Un an après la sortie de la version remasterisĂ©e de Dragon Quest III, Square Enix boucle la trilogie en proposant Dragon Quest I & II HD-2D, suites chronologiques des aventures des descendants d’Elric. Si le troisième opus avait sĂ©duit par sa beautĂ© tout en restant timide sur ses mĂ©caniques, l’Ă©diteur semble avoir retenu la leçon pour aller plus loin dans la modernisation de ses mythes fondateurs.
(Test de Dragon Quest I & II – HD-2D rĂ©alisĂ© sur Switch 2 Ă partir d’une version fournie par l’Ă©diteur)
Une refonte visuelle et sonore magistrale
Square Enix prouve une fois de plus sa maĂ®trise absolue du moteur HD-2D. Comme pour son prĂ©dĂ©cesseur, ce double remake offre un univers en 3D fourmillant de dĂ©tails oĂą Ă©voluent nos personnages en pixel art. Les dĂ©veloppeurs s’amusent avec la perspective, cachant coffres et secrets derrière des Ă©lĂ©ments du dĂ©cor qui se rĂ©vèlent grâce Ă de subtils jeux de camĂ©ra. Cette approche permet de conserver la patte artistique originale tout en sublimant les environnements.
L’immersion est renforcĂ©e par une rĂ©orchestration musicale de haute volĂ©e. Oscillant entre classicisme, romantisme et nostalgie, la bande-son participe grandement au souffle Ă©pique de l’aventure, ajoutant une intensitĂ© bienvenue lors des combats de boss. De plus, de nombreuses petites scènes, muettes Ă l’Ă©poque, profitent dĂ©sormais d’un doublage de qualitĂ© qui donne vie Ă cet univers hĂ©roĂŻque et aux diffĂ©rents royaumes.
Deux jeux, deux ambiances
Contrairement au remake du troisième Ă©pisode, Dragon Quest I & II ne se contente pas d’un simple ravalement de façade. L’histoire, bien que toujours aussi classique – un dĂ©mon, un (groupe de) hĂ©ros, un monde Ă sauver – bĂ©nĂ©ficie d’une Ă©criture plus dense, dĂ©veloppant l’univers de manière bien plus convaincante qu’Ă l’Ă©poque.
Cependant, malgré toutes ces modernisations, des problèmes du passé persistent et sont parfois même exacerbés. Il ne faut pas oublier que les jeux originaux datent de 1986 et 1987, une époque où le farm intensif était une méthode courante pour augmenter artificiellement la durée de vie. Le remaster n’évite pas cet écueil, particulièrement pour le premier opus.
En effet, Dragon Quest I prend une direction Ă©tonnante. L’abandon du 1v1 historique au profit d’affrontements contre plusieurs ennemis permet certes de gagner de l’expĂ©rience plus vite, mais rend les combats bien plus compliquĂ©s. Si votre unique protagoniste est touchĂ© par un statut incapacitant et passe son tour, il subira dĂ©sormais quatre attaques consĂ©cutives au lieu d’une seule, rendant l’expĂ©rience extrĂŞmement punitive. De fait, le farm devient inĂ©vitable. Si l’accĂ©lĂ©ration des combats aide un peu, l’impossibilitĂ© d’augmenter la frĂ©quence des rencontres alĂ©atoires est un manque flagrant.
On regrette que cet Ă©pisode n’ait pas bĂ©nĂ©ficiĂ© du mĂŞme soin apportĂ© au contenu annexe que sa suite. Cependant, l’exploration nĂ©cessaire pour dĂ©bloquer les divers parchemins permet de rendre ce farm un peu moins barbant, et d’allonger quelque peu la durĂ©e de vie de cet opus, qui se termine dĂ©sormais en une dizaine d’heures.
Un 2ème opus d’excellente qualité
Dragon Quest II, quant Ă lui, s’impose comme la pièce maĂ®tresse de cette compilation. Il bĂ©nĂ©ficie d’une transformation profonde, marquĂ©e par l’arrivĂ©e de la Princesse de Cannock. Ce renfort cohĂ©rent (après tout, elle aussi est une hĂ©ritière d’Elric) porte l’effectif Ă quatre hĂ©ros et s’avère crucial : avec son profil hybride mĂŞlant force physique et magie (similaire Ă celui de son frère), elle fluidifie considĂ©rablement les combats. Son apport permet de rééquilibrer intelligemment une aventure historiquement rĂ©putĂ©e pour sa difficultĂ© injuste et punitive. De plus, Square Enix ne s’est pas moquĂ© des joueurs sur le contenu : entre l’ajout de donjons inĂ©dits et une narration densifiĂ©e par de nombreux dialogues supplĂ©mentaires, la durĂ©e de vie du titre se voit quasiment doublĂ©e, offrant une Ă©popĂ©e bien plus riche et naturelle que son prĂ©dĂ©cesseur.
