Inkle est un studio assez peu connu du grand public, malgré des titres solides et reconnus comme A Highland Song, Heaven’s Vault ou 80 Days, qui accumulent les récompenses. C’est aujourd’hui avec TR-49 que nous avons pu expérimenter la finesse de la plume de cette petite boîte anglaise qui ne cesse de nous épater.
Attention cependant : TR-49 est un jeu nébuleux qu’il convient de ne pas trop raconter pour ne pas en gâcher les rouages !
(Test de TR-49 réalisé sur PC via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
DO-17 ? TE-11 !
TR-49 est un titre assez simple dans sa construction générale : on nous place aux commandes d’une machine dont les différentes sources écrites ont manifestement été perdues. Pourquoi ? Comment ? Ce sera à nous de le découvrir. À l’aide d’un petit clavier circulaire (ou du clavier du joueur sur PC), on entre différents codes composés de deux lettres et deux chiffres, comme TR-49.
En entrant les « bons » codes dans la machine, on tombe sur des documents qui font partie intégrante de cette dernière : les sources qui ont servi à son cheminement de conception. Le but est de comprendre ce qu’il se passe en retrouvant tous les documents originels et en leur attribuant le bon titre.
Un document, une source ou un quelconque index de la machine est constitué d’un court texte clé (un extrait, une description, etc.), puis d’un ensemble de commentaires datés, apportés petit à petit par différents personnages. Ces commentaires constituent la plus grande partie de l’intérêt de TR-49, on y voit l’évolution morale de certains protagonistes et on questionne parfois la temporalité de tous ces événements.
C’est ce qui fait le cœur de TR-49 : découvrir progressivement les divers éléments d’une histoire, en comprendre les rouages et atteindre le sentiment grisant de la découverte. Le titre se permet même d’utiliser les travers humains pour agencer ses énigmes: on tâtonne par-ci par-là, si ce n’est pas 89, ce sera peut-être 88, 90 ou même 91, qui sait !
Chacune de nos découvertes, l’une après l’autre, vient alimenter le dossier général, nous orientant juste ce qu’il faut pour ne pas aller voir une solution. Le tout manipulable à la souris et au clavier avec une simplicité déconcertante.
WI-93 XY
On traverse donc une gigantesque somme de textes au fil des codes et des documents, comme s’il fallait reconstituer tout un pan de Wikipédia après avoir perdu les liens logiques entre chaque article. C’est évidemment une tâche ardue, surtout durant les premières minutes. Le titre d’Inkle n’est pas doté du meilleur onboarding qu’on ait pu voir ; c’est même plutôt l’inverse.
Il faut un peu de temps pour appréhender le système, la navigation et la compréhension des mécanismes, ces derniers faisant partie intégrante du mystère qu’il faut éclaircir, un article à la fois. On est donc souvent perdu, embrouillé, à essayer de se figurer une carte mentale des codes et des événements. Ce sentiment est d’autant plus fort quand on reprend le jeu après une pause de quelques heures.
Étonnamment, TR-49 est aussi particulièrement bavard: un interlocuteur nous adresse souvent la parole, et il faut lui répondre en pressant la barre Espace pour continuer le dialogue. Cette décision de design est très étrange compte tenu du fait que ces bavardages ne nous aident en rien à comprendre les mécanismes de jeu précédemment cités. Ils nous embrouillent avant de progressivement s’estomper, pour finalement nous laisser tranquilles…
Il est extrêmement difficile d’écrire un test de TR-49. S’il fallait se contenter d’une note, on pourrait facilement dire IS-99. L’exercice est complexe de par sa substance même: le titre d’Inkle ne permet en aucun cas la diffusion d’éléments du jeu, car la simple compréhension d’un code peut remettre en cause le flux établi par le studio.
TR-49 n’est certainement pas pour tout le monde. Le jeu est clivant et n’hésite pas à écarter les moins investis par son tutoriel nébuleux. Pour ceux qui auront le courage de s’y intéresser en revanche, TR-49 est une petite merveille de narrative design qu’il convient de saluer pour l’originalité de sa proposition.


