Il semblerait que ce qui aurait pu n’être qu’une simple excursion au pays du J-RPG devienne une expérience récurrente pour Monster Hunter. Avec Monster Hunter Stories 3 : Twisted Reflection, Capcom adapte à nouveau sa célèbre licence de chasse au monstre en un récit d’aventure où humains et monstres doivent collaborer pour sauver le monde (rien que ça !).
Révélée chez nous à travers son deuxième opus, la série de spin-off Monster Hunter Stories est déjà reconnue pour son efficacité. Sans réinventer la roue, les jeux ont convaincu par leur respect pour la licence d’origine, avec des recréations très fidèles des différentes créatures et de leur comportements. En somme, les jeux avaient été de belles surprises.
Monster Hunter Stories 3 n’aura pas cette grâce : suite au succès plus marqué du deuxième opus, il était clair qu’il y aurait des attentes pour cette nouvelle sortie. Des attentes d’autant plus importantes que la licence délaisse la Nintendo Switch, qui avait conditionné les limites du jeu précédent. Cette fois-ci, l’enjeu est clair : Monster Hunter Stories 3 réussira-t-il à se faire un nom pour lui-même, ou restera-t-il une anecdote de la licence Monster Hunter ?
(Test de Monster Hunter Stories 3 réalisé sur Switch 2 à partir d’une version commerciale du jeu)
Un J-RPG ne peut qu’être aussi grand que son histoire
La plus grande nouveauté du titre est probablement là : cette fois-ci, le « Stories » dans le titre n’est pas là pour faire joli. Capcom s’est engagé dans un récit qui se veut riche, fort en émotions, sans grand lien avec les chapitres précédents. La narration place le joueur dans la peau de l’héritier du royaume d’Azuria, chef des rangers, une escouade chargée de protéger l’écosystème du royaume contre une menace (sur)naturelle qui cristallise petit à petit les environnements, l’Empiètement. Notre héros devra faire face à un danger supplémentaire, qui lance le jeu : la guerre, celle désirée par le royaume de Vermeil, rival d’Azuria depuis deux cents ans.
D’emblée, une fois notre personnage créé, on est jeté au cœur de ces enjeux. Il faut alors vite s’accoutumer aux différents termes importants de cet univers. Des mots connus si on est déjà familier de la licence, mais pas seulement : Empiètement, monstre furieux, espèce invasive, espèce menacée… le jeu lance beaucoup de concepts au joueur, très vite, mais de manière plutôt digeste. Après tout, cela reste du vocabulaire relativement simple et, une fois sorti du tutoriel qui est bien intégré dans le récit, on peut s’investir dans ces mécaniques à son rythme.
Finalement, c’est surtout lors des sessions de jeu en dehors du récit qu’on est confronté aux conséquences concrètes de l’Empiètement. En restaurant les différents écosystèmes, on sera confronté aux espèces invasives, qui ont fui leur territoire d’origine mais ne sont pas adaptées aux terres qu’elles empruntent, et aux monstres furieux, directement blessés et affectés par l’Empiètement, pour qui la mort sera une libération.
Cela donne un nouveau sens à une mécanique fondamentale de la série : la collecte d’œufs et leur éclosion. C’est la première fois que la licence justifie cet aspect du jeu, pourtant essentiel, aussi efficacement. On se retrouve vite à passer des heures à faire éclore des monstres et les relâcher.
Être ranger, c’est aussi explorer le monde
Avec un gameplay et un récit aussi centré sur l’environnement, il était nécessaire que les équipes de Capcom réussissent à créer un univers convaincant, que le joueur aura envie de protéger. Et vraiment, quelle réussite ! Si le deuxième opus avait su insuffler un sentiment de liberté, c’est bien un sentiment de grandeur qui transpire de cette nouvelle mouture.
Tout est plus grand, les envergures des monstres et des monsties par rapport à nos personnages sont mieux respectées, et on en vient à oublier certaines limitations de la Switch 2 tant le prisme par lequel les développeurs nous font traverser les différents environnements est bien pensé. Une attention toute particulière a (encore) été donnée aux monstres qui sont toujours fidèles à ceux des jeux d’origine.