Le confort moderne Ă la rescousse
Conscient de la rudesse des versions d’origine, Square Enix a intĂ©grĂ© de nombreuses options de confort pour faire passer la pilule. L’ajout d’une sauvegarde automatique rend la mort moins punitive, surtout dans le premier opus oĂą les Ă©glises Ă©taient trop rares, et oĂą la mort pouvait faire perdre beaucoup de progression. Pour les puristes, cette option reste dĂ©sactivable.
Dans Dragon Quest II, la possibilitĂ© d’utiliser le sort de tĂ©lĂ©portation en intĂ©rieur (Ă©galement possible dans Dragon Quest I, par exemple pour fuir un donjon trop haut niveau pour le joueur) Ă©vite de refaire tout un donjon Ă pied en sens inverse pour aller ressusciter un alliĂ© tombĂ© au combat, et donc limite les risques d’une autre mort, ou mĂŞme d’un game over. Le dĂ©blocage du sort « Rappel » permettant de ressusciter un personnage reste un ajout prĂ©cieux, qu’il faudra cependant utiliser avec parcimonie, les points de magie se consommant rapidement, et les objets concernant les PM Ă©tant rares. Cependant, on reste loin de la sinĂ©cure du jeu d’origine lorsqu’il s’agissait de soigner son Ă©quipe, et cela aide Ă avoir une progression bien plus limpide.
Enfin, les joueurs moins patients ou moins enclins au farming pourront compter sur un mode facile ajustĂ© (qui ne rend plus forcĂ©ment invincible, le choix Ă©tant laissĂ© au joueur, permettant de conserver un minimum d’enjeu), l’affichage des coffres sur la carte pour Ă©viter l’exploration inutile, et une option permettant de rĂ©cupĂ©rer tous ses PV/PM Ă chaque montĂ©e de niveau. Des ajouts prĂ©cieux qui rendent l’expĂ©rience bien plus digeste qu’Ă l’Ă©poque.
De plus, comme pour Dragon Quest 3 HD, les raccourcis rapides sont également présents et permettent d’utiliser 4 sorts rapidement, sans passer par les nombreux clics nécessaires dans l’interface du jeu, toujours pas à la hauteur.
Des archaĂŻsmes tenaces
MalgrĂ© ces efforts, certains Ă©cueils du passĂ© persistent. Le fameux système de clĂ©s de couleurs est toujours de la partie, obligeant le joueur Ă de fastidieux allers-retours. Devoir mĂ©moriser l’emplacement d’une porte bleue pour y revenir dix heures plus tard est une mĂ©canique d’un autre temps qui aurait mĂ©ritĂ© un ajustement. Heureusement, la mini-carte peut dĂ©sormais afficher la couleur des portes et coffres, Ă©vitant de devoir ratisser chaque zone Ă l’aveugle.
L’interface conserve Ă©galement ses lourdeurs. Bien que des raccourcis permettent dĂ©sormais de lancer quatre sorts rapidement, les menus restent peu ergonomiques. On regrette l’absence d’informations sur le coĂ»t en PM ou l’effet des sorts lors de leur obtention, obligeant Ă fouiller dans les menus. De mĂŞme, un indicateur visuel pour savoir dans quelle poche atterrit un objet ramassĂ© n’aurait pas Ă©tĂ© du luxe. Il faut cependant reconnaĂ®tre que ces options de confort ne sont pas une nĂ©cessitĂ© et que Square Enix a globalement fait le nĂ©cessaire pour rendre l’expĂ©rience bien plus agrĂ©able qu’en 1986.
Dragon Quest I & II HD-2D est une très belle restauration de deux monuments du J-RPG. Si le premier épisode accuse toujours son âge avec des mécaniques de farm parfois laborieuses et une structure difficile à moderniser, il reste une aventure originale à parcourir, notamment pour la particularité de n’avoir qu’un seul personnage.
C’est vĂ©ritablement Dragon Quest II qui tire son Ă©pingle du jeu, sublimĂ© par l’ajout d’un nouveau personnage et un rééquilibrage salvateur. Square Enix livre ici une copie très propre, visuellement splendide et musicalement envoĂ»tante. Une compilation Ă avoir pour les fans, et une bonne porte d’entrĂ©e pour les curieux souhaitant dĂ©couvrir la licence (notamment grâce au 2ème opus), malgrĂ© certains dĂ©fauts d’époque toujours prĂ©sents.


