Inspiré par les comics éponymes, I Hate This Place est un survival horror en caméra fixe et isométrique à l’esthétique années 80 bien marquée. Elena, traumatisée par la perte de sa mère lorsqu’elle avait 9 ans, revient au ranch qui l’a vue grandir. Maintenant occupée par son oncle et sa tante, elle est bien décidée à découvrir ce qu’il est réellement advenu de sa mère, profitant au passage pour renouer avec son amie d’enfance Lou. I Hate This Place réussira-t-il à instiller la sensation dérangeante que l’on foule une terre qui n’aurait jamais dû nous revoir ?
(Test de I Hate This Place réalisé sur PS5 à partir d’une copie fournie par l’éditeur)
Stairway to Hell
Ne vous attendez pas à un accueil chaleureux pour votre retour à la maison car d’entrée de jeu vous participez à un rituel d’invocation du démon à cornes local (ou dieu, selon les perspectives…) avec votre amie Lou. Lorsque celle-ci disparaît soudainement, Elena, affolée, se retrouve seule et décide de prendre le chemin du ranch familial en espérant y trouver Lou ou tout du moins recevoir de l’aide de la part de sa tante.
Mais sur la route, elle s’aperçoit que le monde qui l’entoure s’est assombri. Dans cette réalité qui parait presque altérée vivent des cerfs mutants, des pentacles et des sacrifices d’origine animale jonchent le sol et d’étranges tentacules sanguinolentes cherchent à tuer Elena au moindre bruit. Seule sa discrétion et son faisceau de lumière réussiront à la faire rentrer saine et sauve.
Les monstres peuplant le monde de I Hate This Place vous repèrent au son, alors prenez gare aux obstacles parsemant votre chemin. Lors des premières minutes de jeu, vous ne posséderez dans votre arsenal que votre fidèle batte de baseball. Celle-ci vous sera utile si vous vous faîtes rapidement repérer par vos ennemis afin de vous échapper non sans mal. Des indices visuels colorés, tirés directement des comics (“THUD” “CRAC” “STUMP”) vous indiqueront facilement si vous êtes suffisamment silencieux.
La forêt environnante est presque vivante, donnant l’impression qu’en s’y engouffrant, chacun de nos pas nous mène vers un destin mortuaire. L’Horned Man hante ces bois obscurs et les cauchemars d’Elena depuis la nuit où elle l’a aperçue dans sa chambre avant que sa mère ne disparaisse à tout jamais. Son ombre plane sur chaque recoin de la région et est vénéré par le culte du coin. Une atmosphère qui dès le départ, oppresse et intrigue.
À travers ses deux quêtes principales, retrouver Lou et découvrir la vérité à propos du décès de sa mère, Elena rencontrera une dizaine de personnages hauts en couleur, possédant chacun une histoire et une personnalité marquée. Les missions secondaires qui vous seront confiées vous en apprendront plus sur les environs, ses habitants et ses secrets. Tous ces destins et desseins sont intrinsèquement liés les uns aux autres, créant ainsi une histoire cohérente et prenante.
Elena, quant à elle, est une protagoniste au sang-froid à toute épreuve. Elle est complexe, façonnée par les malheurs de sa vie. Une rebelle dans l’âme qui fait preuve d’une honnêteté abrasive, et ses traits d’humour noir sont des distractions bienvenues tranchant drastiquement avec l’atmosphère pesante.
Dans cet esprit film d’horreur en VHS, le sang gicle et le design sonore est percutant et dégoûtant : vous entendrez la chair être cisaillée, transpercée et écrasée. La neige des télévisions qui nous a terrifiés à l’époque de The Ring fait ici des apparitions furtives sous forme de silhouettes courant à travers l’écran. L’angoisse est omniprésente, les jeux de tension sont tout aussi bien maîtrisés que chez les mastodontes du genre.