L’immersion ne se fait pas que par le visuel : les environnements sonores sont, eux aussi, très travaillés. Les thèmes musicaux, qu’il s’agisse de la douceur du campement, où vous passerez votre temps à faire éclore des monstres, ou de l’angoisse des territoires de monstres invasifs, sont très efficaces. Les différents thèmes savent être marquants lorsqu’il le faut ou s’effacer lorsqu’ils ne sont pas au centre de l’attention.
Pour traverser ce monde, il faut se créer une équipe de choc, tant pour l’exploration que pour le combat : grimper, nager et voler sont autant de compétences nécessaires pour atteindre les sommets les plus hauts et les crevasses les plus profondes. En plus de cela, en tant que J-RPG, bien entendu que la castagne est encore au rendez-vous. Avec un choix de monstres plutôt riche, on s’est généralement amusé à devoir penser des stratégies prenant en compte les besoins des différentes quêtes. C’est d’autant plus important car système de combat reprend les bases mais est plus exigeant que ses prédécesseurs.
Une exigence de combat que l’on retrouve forcément en travaillant les écosystèmes et dans l’aventure principale : Avec une difficulté générale revue à la hausse, certains combats, vers la fin de l’histoire, sont de réels challenges, d’autant qu’ils s’enchaînent rapidement et que, la narration étant particulièrement intense à ce moment là, tout manque de préparation est sévèrement puni. Dans ces conditions, chaque combat gagné, chaque cinématique et nouvelle pièce du puzzle entourant l’intrigue du jeu gagnée est une vraie récompense que l’on apprécie d’autant plus.
Un Monster Hunter Stories qui a grandi… mais cantonné à son enclos !
En somme, il n’y a que peu de choses à redire sur Monster Hunter Stories 3. On peut, forcément, lui reprocher de devoir faire avec les limitations de la Switch 2, mais ce ne sont pas quelques textures encore un peu baveuses ou des FPS à la ramasse sur des monstres de l’autre côté de la carte qui vont vraiment ruiner l’expérience. La technique du jeu peut être imparfaite, mais son défaut majeur ne se situe pas dans ce qui est dans le jeu. Plutôt dans ce qui lui manque.
Quel dommage, alors que le système de jeu est déjà optimisé pour des combats à plusieurs, de prendre la décision de supprimer toutes les fonctionnalités de multijoueur, pourtant présentes dans les spin-offs Stories depuis ses débuts ! Aucune coopération, aucun PvP, le joueur est cantonné à sa version du monde, et aux monstres présents sur sa carte.
Un choix étrange, à contre-courant complet des tendances actuelles de l’industrie. Alors que les développeurs investissent de plus en plus dans des expériences collaboratives, Monster Hunter Stories 3 n’en contient aucune. Un choix qui va irrémédiablement et drastiquement réduire l’intérêt pour le jeu une fois l’aventure terminée, l’exploration complétée et les environnements restaurés. La longévité du jeu sera alors conditionnée au bon vouloir Capcom et des sorties, déjà annoncées, de contenus additionnels, gratuits comme payants.
Vous l’aurez bien compris, nous avons passé un excellent moment avec Monster Hunter Stories 3: Twisted Reflection. Il ne s’agit (toujours pas !) d’un jeu qui cherche à être original. Oui, l’histoire est convenue, non, elle ne surprendra pas. C’est dans sa réalisation que Capcom démontre les qualités de sa licence. Avec un récit plus ambitieux, des personnages attachants et des mécaniques maîtrisées et équilibrées, Monster Hunter Stories 3 révèle le plein potentiel de son concept. Une fois l’aventure terminée, nous avons posé notre manette avec un profond sentiment de satisfaction.
Avec ce troisième opus, Capcom signe donc un jeu qui se suffit à lui-même. Pas forcément parfait, mais suffisamment riche pour qu’on puisse passer outre les quelques défauts, pour peu qu’on accroche à ce que le jeu essaie de raconter. Le studio propose une expérience qui peut à la fois convenir aux forcenés de la licence et aux personnes qui n’ont jamais touché à un jeu Monster Hunter de leur vie.


