand d’autres sombrent dans l’oubli aussi vite qu’ils ont été annoncés. Killer Inn tente aujourd’hui le pari de fusionner ces genres. Édité par Square Enix, le titre est développé par Tactic Studios, méconnu du grand public. Une collaboration surprenante qui soulève une question : le géant japonais a-t-il déniché la nouvelle pépite du jeu de société numérique ?
(Test de Killer Inn réalisé sur PC à partir d’une copie fournie par l’éditeur)
Killer out ?
Killer Inn est un jeu d’action compétitif en ligne dans lequel les joueurs forment deux grandes équipes : les loups et les agneaux. Mais l’identité des loups reste secrète. Il vous faudra éliminer tous les membres de l’équipe adverse ou vous échapper pour remporter la partie. Puisque vous n’avez aucun moyen de savoir qui sont les meurtriers, ce jeu de tir JcJ asymétrique repose sur la confiance et la tromperie.
Dès le premier lancement de Killer Inn, la douche est froide. Compte tenu de la renommé de l’éditeur, on s’attendait légitimement à une expérience un minimum qualitative, mais le constat est amer : la première chose qui saute aux yeux n’est pas le gameplay, mais son passe de combat et sa boutique. Alors que le titre entre à peine en accès anticipé (pour une durée prévue de moins d’un an), on sent déjà que les priorités ne sont pas forcément là où elles devraient être. En l’état, le projet semble avoir besoin de bien plus que quelques mois de peaufinage pour convaincre.
Exclusivement multijoueur, Killer Inn propose un didacticiel plutôt efficace pour assimiler les bases. À travers une partie fictive bien structurée, le titre nous permet de nous approprier les mécaniques sans problème, d’autant que les habitués du genre ne seront pas dépaysés. Le concept est simple : 24 joueurs sont répartis entre agneaux et loups. Selon votre rôle, il vous faudra faire preuve de ruse pour éliminer vos proies ou de rapidité pour vous échapper… du moins, sur le papier.
Une direction artistique laborieuse
Le pitch de base laissait espérer un divertissement honnête : loin d’être révolutionnaire, Killer Inn semblait au moins vouloir proposer sa propre direction. Pourtant, dès les premières parties, l’illusion s’effondre. La direction artistique des cartes est si décousue qu’il devient laborieux de s’y repérer. On passe d’une salle aux statues antiques à un donjon médiéval, pour finir dans une pièce totalement générique juste à côté. Ce manque flagrant de cohérence visuelle donne la désagréable impression que les développeurs ont simplement assemblé des assets, sans aucune réflexion globale sur l’univers du jeu.
Un format démesuré
Concernant la structure des parties, la progression repose sur un système de quêtes à récupérer auprès de différents vendeurs disséminés sur la carte. À la manière d’un Among Us, le joueur doit participer à divers mini-jeux plus ou moins divertissants pour avancer. Chaque réussite est récompensée par des jetons et des pièces, précieux sésames pour s’équiper chez les marchands ou tenter sa chance avec les coffres. Cette phase de « préparation » est indispensable : sans un équipement adéquat, il devient impossible de se défendre ou de passer à l’offensive le moment venu.
Si la boucle de gameplay s’avère initialement divertissante malgré une technique un peu pauvre, le plaisir est de courte durée, balayé par le problème majeur du titre : son format démesuré. Avec 24 joueurs en lice, le nombre est bien trop élevé pour espérer des interactions de qualité. Le cœur de ce genre d’expérience repose sur l’échange, le mensonge et la manipulation. Pourtant, le jeu n’incite jamais à la communication. Résultat : lors de nos sessions, pas un seul micro n’a été activé, transformant ce qui devait être un bal masqué psychologique en une course anonyme et sans saveur.
C’est ici que le titre perd tout son sens : l’essence même du jeu s’efface au profit d’une frustration constante. On se retrouve simplement à enchaîner des quêtes répétitives dans l’espoir de grappiller assez d’équipements pour survivre. Si les loups peuvent encore espérer l’emporter grâce à un minimum de stratégie, la tâche relève de l’impossible pour les agneaux.
Pour gagner, ces derniers doivent terrasser quatre « gardiens » afin de récupérer les clés de la sortie. Problème : ces ennemis sont si résistants qu’une coopération étroite est indispensable pour en venir à bout. Une prouesse qui n’arrive quasiment jamais, tant les joueurs, livrés à eux-mêmes, ignorent royalement les objectifs. Petit point notable tout de même : la seule partie gagnée en tant qu’agneau l’a été grâce à l’élimination de l’équipe adverse, au détriment de l’évasion. Autant dire que c’est une raison de plus pour les joueurs de ne pas jouer les objectifs.
L’idée de départ pouvait être intéressante, mais son exécution est catastrophique. Killer Inn est la preuve que surfer sur une mode (déjà dépassée) n’est pas un gage de succès. Il est clair que le titre nécessite une communauté engagée pour offrir de véritables moments d’échange, mais sa structure et sa proposition ne poussent pas les joueurs à s’investir. La présence d’une boutique et d’un passe de combat dès le premier jour de l’accès anticipé trahit une volonté de rentabilisation immédiate qui ne garantit rien de bon pour la suite. Si l’on peut espérer que le jeu s’améliore avec le temps, on peine à croire qu’il réussira à percer tant toute sa structure semble déjà à des années lumières de sa concurrence.