Les paysages et lieux atypiques rencontrés au cours de l’exploration sont visuellement magnifiques et terribles à la fois, créant chez le joueur une dissonance malaisante. Le doublage est convaincant, chaque silence, respiration ou émotion nous plonge dans l’état d’esprit du personnage et participe à faire de ce jeu un chef-d’œuvre. Mention très spéciale pour son ambiance musicale onirique à la croisée des chemins entre Stranger Things et Silent Hill 2, teintant de son sentiment d’angoisse les paysages environnants.
Sur fond de traumatisme d’enfance, expérimentations surnaturelles et croyances sectaires, I Hate This Place nous plonge dans un univers luciférien old-school dans lequel il ne s’agit pas seulement de survivre mais de faire le voile sur l’omerta ambiante. Attendez vous à ne pas seulement rencontrer des monstres qui en ont l’apparence…
Final girl
Elena sera soumise à un cycle jour/nuit exigeant : le jour, les monstres se font plus rares sans pour autant disparaître complètement quand d’autres feront leur apparition uniquement la nuit. Le monde bascule dans ce sinistre univers parallèle dès que le soleil se couche, les créatures se multipliant. Des spécificités nocturnes, comme les fantômes, renforcent le sentiment d’horreur à la vue des heures qui défilent.
I Hate This Place vous pousse à l’ingéniosité durant les combats, même si le jeu vous laisse toujours la possibilité de débarquer et de tirer dans le tas sans vergogne. Manipuler votre environnement pourrait vous assurer la victoire face à un colosse de deux mètres presque insensible à vos balles. Vous aurez à disposition une panoplie de grenades et explosifs mais également la possibilité de faire preuve de ruse en abaissant, par exemple, un levier activant une zone électrifiée afin de ralentir votre poursuivant. Les créatures sont diverses et variées, tantôt des araignées surdimensionnées, tantôt des monstres à double tête ou encore des cultistes possédés par un parasite. Chacun ayant des points faibles, il vous revient d’expérimenter.
À la façon d’un Resident Evil, les points de sauvegarde seront obligatoirement présents dans les refuges disséminés à travers la région. N’ayant que 2 ou 3 points de sauvegarde automatiques durant l’aventure d’Elena, il sera impératif de parfois faire un détour pour sauvegarder votre progression au poste de télévision bénéficiant d’un lecteur de cassettes (encore une référence old-school) le plus proche, si ce n’est pour profiter de la station de craft, du lit pour une bonne nuit de sommeil ou du container pour vous délester du superflu.
Comme dans tout bon survival horror qui se respecte, la gestion santé/stamina/satiété sera primordiale. L’HUD est agréable et pratique, vous aidant facilement à vous repérer et à gérer vos indices de survie. Durant vos pérégrinations, vous rencontrerez nombre de coffres, poubelles et étuis abritant des matières premières précieuses pour crafter de nouvelles armes ou soins.
Pour vous soigner vous aurez recours à plusieurs options, toutes ayant leurs caractéristiques propres : les bandages, les kits de premiers soins et enfin les anti-douleurs. La stamina se régénère rapidement une fois que vous cessez de courir, mais une exception pourrait vous ralentir considérablement : si votre satiété tombe à zéro. Il faudra vous nourrir plus qu’à un repas de Noël chez votre grand-mère toutes les heures pour maintenir votre barre de satiété au maximum. Chaque paquet de chips, boîte de conserves et légumes seront précieux pour votre survie. Vous trouverez largement de quoi vous sustenter durant vos déplacements, pas d’inquiétude.
Le monde de I Hate This Place possède des butins en abondance certes, mais le craft reste primordial à votre survie. Pour être LA final girl, vous devrez faire preuve d’esprit et de prudence.
Le silence des établis
Le ranch familial deviendra votre QG grâce à son terrain en friche qu’il vous sera possible d’aménager une fois le ménage à coup d’explosifs fait. Vous pourrez y construire une multitude de stations qui vous faciliteront l’accès aux matières premières indispensables pour crafter : un potager pour produire des légumes, un équipement pour cuisiner des plats restaurant rapidement votre barre de satiété ou encore une déchèterie produisant des pièces utiles à la fabrication de nouvelles armes. Cette possibilité est appréciable même si anecdotique quand on peut largement se suffire des ressources déjà présentes à profusion.
