De Paper Mario à Tearaway, en passant par le magnifique jeu mobile Lumino City, le mariage du papier et du jeu vidéo nous a souvent donné de jolies expériences ; des jeux plus expérimentaux aussi, comme le curieux Paper Beast d’Eric Chahi. On peut également citer le plaisant Hirogami malheureusement passé sous les radars. Origament, et son petit chat en papier plié, rejoindront-ils cette belle famille ? En ont-ils seulement l’ambition ?
(Test de Origament réalisé sur PC via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Tigre de papier
L’origami est un art pauvre (au sens de l’arte povera), populaire, accessible, et modeste. Et en ce sens, l’art du papier plié mis en scène dans Origament est aussi une métaphore qui fonctionne bien pour décrire le jeu, lui-même relativement modeste, « crafté » à la main, loin des standards industriels.
Cette modestie apparait rapidement dans le système de jeu. On contrôle non pas le chat, mascotte du jeu, mais une boule de papier chiffonné qui se déplace en roulant. Et cette dernière – c’est le cœur du jeu – a la possibilité de prendre la forme de différents pliages façon origami pour bénéficier de diverses compétences : l’avion en papier pour planer, bien entendu, un bateau pour le déplacer sur l’eau (logique !), et un shuriken qui se précipite en avant avec force.
Si l’on pouvait penser d’abord que le jeu serait au moins partiellement un jeu à énigmes tirant parti des pliages, il n’en est rien, et Origament est d’abord un 3D platformer relativement classique (dont on n’a pas le contrôle de la caméra, ce qui peut être parfois inconfortable). S’il est bien question de passer d’une forme à l’autre, le gimmick de l’origami cache finalement un gameplay tout ce qu’il y a de plus classique. Prendre la forme de l’avion revient finalement à sauter, et le shuriken est en fait simplement un dash.
Plier bagage ?
Alors on est un peu déçu, le jeu se révèle extrêmement classique et peu inventif, dans son système de jeu et dans sa narration, anecdotique. Mais le titre est-il pour autant mauvais ? C’est un jeu de plateforme convenu, dont on perçoit les limites budgétaires, mais pas non plus désagréable à parcourir, et qui possède même quelques phases de défis.
Excellente décision de la part des équipes du jeu : ces phases plus exigeantes sont systématiquement facultatives, un peu comme les temples dans les derniers jeux Tomb Raider. Ils permettent de pimenter (et d’allonger) une aventure qui, sinon, se parcourt plus ou moins en ligne droite (comptez 4 à 6 heures pour finir le jeu). C’est aussi un moyen de moduler la difficulté, chacun choisissant de relever, ou non, tel ou tel défi.
Faux pli
Helas, Origament n’est pas que ce « petit jeu » un peu conservateur mais qu’on peut prendre plaisir à parcourir. Mentionnons tout de suite un problème de taille : nous avons testé le jeu sur un ROG Ally, et si le titre tourne parfaitement sur la console (au moins dans notre version Z1 Extreme), encore faut-il pourvoir le lancer. En effet, le démarrage s’est montré plutôt aléatoire, et la console pouvait « freezer », réclamant alors de forcer le reboot de la machine. À plusieurs reprises, la prise d’une capture d’écran a eu les mêmes effets.
Au-delà des problèmes techniques, que l’on peut peut-être partiellement attribuer à la console (même si c’est un souci que l’on n’avait encore jamais rencontré sur la machine…), Origament porte aussi des choix étonnants au niveau des contrôles. Les boutons A B X Y sont consacrés aux transformations de la boule de papier en avion, bateau ou shuriken. Ainsi, la validation, généralement sur A, passe par le haut sur la croix directionnelle.
Or, on rencontre un puzzle dans le jeu qui nécessite de se placer devant un élément pour le déplacer, non sans avoir choisi cet élément en validant via le haut de la croix. On se retrouve ainsi à devoir jongler avec le même pouce entre le positionnement de la boule (qui roule, donc, et nécessite un repositionnement permanent) et le choix de la pièce du puzzle. Pourquoi ne pas avoir mobilisé l’une des gâchettes ?
Enfin, la conclusion du jeu est elle aussi surprenante au regarde de la date de sortie… On n’en dira pas plus pour ne pas gâcher la découverte de chacun, mais disons que la façon dont le jeu se termine aurait été plus à sa place à une autre saison (le jeu a peut-être été retardé de quelques mois, ceci expliquerait cela).
Origament souffre avant tout de son manque de proposition, malgré la promesse de départ. Ce n’est pas vraiment un jeu raté (malgré quelques soucis techniques), mais les niveaux n’ont aucune cohérence les uns avec les autres, ni même avec l’histoire qu’essaie de raconter le jeu, des phases en forme de mini-jeux (puzzle, infiltration…) viennent tenter de casser la routine, mais tombent un peu comme un cheveu sur la soupe…
Ainsi qu’en témoignent les contrôles pas très bien pensés, ce n’est finalement pas tant un « petit jeu » qu’un titre qui ressemble assez fort à une production amateur ou à un projet étudiant.


