Un an après la sortie de Jusant se présente le trailer de Cairn. De par leur approche relativement similaire au premier coup d’œil, la vox populi à tôt fait de relier la France à l’escalade. Il s’agit, dans les deux titres, d’incarner un personnage ayant pour objectif d’arriver au sommet d’un pic rocheux. On va assez rapidement se rendre compte que c’est à peu près le seul point commun entre les deux jeux.
Pour pouvoir vous éclairer sur ce qui rend le jeu de The Game Bakers unique, on a sué sang et eau, capturé des instants et escaladé le mont Kami en osant espérer en revenir vivant.
(Test de Cairn réalisé sur PC via une copie du jeu fournie par l’éditeur)
Cairn ou Silicium ?
Il nous faut obligatoirement commencer par toute la partie visuelle du jeu. Cairn a été dirigé artistiquement et scénaristiquement par Mathieu Bablet, auteur de bande dessinée dont le triptyque de science fiction vient de s’achever avec Silent Jenny. On pourrait rapidement reléguer cette information pour la laisser couler dans les fins fonds de votre mémoire, mais il faut avouer que l’implication du monsieur dans le processus n’est pas un détail.
Le character design est très fidèle, les écrans de chargement sont magnifiques et le scénario plus global est foncièrement très similaire à celui d’un des one shot de l’auteur à succès. Avec le recul, l’expérience est particulièrement orientée sur les mêmes émotions qu’on pourrait ressentir en lisant un des ouvrage en question : la contemplation, les émotions fortes et les dialogues poignants. Autant dire qu’on est absolument conquis du premier au dernier pas qu’on va poser sur Kami.
Parce que Cairn, c’est l’histoire d’Aava, une alpiniste professionnelle et reconnue dont l’objectif ultime est de devenir la première personne à atteindre le sommet du mont Kami. Une montagne manifestement très haute et particulièrement dangereuse. De quoi s’élancer tel un YouTuber à succès pour écrire notre propre Kaizen.
En route pour Shangri La
Pour grimper toute une montagne, il faut s’accrocher avec précaution. On dirige les membres d’Aava un par un pour les positionner sur des prises stables et éviter la chute, le jeu propose deux systèmes : le premier sélectionne automatiquement le membre à replacer sur le flanc de montagne tandis que le second (accessible d’une pression de gâchette) donne accès à une roue permettant de choisir un membre de son choix.
Si la seconde méthode est un peu longue à utiliser, surtout dans les moments de tension, elle reste plus fiable que la première, la sélection automatique étant parfois un peu hasardeuse… On retrouve parfois Aava dans des positions rocambolesques qui sortent un peu de la suspension d’incrédulité, c’est un peu dommage de se retrouver avec un équivalent de QWOP sous la main, mais c’est un bien petit souci.
Le mont Kami se décompose donc en plusieurs « murs d’escalade » entrecoupés de plateaux permettant de se ravitailler. On peut y remplir ses gourdes, cueillir de quoi infuser du thé et éventuellement assez de nourriture pour tenir jusqu’au prochain plateau. Car oui, même si ça n’a pas l’air, Cairn est aussi un jeu de survie. Tous les poncifs du genre y sont, il est possible de cuisiner, de recycler les déchets en magnésie ou même de préparer l’ascension future en bandant ses doigts et en analysant le terrain à vue de nez.
Et de la préparation, il va en falloir…
Une belle mort.
Cairn, c’est n’est pas qu’un jeu. C’est une expérience dans laquelle on ne nous prend que très rarement la main. Le titre nous fait passer par un spectre d’émotions particulièrement large. On éprouve d’abord une certaine crainte de la montée, le sommet paraît ne jamais se rapprocher en nous montrant toujours la montagne à l’échelle 1:1, là, sous nos yeux.
On ressent une frustration terrible quand on chute de quelques mètres (si tant est qu’on s’est bien assuré avec des pitons, sinon c’est la mort), une joie non dissimulée lorsqu’on atteint enfin un plateau difficile, une panique brutale quand tous les membres se mettent à trembler sous l’effort et une terreur indicible lorsqu’on se rend compte qu’on aura pas assez d’eau pour tenir la prochaine montée.
Ce qui fait du titre sa plus grande réussite, c’est que ces émotions là ont été pensées autour du jeu. On se surprend à vouloir fracasser la manette contre le bureau ou à râler régulièrement sur certains points compliqués. À réessayer encore et encore un passage difficile parce qu’on a plus le choix, mais jamais par injustice, l’intégralité de ce spectre d’émotion est calculé, n’en rendant les victoires que plus belles.
Puis on continue, on s’adapte à la routine entre grimpette et cuisine, on rencontre des personnages forts, des histoires touchantes et un mode de vie vertical qui donne le vertige. On se découvre une passion pour l’escalade de nuit qui laisse apparaître les plus beaux levés de soleil.
Enfin on se demande si, après tout ça, on sera vraiment capable d’aller au bout.
Cairn, c’est bien plus qu’un jeu vidéo, même si on pourrait lui reprocher tout un tas de choses. La frustration et les petits problèmes visuels par-ci, par-là, la rage incontrôlable qu’on a en perdant une bonne dizaine de minute de progression à cause d’une main mal placée… Mais ce serait ignorer qu’avec le recul, tout ça n’est finalement que la représentation presque parfaite du parcours d’une alpiniste qui se lance dans le plus grand défi de sa vie (ou du moins ce qui en représente la substantifique moelle aux yeux des ignorants).
Dans sa difficulté Alpiniste, on aura du mal à recommander le titre au premier venu tant l’expérience est difficile aussi bien physiquement que psychologiquement. Peut-on seulement le recommander dans sa difficulté « histoire » qui se sépare d’un bon nombres de ses mécaniques ? Nous, on a tranché, on vous le recommande quelque soit la difficulté que vous choisissez. On l’a déjà dit et redit, Cairn n’est pas vraiment qu’un jeu vidéo, c’est une expérience à vivre d’un bout à l’autre.


