S’il n’a pas fait de lien direct, le timing interroge. Alors qu’une professeure de collège vient de se faire agresser à l’arme blanche par un élève de 14 ans, Emmanuel Macron a donné une longue interview au média Brut, interview dans laquelle il explique avoir demandé une étude scientifique pour mesurer l’impact des jeux vidéo sur les enfants et les adolescents.
En entendant cela, deux réactions nous viennent : «Déjà ?! », et « Encore ?! ». « Déjà », parce qu’il y a quelques semaines à peine, et de la plume du même Emmanuel Macron, sur Instagram, le jeu vidéo faisait « rayonner l’audace et la créativité à la française ». C’était à l’occasion du triomphe aux Game Awards de Clair Obscur: Expedition 33, dont l’équipe vient d’ailleurs d’être élevée au titre de Chevaliers des Arts et Lettres. Des félicitations vite oubliées pour rapidement retomber dans le discours en forme d’idée reçue, fait d’ignorance et de clichés, et qui voudrait que « les jeux vidéo rendent violents ».
« Encore », parce que le Président français n’en est pas à son coup d’essai. En 2023, alors que la mort de Nahel, tué par un policier, avait provoqué des émeutes, c’était déjà la faute aux jeux vidéo. Selon E. Macron, certaines scènes de violences vues pendant ces émeutes étaient dues à « une forme de désinhibition totale, parfois dans le jeu vidéo qui les a intoxiqués ». Il était néanmoins revenu sur ses paroles quelques semaines plus tard, précisant que c’était la violence qu’il souhaitait dénoncer, pas les jeux vidéo. Mouais.
Pourtant, en 2020, le même Emmanuel Macron faisait une balade remarquée sur la plage, habillé d’un sweatshirt aux couleurs de l’équipe eSport Team Vitality. Alors le jeu vidéo, fierté nationale ou danger pour la jeunesse ?
C’est peut-être justement pour se décider entre ces deux points de vue que le Président réclame une « étude scientifique » pour mesurer l’impact qu’aurait les jeux vidéo sur la jeunesse. Et malheureusement, ce faisant, il nous oblige à nous mettre pour une fois du côté de ceux qui passent leurs journées à conspuer les dépenses d’argent publique. Car des études scientifiques observant les jeux vidéos et leurs effets sur le comportement, il y en a déjà plein, et depuis longtemps.
Dès 2001, une étude écrivait pas plus loin que dans son introduction que l’impact des jeux vidéo était moins important que celui de la télé (« Results suggest there is a smaller effect of violent video games on aggression than has been found with television violence on aggression »). En 2018,Anna T. Prescott, James D. Sargent et Jay G. Hull ont montré que l’influence des jeux vidéo, si elle existe, est particulièrement faible, et que les causes de comportements violents sont surtout à aller chercher du côté des éléments extérieurs : environnement familial, situation socio-économique, …
De nombreuses études ont été réalisées entre ces deux exemples, et après ; des études qui montrent généralement de façon assez incontestable et assez incontestée que les jeux vidéo, même violents, n’entraînent pas de hausse des comportements violents. Ou en tous cas pas plus que d’autres stimuli tels que les compétitions sportives, par exemple. Pourtant, il ne viendrait à l’esprit de personne de venir accuser la pratique sportive à chaque fait divers médiatisé.
Comme il ne semble pas venir à l’idée de notre Président d’interroger d’autres variables qui pourraient avoir un lien avec certains drames. Ainsi, il faut savoir que le nombre de lits en psychiatrie est en baisse constante depuis plusieurs années (-2,4% en 2024, après -1,3% en 2023, -1,8% en 2022, -1,4% en 2021…) ; une question parlementaire en 2022 établissait qu’il manquait 30% de psychiatres hospitaliers, et que les postes d’infirmiers non pourvus ont doublé entre 2019 et 2022. Et ce, même si la santé mentale a été déclarée Grande Cause Nationale. Mais ça aussi, c’est peut-être la faute aux jeux vidéo…

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