C’est toujours avec un petit pincement au coeur que nous apprenons le départ d’une grande figure de l’industrie du jeu vidéo. Aujourd’hui, c’est au tour du génial Glen Schofield de tirer sa révérence. Après 35 années de bons et loyaux services, le co-créateur de Dead Space annonce, via une vidéo postée sur son profil LinkendIn, quitter l’industrie.
Un grand créateur quitte la scène
Glen Schofield, ce n’est pas que Dead Space et The Callisto Protocol, c’est aussi Barbie, Swamp Thing et Street Fighter: The Movie. Après avoir fait ses armes en tant que directeur artistique sur bon nombre de jeux, Glen se lance dans la réalisation avec le second opus de la saga Gex : Enter the Gecko. Après plusieurs années, il collabore sur de nombreux blockbusters tels que 007 Bons baisers de Russie, Legacy of Kain et Le Seigneur des anneaux : le Retour du roi.
Les collaborations vont et viennent et, en 2008, Glen Schofield, accompagné de Michael Condrey, marque d’une pierre, ou d’un monolithe, le monde du jeu vidéo avec le chef-d’oeuvre Dead Space. Survival-horror très inspiré du non moins bon Event Horizon de Paul W.S. Anderson, Dead Space est une anomalie dans le paysage des jeux d’horreur de l’époque. Ambiance science-fiction inspirée des écrits d’Arthur C. Clarke, gameplay basé sur le démembrement et la fuite, réalisation impeccable et scénario digne des grandes séries B de science-fiction des années 80-90, le jeu de Schofield a donné naissance à une saga de trois opus qui ont, pour la plupart, su conquérir le coeur des joueurs et de la critique.
La suite est un peu moins reluisante. Après avoir participé à la réalisation de 3 opus de la licence Call of Duty, Schofield part à la rencontre des dirigeants du studio Krafton pour leur proposer une idée de scénario, celui de The Callisto Protocol. Krafton ayant pour ambition d’étendre la narration de leur poule aux oeufs d’or ,PUBG, à d’autres jeux, ils acceptent le pitch, mais Schofield décide en fin de compte de le délier de la narration de l’univers du battle royale à succès.
3 ans plus tard, The Callisto Protocol sort et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il n’a pas fait des émules. Score Metacritic de 69 et environ 6 millions de ventes, la dernière création du père de Dead Space est l’une des raisons qui a poussé l’artiste à réfléchir à son avenir au sein de l’industrie.
Quand l’industrie pousse ses créateurs à prendre les voiles
Après avoir vu ses idées pour un Dead Space 4 purement et simplement balayées d’un revers de la main par Electronic Arts, Glen Schofield se lance aux côtés de sa fille dans un chantier de création originale. Comme pour Dead Space, qui avait su brillamment renouveler le genre de l’horreur en jeu vidéo, la nouvelle création de Glen et Nicole avait peu ou prou les mêmes ambitions. Après plusieurs rendez-vous infructueux et des demandes de baisses drastiques de budget (passant d’un budget initial d’environ 17 millions de dollars pour, en fin de compte, n’avoir accès qu’à 2 ou 5 millions), le duo jette l’éponge et ne donne pas de nouvelles pendant près d’un an. Jusqu’à aujourd’hui.
Dans une vidéo postée sur LinkedIn, Glen Schofield annonce prendre sa retraite, non sans rendre un petit hommage à ses anciens collaborateurs et à tous les artistes de la scène du jeu vidéo :
« C’est une industrie fantastique, avec tellement de gens talentueux. Et je sais que les temps sont durs actuellement, mais l’avenir s’annonce radieux. Et je vous souhaite à vous, tous les artistes, le meilleur. Explorez, expérimentez, amusez-vous. N’oubliez pas que les choses les plus importantes, ce sont les idées. »
Suite à ces nombreux refus, Glen Schofield préfère donc claquer une porte, celle d’une industrie qui lui aura ouvert les bras pendant plus de 3 décennies. Avec cet énième départ, un constat sur la sphère du jeu vidéo peut être, plus que jamais, fait. Les propositions originales n’ont plus vraiment leur place, l’heure n’est plus aux essais, elle est à la réalisation de suites de succès et de propositions faites par des studios qui ont fait leurs preuves et qui ont marqué durablement l’imaginaire collectif des joueurs (CD Projekt revenant bientôt avec The Blood of Dawnwalker après le bide de Cyberpunk 2077 à son lancement).
Le genre, et plus particulièrement l’horreur, semble être aujourd’hui en grande forme, notamment avec les succès de Resident Evil 9 et de Silent Hill f, mais encore une fois, la prise de risque n’est pas forcément au rendez-vous dans le cadre des survival-horror AAA. La sphère indépendante se démarquant parfois avec une saillie créative inattendue, dans le cas présent, nous ne parlons que des grosses productions. Tout comme dans le cinéma, il faudra attendre un sursaut et peut-être qu’il aurait pu prendre le visage de Glen Schofield. Malheureusement nous ne le saurons jamais. Un grand nom s’en va, mais son héritage, lui, continuera de perdurer. Merci, Monsieur Glen Schofield !

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