Le jeu vidéo a longtemps été un medium ou la compétitivité visuelle était au cœur des préoccupations. Du chemin a été parcouru entre Tennis For Two et les consoles actuelles qui font tourner des mondes gargantuesques. Cette compétition aura, pendant plus de vingt ans, monopolisé les discussion : « qui aura la plus grosse mémoire ? », « regarde donc la taille de mes bits ». Des discussions qui ne se font plus entendre du côté de la génération A.
Inlassablement, les vrais gamers entraient arme au poing dans la « guerre des consoles », vantant les mérites d’une multinationale de leur choix en priant en cachette pour que les constructeurs aient correctement fait leur travail.
Nous parlons au passé, mais les stigmates de telles confrontations sont encore tangibles : dlss, ray tracing, 4k 60fps… Aujourd’hui, les beaux parleurs évoquent le reflet d’une mouche dans la flaque d’eau ou le filtre Instagram qui transforme vos jeux grâce à l’IA pour justifier les quelques écus à grapiller à la concurrence… et tant pis si le monde brûle avec.
De jolies tapisseries aux fils plus épais
Néanmoins, le consommateur à la recherche du graphisme photoréaliste le plus fin qui soit se fait de plus en plus rare, comme en témoignent les quelques jeux en lice pour rafler les Game Awards : quatre jeux dont la technicité visuelle est gentiment troquée contre une direction artistique plus originale.
Ce cap, la scène indépendante le tient depuis déjà moult années, et elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.
Seulement voilà, certains titres, et pas des moindres, semblent aller à rebours de ce constat : Minecraft et Roblox. On ne fera pas l’affront de présenter ces titres qui occupent nos petites têtes blondes par poignées ; en revanche on peut discuter de l’impact qu’ils ont sur ces dernières.
En effet, d’après une étude de Newzoo, un joueur de Roblox est 40% moins susceptible d’acheter un jeu comme Monster Hunter Wilds ou le dernier Assassin’s Creed que la moyenne. Pour la génération A, un jeu « moche » qui permet l’UGC (User Generated Content) a plus de valeur qu’un AAA fermé.
Les gros cubes, le renouveau des Lego
Pour les joueurs de ce type, ces titres ne sont pas que des jeux (Roblox étant même plutôt un outil), ce sont aussi des environnements sociaux qui permettent de se retrouver entre amis. Le cube moche n’est plus vraiment une limite graphique, il devient un outil abstrait d’expression, un pinceau qui génère des mondes ludiques.
Il serait évidemment malvenu de ne se soucier que de l’aspect psychologique. N’oublions pas l’aspect monétaire : il est souvent préférable, pour la génération A, de jouer sur un téléphone, un ordinateur portable servant aux études ou éventuellement une tablette, des appareils moins coûteux accueillant des titres abordables. Riches en temps mais pauvres en argent, ces consommateurs préfèrent les jeux qui leur permettent de passer des milliers d’heures sans avoir à quémander un nouveau billet à leurs géniteurs déjà dans la panade face à l’inflation.
À cela s’ajoutent le formidable genre du friendslop, qui permet généralement de jouer à bas coût tout en s’amusant avec les copains. Ce genre explose depuis quelques années et est également assez peu orienté photoréalisme, généralement bourré de shaders, filtres et autre textures pixelisées. On peut même constater avec étonnement que Lethal Company devient rapidement un espace d’expression au travers de ses mods Steam.
Cette nouvelle génération de joueurs, biberonnée aux gros pixels, représenteraient elle le passage définitif au jeux plus modestes comme véritable modèle économique ? Après tout, faire grandir toute une génération avec ces titres pourrait bien générer une nouvelle zeitgeist vidéo-ludique affectant durablement le marché…

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