Malgré une communication qui tentait d’être rassurante, guidée par des thèmes comme « nous avons entendu les joueurs » et un Xbox Games Showcase généreux en annonces de titres à venir, la nouvelle équipe à la tête de la division gaming de Microsoft montre son véritable visage : celui d’entrepreneurs sans âme et carnassiers dont le code de conduite est régi par des tableaux Excel.
À tel point que Craig Duncan, ex-boss de Rare promu à la tête des Xbox Game Studios en novembre 2024, annonce déjà son départ. Dans l’email où il fait part de sa décision aux équipes, consulté par The Game Business, Duncan écrit « Quand j’ai pris ce poste de direction des Xbox Game Studios il y a 20 mois, mon objectif était de servir nos studios, nos équipes, et tous les gens qui fabriquent nos jeux. ». S’il continue en expliquant qu’il est fier du travail accompli, on ne peut s’empêcher de lire un « ce n’est plus possible désormais ».
Car à défaut de servir les studios, Asha Sharma et la direction d’Xbox ont plutôt décidé de les fermer. Double Fine, le studio de Tim Shafer (Psychonauts, ou plus récemment Kiln), Compulsion Games, dont le dernier jeu, l’excellent South of Midnight a été couronné de plusieurs récompenses, et Ninja Theory, qui vient tout juste d’annoncer un troisième épisode de sa saga Hellblade, sont tous les trois annoncés comme en passe d’être fermés.
D’après Bloomberg, cité par videogamechronicles.com, Xbox aurait proposé à ces trois entités de « se racheter elles-mêmes » pour devenir indépendantes, l’autre option étant la fermeture.
Le fait que ce soit ces trois studios en particulier est assez symptomatique de la situation chez Xbox : il s’agit de trois structures qui partagent le point commun de la créativité et de l’originalité. On peut reprocher à South of Midnight un gameplay un peu convenu, mais on sera forcé de reconnaître les qualités de l’univers dans lequel il nous transporte, l’originalité des personnages qui le peuplent et de cette narration tout en musique.
Ninja Theory, avec Hellblade, a un temps été une sorte de flagship pour Xbox. Flagship technologique, avec une direction artistique photoréaliste éblouissante, mais flagship créatif aussi, avec une immersion basée sur un sound design « jamais entendu » alors et des thématiques fortes autour de la santé mentale. Double Fine quant à lui a toujours mis un point d’honneur à faire les choses différemment, comme en témoigne son dernier-né, Kiln, ou le précédent jeu, l’excellent Keeper.
Les annonces de fermetures sont hélas devenues monnaie courante, mais le choix d’Xbox de se séparer de ces trois studios n’est pas comparable avec les décisions d’Ubisoft de « tailler dans la masse » en fermant ses structures de Belgrade et Winnipeg. Si socialement, les deux décisions sont comparables, artistiquement, les fermetures voulues par Xbox ont un sens différent : ce dont Xbox se sépare, c’est de son cœur créatif, des studios avec des propositions originales, avec un parti pris artistique, mais qui peuvent aussi représenter des risques financiers. « Au Diable l’artistique ! » semble crier Xbox, à qui il restera les Call of Duty et les Diablo, des jeux dont les ventes sont solides et presque garanties, mais qui n’ont plus grand chose de neuf à offrir.
Quand Asha Sharma déclare qu’elle veut « faire d’Xbox la première société de jeu vidéo et de divertissement au monde », on comprend désormais, si ce n’était pas clair jusque là, qu’elle souhaite qu’Xbox soit la plateforme de référence pour ces joueurs, certes nombreux, qui ne jouent qu’à FIFA et Call of Duty, et achètent scrupuleusement leur copie chaque année. Les curieux, amateurs de propositions artistiques, créatives ou originales n’auront qu’à passer leur chemin.
Une position visionnaire ? Dans le même temps, on lit de nombreuses analyses qui montrent que le modèle AAA est en crise, subissant notamment la pression de l’explosion des coûts, quand le jeu indé se porte mieux que jamais, avec une croissance envisagée de 14,5% pour un marché qui passerait de 5,5 milliards de dollars en 2026 à presque 11 milliards de dollars en 2031 (rapport Mordor Intelligence).

Ubisoft coupe dans le vif ce qu’il a laissé pourrir
Shylar

Une séparation entre Xbox et Microsoft – Le début de la fin ?
Poulet

PlayStation a-t-il perdu toute capacité à surprendre ?
n1co_m