Pour évaluer Reanimal, il convient de s’arrêter brièvement sur son développeur : Tarsier Studios. Situé à Malmö en Suède (on aime la géographie), le studio, à la suite d’une étroite collaboration avec PlayStation sur Little Big Planet, s’est attiré les bonnes grâces des joueurs de par sa série Little Nightmares (éditée par Bandai Namco). Après deux opus à succès, le studio est racheté par Embracer Group. Or, la morbide licence est conservée du côté de l’éditeur, qui confie donc le troisième épisode à un autre studio : Supermassive Games. Coupé de sa création, Tarsier Studios ne s’est pas aventuré bien loin. Car disons-le de suite, Reanimal a tout de Little Nightmares. Il aurait pu s’appeler Little Nightmares IV que ça ne nous aurait nullement interpellé.
On reprochait à Little Nightmares II et III de manquer d’innovation avec des biomes et énigmes de moins en moins inspirés au fil des épisodes, qu’en est-il pour Reanimal ? Ce nouveau départ de Tarsier Studios lui permet-il d’esquiver cet écueil ?
(Test de Reanimal sur PlayStation 5 à partir d’une version fournie par l’éditeur)
Rikiki cauchemars
Largué en pleine mer déchainée sur une barque de fortune, le petit garçon au nom inconnu n’a d’autre choix que d’avancer en direction de l’île. Au passage, il récupérera une autre enfant abandonnée, manifestement sa sœur, sur une bouée marine. Ensemble, ils devront affronter la menaçante île et ses mille dangers. Ne vous attendez pas à plus d’introduction. L’ambiance lugubre du jeu commence par son scénario volontairement flou, pour ne pas dire inexistant. Où sommes-nous ? Qui sont ces autres enfants prisonniers de l’île ? Et quelles sont ces démoniaques entités qui peuplent les environs ? Tant de questions qui ne trouveront aucune réponse. Car l’intrigue est surtout prétexte à faire avancer nos petits héros au sein des différentes zones du jeu.
Oui, distiller des bribes de scénario peut servir une narration et instaurer un climat de tension. Oui, l’inconnu fait peur mais encore faut-il armer le joueur d’assez d’éléments pour qu’il puisse s’immerger. À trop vouloir appuyer sur le cryptique, les mécaniques de narration s’en retrouvent appauvries. Pourtant, il y a bien une sombre histoire à conter, mais Reanimal peine à la dérouler convenablement. On se contentera alors d’enchainer les scènes sans trop comprendre ce qui se passe, ni ce qu’on doit faire, à l’exception de survivre aux grands méchants loups.
Et ce constat est excessivement frustrant, car le titre brille de par sa direction artistique venue tout droit des enfers. On note un véritable savoir-faire quant au bestiaire avec des créatures toujours plus dérangeantes. Mais la forme ne suffit pas sans un fond convaincant. D’autant plus que Reanimal se veut on ne peut plus prévisible. Pour peu que vous ayez déjà approché un Little Nightmares, les rouages sont bien trop familiers au point de gommer systématiquement tout effet de surprise. Or, cet aspect fait partie intégrante de l’équation de l’horreur que le jeu tente de nous servir.
Les Enfants du Maïs
Ce manque de fond souligné plus haut se ressent également dans la configuration de son univers. Sur l’île, vous verrez du pays : forêt, ferme, ville, orphelinat ou encore front de guerre, les paysages sont assez variés pour ne jamais s’ennuyer. Toutefois, ces derniers manquent clairement de logique entre eux, le monde ne parait pas organique, ce qui peut accentuer ce sentiment de suivre bêtement des niveaux définis plutôt que d’évoluer dans un tout cohérent.
Reanimal est conçu pour jouer en coopération (d’où l’option de partage du pass ami pour y jouer avec un seul exemplaire), une bonne partie des énigmes est pensée pour le mode duo. On ne peut que vous conseiller d’y jouer dans ces conditions, surtout que l’IA qui contrôle la fille (en solo) est pénible. Côté énigmes, pas de fulgurance à signaler, du convenu qui fait le travail sans surprendre pour autant. Dans la plupart des cas, il faudra fuir un croque-mitaine en se cachant derrière un élément du décor et en évitant d’émettre le moindre bruit.
Autre déception de taille, la place du sound design et de la musique. Little Nightmares (encore lui !) affichait un travail méticuleux sur son ambiance sonore. Des bruits de pas d’origines inconnues dans les tuyaux ? Le son d’un liquide visqueux non loin ? Ces détails participaient activement à l’expérience. Certes minimaliste, la bande-son distillait également une ambiance glauque à souhait des plus réussis. Reanimal se contente du minimum, on aurait aimé davantage de profondeur quant à l’identité sonore du titre. La peur ne passe pas uniquement par le visuel.
Vous l’aurez compris à la lecture du test, Reanimal nous a énormément déçu. Sur le papier, le jeu avait tout pour plaire, à commencer par une direction artistique soignée (cette carcasse de mouton bien sordide là). Mais une fois la manette en main, le titre a du mal à dérouler tout ce qu’il a à proposer tant un manque de cohérence se fait ressentir. Les énigmes peu inspirées n’aident pas à redorer le blason. C’est à se demander si les phases de développement avec les nouveaux propriétaires se sont bien passées ou s’il y a du grabuge pouvant justifier ce manque de finition globale. En reste un titre sympathique à faire en coopération.
La comparaison (incontournable) avec leur saga initiale Little Nightmares est douloureuse, on sent que Tarsier Studios était bien parti pour le développement d’un troisième épisode avant l’annonce du rachat. Tout dans Reanimal rappelle Little Nightmares. Et c’est peut-être là le plus gros défaut du projet.


