Dernière production du studio « so British » Size Five Games, Earth Must Die propose d’incarner un despote galactique avec une bonne dose d’humour caustique. Pas question de sauver le monde ici : on l’écrase plutôt sous sa botte pour récupérer le trône et le titre aussi pompeux que ridicule de Grand Berger de l’Ascension Tyrythienne.
Et tout ça, sans lever le petit doigt ! Car en plus de son postulat savoureux, Earth Must Die a l’originalité d’être un point’n’click où on ne touche aucun objet. Entre hommage aux classiques des années quatre-vingt-dix et rafraîchissement des codes du genre, le jeu a-t-il assez de piquant pour nous maintenir en haleine ?
(Test de Earth Must Die réalisé sur PC à partir d’une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Idiocracy
VValak (avec deux V) est un énorme loser. Troisième fils mal-aimé, lâche de premier plan, avec pour seul ami son robot-biberon Milky, rien ne le prédestinait à régner. Il a pourtant un talent certain pour la manipulation : quelques mots lui suffisent à empoisonner l’esprit de ses frères et à s’emparer du trône de son défunt père. Mais alors que les Terranoïdes envahissent son domaine, le nouveau Grand Berger doit redoubler de fourberie pour récupérer sa position.
Tout au long de la partie, Earth Must Die joue sur cette opposition : VValak est aussi tristement pathétique que détestable. On passe sans cette de la pitié pour ce loser magnifique, à l’agacement face à ce tyran mégalo, persuadé d’être l’idole d’un peuple qui le méprise.
L’aventure a toute sa place aux côtés des cartoons trash à la Rick and Morty : c’est insolent, c’est gore, ça n’hésite pas à utiliser les blagues sous la ceinture pour nous faire rire. Mais au delà de l’humour potache, on retiendra surtout un message profondément politique sur les dangers du fascisme : après tout, qu’y a-t-il de plus terrifiant qu’un parfait imbécile doté des pleins pouvoirs ?
Le gameplay repose en grande partie sur les dialogues à choix multiples, avec des options toutes plus hypocrites les unes que les autres de la part de VValak. Le jeu ajoute ainsi une touche de RPG dans le point’n’click classique. On peut décider d’être patient et à l’écoute (ou faire semblant de l’être, par couardise), ou juste s’amuser à être un tyran capricieux qui traite tout le monde comme de vulgaires subalternes.
Sans les mains !
Ces phases de dialogues (savoureux et doublés par des stars du petit écran britannique en VO) nous rapprochent en réalité plus du visual novel que du point’n’click traditionnel. Earth Must Die pousse cette logique à l’extrême : ici, pas d’inventaire ou d’items à combiner. Le gameplay s’appuie entièrement sur la manipulation des PNJs pour parvenir à nos fins. En bon tyran lâche et fourbe, VValak ne s’abaisse pas à toucher lui-même un levier ou une porte. Ses seuls outils sont la menace, le cirage de pompes et le mensonge.
Pour soumettre les personnages à notre volonté, il suffit de parcourir la « Milkipédia » pour trouver les secrets ou les coutumes absurdes de ces idiots de Terranoïdes. Les textes sont, eux aussi, une mine de petites blagues et observations satiriques. Dommage que la navigation entre les entrées, pénible, rende la recherche d’informations si laborieuse.
S’il est toujours délicat d’évaluer objectivement la difficulté d’un puzzle, Earth Must Die se range dans la catégorie des point’n’clicks accessibles. Il suffit généralement de parler au bon PNJ pour poursuivre l’aventure, sans réelle gymnastique intellectuelle au préalable. Les énigmes le plus corsées demanderont surtout de bien observer tous les éléments du décor, ou de bien se synchroniser pour envoyer Milky faire une action pendant qu’on distrait un autre personnage.
On regrette enfin quelques inconforts liés à l’UX : le choix d’imposer le clavier pour les déplacements paraît contre-intuitif pour n’importe quel féru de point’n’click habitué au tout-souris, et le curseur (pourtant l’outil principal du genre) manque de précision, entre son aspect visuel parfois gênant et les zones de clic capricieuses.
Earth Must Die fait le pari de s’éloigner des codes du point’n’click, au risque de décevoir les amateurs les plus « rigides » du genre. Même si les énigmes sembleront simples pour les joueurs qui aiment se creuser les méninges, on retiendra surtout l’univers absurde, la direction artistique soignée, l’humour omniprésent sans devenir lourdingue, et le propos politique du jeu. Au niveau des tableaux, situations et missions proposées, c’est un sans faute, qui nous aura fait passer une bonne poignée d’heures (comptez-en entre six et dix pour terminer le jeu) avec le sourire aux lèvres.


