Au carré, parce que Marble’s Marbles veut à la fois nous faire rejouer aux billes, jeu enfantin et régressif s’il en est, mais aussi nous faire redécouvrir un classique vidéoludique. En 1984 sortait un jeu qui allait discrètement marquer son époque : Marbles Madness. Si le titre n’a pas eu le retentissement populaire d’un Pac Man ou d’un Space Invaders, ce fut néanmoins un beau succès commercial, et représente probablement la première fois qu’on implémentait des règles physiques à un jeu vidéo : la vitesse, l’inertie, et surtout les pentes influencent le contrôle de la bille (et représentent le vrai défi du jeu !).
Plus de quarante ans après, Marble’s Marbles rend très directement hommage à ce classique Atari, en voulant nous y faire rejouer, avec quelques petits twists contemporains…
(Test de Marble’s Marbles réalisé sur PC via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Histoire de genre
Ainsi qu’on le notait en introduction, Marble Madness n’a pas eu la reconnaissance populaire de certains autres titres de son époque. Un destin un peu injuste pour ce titre pourtant vraiment novateur, grand succès commercial, et qui aura même donné naissance à un véritable sous-genre du jeu de plateforme, ayant encore ses représentants aujourd’hui.
La série des Super Monkey Ball, par exemple, n’est finalement qu’une adaptation en «véritable » 3D du gameplay de Marble Madness. Plus récemment, l’hypnotisant Exo One (2021) était une sorte de remake contemporain (et halluciné) du classique développé, le saviez-vous, par Mark Cerny, devenu depuis concepteur de la PS5 ! Même si leurs graphismes nous crient le contraire, on peut aussi voir en Loco Roco (2006) ou Rolando (2008) des transcriptions « à plat » du gameplay de Marble Madness.
Marble’s Marbles est donc le petit dernier de la famille, avec cette spécificité qu’il n’adapte pas Marble Madness pour proposer quelque chose de nouveau, mais il nous fait, purement et simplement, rejouer à Marble Madness.
Bille en tête
Marble’s Marbles est tout à fait transparent sur le jeu dont il s’inspire. Il y a le titre, évidemment, mais graphiquement aussi le jeu reprend les codes de son illustre ainé. D’abord en adoptant une direction artistique 8/16 bits, très pixellisée. Mais aussi en reprenant son style graphique en damier, au moins dans l’un des quatre univers disponibles.
Le gameplay est aussi rigoureusement le même. Il s’agit d’une sorte de mini-golf consistant à conduire une bille à travers un parcours semé d’embuches : pentes, poutres très fines, trous à contourner,…, en gérant la vitesse et la direction de la bille. Ce qui s’avère plus difficile à faire qu’à dire, étant donné l’affichage en 3D isométrique.
Bien que réalisé en 3D, contrairement au jeu original, l’orientation de la caméra n’est pas libre. Le point de vue viendra forcément de l’un des quatre coins de l’écran, rendant cet effet 3D isométrique de Marble Madness. Et c’est cette caméra relativement fixe qui rend compliquée la manipulation de la bille, notamment dans les courbes. Un autre point de difficulté vient de la perception de la distance dans cet environnement. Il est souvent compliqué de réellement mesurer où se situe la bille dans l’espace par rapport aux plateformes, dans les rapports de hauteur, surtout. Ainsi, sur les photos ci-dessous, le rail observe exactement la même courbe. Mais l’angle de vue, dans une sorte d’illusion d’optique, en change la perception :
On pense aux illusions du peintre M.C. Escher, le peintre des escaliers impossibles, qui était justement l’une des inspirations de Mark Cerny pour Marble’s Madness. Le défi du jeu consistera ainsi surtout à appréhender l’espace plus qu’à contrôler la petite bille.
Bille d’aujourd’hui (enfants de la forme…)
Outre la modélisation en 3D, ce que l’époque apporte à Marble Madness avec Marble’s Marbles, c’est aussi les contrôles analogiques. Les manettes actuelles permettent une manipulation bien plus fine de la bille qu’à l’époque des joysticks à huit directions : une orientation plus fine et le contrôle de la vitesse. Alors, le choix des caméras fixes permet, outre la citation, de rééquilibrer la difficulté et de rendre du défi au jeu que la technologie aurait, sinon, bien trop simplifié !
Marble’s Marbles offre aussi des niveaux aux ambiances variées, comme une exploration de donjons, ou des niveaux, très réussis, nous mettant au contrôle de la bille d’un flipper. Ce sont à l’heure actuelle quatre familles de niveaux qui sont immédiatement accessibles, sans avoir besoin de finir l’un des chapitres pour découvrir le suivant.
Bonne nouvelle, James Oliver, développeur solo du jeu, laisse entendre sur X que d’autres niveaux pourraient faire leur apparition dans un futur proche.
Marble’s Marbles est probablement la meilleure expérience Marble Madness-like que l’on puisse trouver aujourd’hui. Le jeu est extrêmement fidèle au matériau d’origine, tout en lui apportant discrètement quelques améliorations modernes, comme le contrôle analogique.
Difficile mais juste, c’est un titre que l’on peut lancer à la volée pour une courte session, notamment sur les consoles portables comme le Steamdeck, pour un plaisir un peu régressif rappelant le Tricky Bille de Tomy, ce jouet qui simule un jeu de plateforme avec une vraie bille (à moins que le jeu de plateforme soit d’abord une adaptation du Tricky Bille, ce dernier étant sorti au Japon dès 1979 ?). Il n’y a pas de hasard : le développeur de Marble’s Marbles a d’ailleurs développé une adaptation vidéoludique du Tricky Bille, Mighty Marbles. C’est ce qui s’appelle « foncer bille en tête » !


