On est habitué : Bandai Namco continue de recycler son catalogue et nous propose donc, cette année encore, une version remasterisée d’un ancien épisode de sa célèbre saga de JRPG. Enfin, « ancien », c’est quelque peu exagéré puisque c’est Tales of Berseria, l’avant dernier épisode de la série principale, sorti en 2016 sur PS4 (et PC) à l’origine, qui ressort sous la forme d’une version dite remastered.
Dans la liste des resucées de la licence, ce n’est certainement pas le nom qui nous est venu en premier parmi les candidats potentiels. Un Tales of Xillia 2 par exemple, après la sortie du remaster du premier l’an dernier, nous paraissait plus logique, mais ce sont surtout les plus vieux opus qu’on aimerait revoir tels que Tales of Destiny, Phantasia ou encore The Abyss. Mais ce n’est que partie remise on suppose.
Depuis le 26 février dernier donc, le titre est disponible sur Switch, PS5, Xbox Series et PC. Alors que l’épisode d’origine est accessible très facilement (souvent bradé pour quelques euros sur le PS Store), comment justifier de demander un nouveau passage à la caisse pour cette version remasterisée ? Et si on garde cet aspect de côté, Tales of Berseria Remastered est-il suffisamment un bon cru au sein de sa licence, à même de contenter les amateurs de JRPG ?
(Test de Tales of Berseria Remastered réalisé sur PS5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Le même en (pas) mieux
Autant mettre les pieds dans le plat. Pour Tales of Berseria Remastered, le studio D.A.G Inc., missionné par Bandai Namco pour ce développement, nous propose la formule classique de ces ressorties à la mode. Un framerate amélioré (sauf sur Switch où l’on se contentera de 30 images par seconde), un (léger) lissage et quelques bonus cosmétiques supplémentaires. Ça fait peu, c’est vrai, surtout que Tales of Berseria, à sa sortie il y a dix ans, était déjà un jeu à l’aspect daté et avait une marge d’amélioration certaine.
On se retrouve donc avec une copie à peine plus belle que l’originale (la contrainte de la Switch ayant peut-être joué sur cet aspect), mais qu’importe, on se lance tout de même à l’aventure en paramétrant la difficulté de notre expérience via la fameuse boutique de points, normalement débloquée en new game plus mais accessible dès le début des éditions remastered. De quoi panacher notre épopée comme on l’entend, avec des bonus (ou malus) en expérience, argent, objets, points de vie, etc., le tout ajustable à tout moment de notre quête.
En bref, si vous avez déjà touché à l’une des dernière remasterisation de la licence, vous savez à quoi vous attendre. D’autant que, même du point de vue de la technique, il n’y a pas de quoi tomber à la renverse. Au-delà d’un léger lissage, on a l’impression de jouer à la version PS4, avec toujours autant d’aliasing, de textures baveuses pour un ensemble qui fait aussi daté qu’à l’époque.
C’est dommage d’ailleurs que le coup de polish n’ait pas été plus prononcé car le titre nous propose une identité visuelle marquée, avec de chouettes environnements et une direction artistique bien plus sombre, atypique dans la série des Tales of souvent un peu enfantin sur les bords. Un aspect qui se retrouve évidemment dans son intrigue, avec des enjeux narratifs plus sérieux et une écriture de personnages à la hauteur.
L’aventure se déroule dans un monde dans lequel les créatures démoniaques mettent à mal l’espèce humaine et où les exorcistes, des individus disposant des pouvoirs permettant de combattre ces créatures, tentent d’endiguer ce fléau. C’est dans ce contexte qu’on incarne Velvet Crow mue par un profond désir de vengeance suite au sacrifice de son petit frère par Artorius, un exorciste ayant épousé la défunte sœur de notre héroïne.
Enfin, héroïne, c’est vite dit puisque durant cet événement, Velvet se retrouve affublée d’un bras démoniaque et finit captive des années durant. Ruminant sa vengeance, elle finit par sortir de sa prison avec qu’un seul mot à la bouche : tuer Artorius et tous ceux se dressant sur son chemin. Rien d’autre n’a d’importance, et nos compagnons de route devront se plier à cet objectif, ou être laissé sur le bord de la route.
Mais là où on pourrait craindre que ces alliés ne soient que des faire-valoir, il n’en est rien. Tous ont une personnalité intéressante et chaque membre de l’équipe influencera et évoluera aux côtés de Velvet. Car outre cette quête visant à occire Artorius, devenu le berger censé mener l’humanité à son salut, on s’attardera souvent sur les relations entre les membres de notre vilaine troupe.
