L’hécatombe continue dans la tech, et Amazon vient de frapper un grand coup. Le géant de l’e-commerce a annoncé cette semaine une nouvelle vague de licenciements : 16 000 postes supprimés à travers le monde.
L’objectif affiché par la direction est double : « réduire les niveaux hiérarchiques » pour gagner en agilité, et surtout, redéployer massivement les capitaux vers l’intelligence artificielle. Une stratégie qui semble signer le glas des ambitions créatives humaines du groupe.
Amazon Games Studios entérine son échec
Il est loin le temps de l’optimisme débridé. Malgré des milliards de dollars injectés, des rachats de studios et une volonté de fer, Amazon Game Studios n’a jamais réussi à s’imposer durablement comme un acteur majeur du paysage vidéoludique. Le symbole de cet échec cuisant est l’annonce, passée presque inaperçue il y a quelques semaines, de la fermeture définitive des serveurs de New World pour le 31 janvier 2027. Ce MMO, plus gros succès à date du studio, n’aura finalement survécu que quelques années, victime de bugs à répétition, d’une communauté qui se désengage et d’un manque de vision sur le long terme.
Amazon était pourtant arrivé plein d’ambition pour sa division gaming, il suffit de relire les déclarations de Christoph Hartmann, directeur d’Amazon Game Studios à son arrivée en 2018 :
« Entre les équipes d’Amazon Game Studios, les incroyables outils et technologies d’AWS, les communautés mondiales de Twitch, et tous les autres actifs d’Amazon, il existe peu d’entreprises dans le monde conçues pour faire passer le jeu vidéo au niveau supérieur. »
Huit ans plus tard, la prophétie ne s’est pas réalisée. Au contraire, le cimetière des projets Amazon est plus rempli que son catalogue. On se souvient du fiasco Crucible en 2020, annulé quelques mois à peine après sa sortie. Quant au très attendu MMO Le Seigneur des Anneaux, il semble maudit : après un premier reboot et des licenciements dans l’équipe dédiée l’an dernier, le silence radio est total, laissant craindre le pire.
Le capitaine abandonne le navire
C’est dans ce climat délétère que l’information est tombée via Jason Schreier sur le réseau social Bluesky : Christoph Hartmann quitte l’entreprise. Fait notable : il ne fait pas partie de la charrette des licenciés. Selon les sources du journaliste, Hartmann a décidé de partir de lui-même, en désaccord profond avec la nouvelle orientation stratégique imposée par la maison mère. Son départ marque la fin d’une ère et laisse la division sans véritable leadership à un moment charnière.
Désormais, les seuls projets concrets encore debout sont les deux prochains jeux Tomb Raider, pour lesquels Amazon n’est qu’éditeur. Ce repli stratégique confirme que l’avenir du groupe ne s’écrit plus dans la création artistique interne, mais bien dans la maîtrise technologique et l’infrastructure.
Le mirage du Cloud et de l’IA
Amazon pivote en effet vers ses véritables obsessions : le Cloud et l’IA. Le groupe semble désormais tout miser sur Luna, sa plateforme de cloud gaming. Pourtant, la trajectoire de Luna rappelle dangereusement celle de Google Stadia, à la seule différence qu’Amazon s’acharne encore pour le moment. Lancé en 2020, le service n’a jamais trouvé son public, malgré les partenariats avec Ubisoft ou Epic.
En octobre dernier, Amazon tentait un énième virage stratégique pour Luna, ciblant désormais les party games et le public familial, espérant séduire ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas investir dans une console. Mais à l’heure actuelle, la sauce ne prend pas. Entre une stratégie floue qui délaisse la création pure au profit de l’automatisation par IA, des projets internes à l’agonie et une plateforme Cloud qui peine à convaincre, le géant de Seattle semble naviguer à vue, et désormais sans capitaine à la barre.

(Encore et toujours) des licenciements chez Crystal Dynamics
DracoSH

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n1co_m

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Ninof