L’exploration des bâtiments, en plus de vous en apprendre plus sur l’histoire principale, vous permettra de découvrir des plans de construction. Ceux-ci sont requis pour fabriquer les objets qui vous seront demandés lors de telle ou telle mission ou pour un simple usage personnel. Souvent à l’abri d’une porte fermée, il vous faudra généralement découvrir un code secret grâce à des journaux ou notes, de trouver une carte magnétique cachée à un autre étage ou de faire simplement preuve d’observation et d’activer un élément environnant pour y avoir accès. Ces petits puzzles représentent un défi suffisant pour être intéressants sans pour autant être insurmontables. Votre fidèle journal prendra intelligemment note de toutes les informations importantes que vous aurez rencontrées.
Les moments passés à crafter donnent une sensation de repos où pour une fois, le silence n’est pas synonyme de tension mais d’inspiration profonde avant de repartir au combat. Concentré sur vos besoins et votre minutieuse fabrication, vous vous retrouverez presque à méditer. I Hate This Place maîtrise son rythme parfaitement et accorde aux joueurs et joueuses des moments de répit opportuns.
Comme souligné précédemment, le DIY n’est pas qu’un hobby post-apocalyptique mais un impératif de la survie dans I Hate This Place.
Au-delà des frontières du réel
Si vous pensiez que les morts n’ont plus rien à raconter, I Hate This Place vous prouvera le contraire. En complément des quêtes principales et secondaires, des proches de personnes décédées vous demanderont d’élucider leur mort. De nuit, vous devrez vous approcher d’un lieu hanté afin de déclencher cette séquence d’enquête. Après avoir traversé une porte tridimensionnelle vous serez plongé dans l’obscurité d’un amphithéâtre morbide.
Enfermée dans une zone limitée, Elena devra grâce à une lanterne surnaturelle, laissée gracieusement à disposition à chaque début d’enquête, découvrir des indices dans des scénettes de la vie des malheureux défunts. Tout en repoussant l’esprit en question grâce à son unique source de lumière, Elena “Wake” devra recouper toutes les informations recueillies afin de découvrir la vérité. Avant de repasser la porte qui vous a conduit ici, vous devrez affirmer votre choix parmi plusieurs options. Si vous avez réussi à dénouer le vrai du faux, l’âme en peine vous offrira un coffre rempli d’objets et vous apaiserez ainsi proches comme trépassé.
Ces sessions d’investigations sont un ajout incontestablement positif à l’univers de I Hate This Place, témoignant ainsi d’une dimension émotionnelle forte où la quête de justice guide nos pas.
I Hate This Place ne se repose pas uniquement sur ses monstres, fantômes et mutants pour induire la peur dans nos cœurs, mais peint l’histoire d’une adolescente traumatisée dont les cauchemars prennent vie d’une main de maître. L’ambiance suffocante est soulignée par un visuel et une ambiance sonore magistrale, accompagnant chacun de nos pas de frissons incontrôlés.
Une fois lancé, I Hate This Place est difficile à lâcher. Les sessions de jeu sont engageantes et le temps semble s’écouler comme dans un rêve. La prise en main est simple et rapide, l’univers fascinant et l’histoire captivante. Les mécaniques de survie sont claires et efficaces, nous faisant profiter d’une variété de combats et de possibilités de fabrication.
Le voyage est certes inconfortable mais diablement addictif, I Hate This Place respecte ses références avec brio tout en ayant une identité unique. Les monstres se dévoileront humains, et les humains monstrueux par leurs vices. En une quinzaine d’heures, cet endroit haït notre présence autant que l’on finira par aimer le détester. Et comme le dit si bien Sartre, l’enfer c’est (peut-être) aussi les autres.