C’est ainsi qu’on s’est rapidement attaché à numéro 2, un Malak (sorte d’ange gardien servant d’outil aux exorcistes), renommé Laphicet en raison de sa ressemblance avec le petit frère de Velvet, Magilou, la magicienne excentrique du groupe ou Eléonore, une exorciste qui finira par embrasser les idéaux de la bande. Difficile d’en dire plus sans divulgâcher un scénario qui proposera son lot de surprises et qui a réussi à nous tenir captif durant la bonne quarantaine d’heure qu’il nous a fallut pour en connaitre le dénouement.
Malheureusement, tout n’est pas tout rose et on a regretté que Tales of Berseria Remastered nous propose un rythme aussi en dents de scie. On est sans cesse interrompu par des dialogues parfois intéressants, faisant avancer l’histoire et les relations entre nos protagonistes, mais souvent sans grand intérêt. Et ce n’est pas tant qu’il y ait des discussions futiles, servant surtout à développer l’univers, qui est dérangeant, c’est surtout qu’il y en a beaucoup trop.
D’autant qu’en plus de ces conversations avec les habitants des villes, symbolisées par un point d’exclamation sur la carte, les saynètes, les dialogues avec les membres du groupe dans un esprit BD, sont très (trop) nombreuses et se déclenchent souvent automatiquement, nous stoppant régulièrement dans nos explorations. C’est dommage car cela a eu régulièrement tendance à nous sortir du jeu qui aurait gagné à être plus condensé. Enfin, il y a toujours la possibilité de les passer…
La rage au corps
Quand on parle d’un Tales of, difficile de passer à côté de sa composante combat. À l’instar des autres épisodes modernes de la licence, Tales of Berseria Remastered nous propose des affrontements dynamiques où il faudra enchaîner des Artes (compétences martiales ou magiques), chacun étant plus ou moins efficaces face à certains types d’ennemis, chaque attaque pouvant être librement attribuée à une touche d’action.
L’un des points forts de ce système de combat est de pouvoir paramétrer comme on le souhaite ses compétences afin que le combo ainsi créé puisse s’effectuer harmonieusement, et donc efficacement. Dans les faits pourtant, une fois ces attaques assignées, les combats s’apparentent plus à du spam de bouton, dans un joyeux bordel plein d’effets sons et lumières, jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Alors effectivement, on perd beaucoup en subtilité, la stratégie n’ayant jamais été le point fort des affrontements d’un Tales of, mais on prend du plaisir à passer les monstres au fil de notre bras démoniaque. C’est d’ailleurs à se demander qui est le plus monstrueux entre Velvet et les abominations rencontrées. Toujours est-il que les capacités démoniaques de notre protagoniste prennent aussi corps durant les batailles, les rendant plus bestiales que dans les autres opus de la saga.
Fondamentalement, Tales of Berseria Remastered nous propose une formule classique, tant dans ses affrontements, comme évoqué précédemment, que dans la structure même de son déroulé. Ville – plaine – donjon – boss : voilà ce qui nous attend, sans variation particulière. Il y a bien quelques quêtes annexes obtenues au gré de conversations avec des PNJ et la chasse aux coffres et ennemis uniques de chaque région mais rien qui ne révolutionnera la formule.
Pour autant, cela ne nous a pas empêché d’y trouver notre compte. On était dans nos pantoufles pour suivre l’intrigue, sans avoir à nous perdre dans des mécaniques alambiquées. Le titre se permet même de nous proposer quelques mini-jeux, pour faire retomber toute pression. Bon, ceux-ci, à l’exception du mini-jeu de carte, sont plutôt ratés, mais ils ont au moins le mérite d’exister et de nous permettre de reprendre notre souffle entre deux tunnels narratifs.
Tales of Berseria Remastered est un excellent cru de la licence de JRPG de Bandai Namco. Mieux encore, il nous propose un personnage fort et particulièrement bien écrit (surtout à l’échelle de la licence), Velvet, dans une intrigue bien plus sombre et adulte que ce à quoi nous a habitué la série. Reste qu’il s’agit là de la seule prise de risque de cet opus, car pour ce qui est du système de combat, de la structure ludique du jeu ou même de la musique, c’est du classico-classique.
Heureusement, les fondations sont suffisamment solides pour que l’on bénéficie d’une expérience très réussie, si on excepte la partie purement graphique. Tales of Berseria Remastered est un épisode recommandable pour le joueur n’y ayant jamais joué ou souhaitant bénéficier du mode nomade de la Switch, il se justifie beaucoup moins pour peu qu’il ait déjà joué à l’épisode d’origine.
Les ajouts de cette version nous semblent bien dérisoires comparés à l’investissement demandé. Car si c’est effectivement un titre proposé à un prix moyen (40 €), cela reste le double de la version PS4 de base dans son prix le plus élevé sur le PS Store. Est-ce que l’accès à la boutique de points dès le début de l’aventure, le léger lissage des textures (toujours datées au demeurant) et les quelques bonus cosmétiques suffisent à valider un nouveau passage à la caisse ? Rien n’est moins sûr.


