Après des années de développement, Gothic 1 Remake, confié au studio barcelonais, Alkimia Interactive et édité par THQ Nordic s’apprête enfin à voir le jour sur PC, PS5 et Xbox Series X|S. Un retour attendu par une communauté dévouée, et une occasion unique de (re)découvrir l’un des jeux de rôle les plus influents de son époque.
Un classique né dans l’ombre
Quand Piranha Bytes lance Gothic en mars 2001, le studio allemand basé à Essen est un parfait inconnu. Le jeu sort la même année qu’un certain Baldur’s Gate 2 Throne of Bhaal et un an avant, The Elder Scrolls III: Morrowind. Difficile de rivaliser face à un concurrence aussi écrasante.
Pourtant, Gothic parvient malgré tout à se tailler une place à part. Là où Morrowind mise sur l’immensité de son monde et Baldur’s Gate sur une exceptionnelle richesse narrative héritée du jeu de rôle papier, Gothic propose quelque chose de radicalement différent : un monde volontairement restreint, d’une densité et d’une cohérence remarquable pour l’époque.
Le concept est simple mais redoutablement efficace. Vous incarnez un prisonnier sans nom, jeté dans une colonie pénale entourée d’une barrière magique infranchissable. Pas de prophétie grandiose, pas de titre de héros élu. Vous n’êtes absolument personne, et le jeu vous le fait comprendre dès les première minutes : les gardes vous rackettent, les autres détenus vous méprisent, et la moindre créature est capable de vous tuer en quelques coups. Ici, pas question de sauver le monde avant d’avoir appris à survivre parmi les détenus. Il faudra tout d’abord gagner leur respect, choisir une faction puis se hisser dans la hiérarchie. Une philosophie de game design qui n’a rien perdu de sa force, et que peu de RPG modernes ont réussi à reproduire avec autant de cohérence.
Un héritage durable sur l’industrie
Gothic a posé des fondations que le RPG occidental n’a jamais totalement abandonnées. Son monde vivant, où les PNJ suivent des routines quotidiennes indépendantes du joueur, a précédé et inspiré des mécaniques que l’on retrouvera plus tard dans The Elder Scrolls IV: Oblivion ou encore The Witcher. Son système de factions, où chaque alliance modifie concrètement l’expérience de jeu, a influencé toute une génération de concepteurs européens. Et son refus catégorique de prendre le joueur par la main a engendré ce qu’on appelle affectueusement « l’eurojank », à savoir des jeux techniquement imparfaits mais d’une ambition et d’une personnalité rares, comme Arx Fatalis, S.T.A.L.K.E.R: Shadow of Chernobyl et Two Worlds pour ne citer qu’eux.
La série à connu un succès massif en Allemagne, en Pologne et en Russie, générant des communautés de fans et de moddeurs toujours actives. Gothic II, sorti en 2002, est souvent considéré comme le sommet de la formule Piranha Bytes, puis les séries Risen et ELEX qui tentèrent de perpétuer la formule avec des résultats inégaux. La fermeture du studio en 2024, après des ventes décevantes d’ELEX II, a marqué la fin d’une époque.
Un remake ambitieux
C’est dans ce contexte qu’Alkimia Interactive, studio fondé en 2021 spécifiquement pour ce projet, voit le jour. Développé sous le sempiternel Unreal Engine 5, Gothic 1 Remake ne se contente pas d’être un simple lifting graphique. La carte est élargie d’environ 30%, les quêtes secondaires enrichies de contenu inédit, et du contenu coupé du jeu originel a été restauré. Le studio a également recruté Mattias Filler, scénariste des Gothic originaux, pour combler les trous narratifs et s’assurer de l’authenticité du ton caractéristique de la licence. : cru et direct, plus proche des discussions de bistrot que du discours héroïque.
L’intelligence artificielle des PNJ a fait l’objet d’une attention particulière grâce à un système baptisé « motion magic ». Le principe? Des sessions de capture de mouvement de 20 à 30 minutes sont découpées en séquences individuelles, puis catégorisées par type d’action. Un algorithme décide ensuite en temps réel quelles séquences enchaîner pour animer les personnages selon le contexte, assurant (théoriquement) des transitions fluides et naturelles. Les Orcs, autrefois de simples ennemis, bénéficient désormais d’une langue complète inspirée de grammaires est-asiatiques. Les évènements majeurs du scénarios se répercuteront visiblement sur le monde, corrigeant l’un des défauts de l’original où les bouleversements narratifs n’avaient que peu d’impact sur le quotidien de la Colonie.
Quant au système de combat, grandement critiqué dans la démo depuis 2024, qui adoptait un style de combat rythmique inspiré des Batman Arkham, a été revu pour revenir aux frappes directionnelles et au rythme de l’original.
Gothic 1 Remake porte sur ses épaules un défi de taille : prouver que l’on peut reconstruire un classique culte de fond en comble sans en diluer l’identité et réussir à attirer un public plus large, à une licence qui a souvent nagée dans l’ombre malgré son influence sur les RPG modernes. Mais également rappeler que la formule de feu Piranha Bytes, ce mélange unique de survie sociale et d’exploration hostile, a encore quelque chose à dire dans un paysage vidéoludique qui ne manque pourtant pas de RPG exigeants. Rendez-vous le 5 Juin 2026 pour vérifier si le studio aura réussi à remplir sa mission.

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